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NASA : pourquoi une centrale nucléaire sur la Lune devient-elle incontournable ?




Publié par Jehanne Duplaa le 16 Janvier 2026

La NASA franchit un seuil stratégique inédit. En confirmant son intention de construire une centrale nucléaire sur la Lune d’ici à 2030, l’agence spatiale américaine change d’échelle. Ce projet, au cœur du programme Artemis, vise à garantir une autonomie énergétique durable aux futures bases lunaires, dans un environnement où le Soleil disparaît pendant de longues périodes.



Le 13 janvier 2026, la NASA a officialisé, à Washington, un partenariat renforcé avec le Département américain de l’Énergie afin de déployer une centrale nucléaire sur la Lune à l’horizon 2030. Ce jalon marque une nouvelle étape du programme Artemis, qui prévoit un retour humain durable sur le sol lunaire, avec une logique assumée d’infrastructures permanentes et de souveraineté technologique.

La NASA face au défi énergétique lunaire

La NASA aborde la question énergétique comme une priorité stratégique. Sur la Lune, en effet, les cycles naturels imposent des contraintes sévères. Les nuits lunaires durent jusqu’à quatorze jours terrestres consécutifs, ce qui rend l’énergie solaire intermittente et insuffisante. Dès lors, selon la NASA, seule une centrale nucléaire permettrait d’assurer une alimentation continue, stable et prévisible aux équipements, aux habitats et aux systèmes de survie. Cette orientation n’est donc pas idéologique mais opérationnelle, fondée sur des paramètres physiques incontournables.

Dans ce contexte, la NASA insiste sur la notion de continuité de mission. Contrairement aux panneaux solaires, vulnérables aux tempêtes de régolithe et à l’obscurité prolongée, une centrale nucléaire de surface garantirait une puissance constante, estimée à plusieurs dizaines de kilowatts. Selon Science et Vie, la durée maximale d’une nuit lunaire atteint quatorze jours terrestres, un facteur déterminant qui explique ce choix technologique. Ainsi, pour la NASA, la centrale nucléaire devient l’ossature invisible de toute présence humaine durable sur la Lune.


La NASA et le programme Artemis au cœur d’une stratégie de puissance

Avec Artemis, la NASA ne se limite pas à un simple retour symbolique sur la Lune. Le programme prévoit une présence prolongée, structurée et technologiquement autonome. Dans cette perspective, la centrale nucléaire s’inscrit dans une vision à long terme, où la Lune devient un avant-poste stratégique pour les futures missions vers Mars. La NASA assume pleinement cette ambition, en la reliant explicitement à la politique spatiale nationale américaine.

Jared Isaacman, administrateur de la NASA, l’a rappelé dans une déclaration officielle rapportée par Scientific American : « L’Amérique est déterminée à retourner sur la Lune, à y construire les infrastructures pour s’y installer durablement et à réaliser les investissements nécessaires pour préparer le prochain grand pas vers Mars et au-delà ». La centrale nucléaire n’est donc pas un projet isolé, mais un maillon d’une chaîne industrielle, scientifique et potentiellement militaire.

Dans cette architecture, la NASA travaille étroitement avec le Département de l’Énergie. Le protocole d’accord renouvelé entre les deux institutions prévoit le développement, l’assemblage et le déploiement d’un réacteur nucléaire de surface, capable de fonctionner dans des conditions extrêmes. Selon la NASA, ce réacteur fournira une énergie continue et abondante, indépendamment de l’ensoleillement ou de la température.


Un projet technologique et stratégique

Sur le plan technique, la NASA s’appuie sur des travaux antérieurs, notamment le programme Kilopower, qui visait déjà des réacteurs compacts pour l’espace. La puissance envisagée, de l’ordre de 40 kilowatts, suffirait à alimenter une base lunaire de taille intermédiaire. Cette capacité énergétique permettrait le fonctionnement simultané des systèmes de communication, de navigation, de production d’oxygène et de chauffage, éléments vitaux dans un environnement hostile.

Cependant, au-delà de la technique, la centrale nucléaire lunaire revêt une dimension stratégique majeure. Pour la NASA, maîtriser l’énergie nucléaire sur la Lune, c’est garantir l’indépendance opérationnelle des missions américaines. Dans un contexte de compétition internationale accrue, notamment avec la Chine et la Russie, cette autonomie énergétique devient un facteur de crédibilité et de dissuasion. Même si la NASA reste officiellement une agence civile, son action s’inscrit dans un cadre géopolitique assumé, où l’espace constitue un nouveau champ de rivalités.

Le calendrier, enfin, est particulièrement ambitieux. La date cible de 2030 impose un rythme soutenu de développement, de tests et de validations. Chaque étape devra répondre à des exigences de sûreté extrêmement strictes, tant pour le lancement que pour l’exploitation sur la Lune. La NASA rappelle que le réacteur sera conçu pour être sûr, compact et activé uniquement une fois installé à la surface lunaire, afin de limiter tout risque lors du transport spatial.


L'énergie nucléaire comme condition de présence durable

Pour la NASA, l’équation est claire : sans centrale nucléaire, aucune base lunaire permanente n’est envisageable. Cette position est partagée par plusieurs experts cités par les médias spécialisés. Selon S&P Global Energy, la NASA et le Département de l’Énergie estiment que « la réalisation de cet avenir passe par l’exploitation de l’énergie nucléaire ».

Ainsi, la NASA fait le pari d’une technologie éprouvée sur Terre, adaptée à un environnement extraterrestre. Cette transposition représente un défi inédit, mais aussi un signal politique fort. En installant une centrale nucléaire sur la Lune, la NASA ne se contente pas de répondre à un besoin énergétique. Elle affirme une capacité industrielle, scientifique et stratégique, capable de projeter des infrastructures lourdes au-delà de l’orbite terrestre. Dans la logique d’Artemis, la Lune devient un terrain d’expérimentation grandeur nature, au service d’une ambition spatiale globale.




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