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Caracas / Washington : « Absolute Resolve », une opération dans un environnement rendu permissif




Publié par Paul-Gabriel LANTZ le 5 Janvier 2026

Après la capture spectaculaire du président Maduro, les autorités américaines ont rapidement communiqué sur cette opération conduite sous le nom de « Absolute Resolve », présentée comme une action de capture à haute intensité ayant conduit à l’arrestation de Nicolás Maduro. Si le récit officiel met en avant un raid nocturne héliporté piloté par la Delta Force, plusieurs éléments invitent à une autre lecture des dynamiques mises en œuvre notamment la protection des sources de renseignement et les conditions de sécurisation de l’environnement ayant précédé l’action finale.



Une unité conçue pour l’exception, née d’un échec stratégique

Operation Absolute Resolve 13 - Wikimedia Commons
Operation Absolute Resolve 13 - Wikimedia Commons
La Delta Force est créée à la fin des années 1970 dans un contexte de remise en question profonde des capacités américaines en matière de contre-terrorisme. L’échec retentissant de l’opération Eagle Claw en 1980, visant à libérer les otages américains détenus en Iran, agit comme un révélateur. Washington prend alors acte de l’inadaptation de ses structures existantes face à des crises complexes, combinant enjeux politiques, renseignement lacunaire et contraintes opérationnelles extrêmes.
Inspirée du Special Air Service britannique, la Delta Force est pensée dès l’origine comme une unité de très petit format, hautement cloisonnée, capable d’agir avec un préavis réduit, dans des environnements politiquement sensibles, et en étroite coordination avec la communauté du renseignement. Sa vocation première n’est pas la démonstration de force, mais la résolution discrète de situations bloquées, là où l’outil militaire conventionnel se révèle inopérant ou contre-productif.

Un récit volontairement épuré

La communication américaine autour d’« Absolute Resolve » s’est concentrée sur la phase terminale de l’opération : insertion nocturne, neutralisation rapide des dernières résistances, extraction sécurisée. Ce choix narratif tend à isoler l’acte militaire de son amont, alors même que la doctrine de ce type d’unité repose sur une préparation longue, patiente et largement invisible. La mise en place d’une source de la CIA au sein du premier cercle a également été révélée ce qui accroit d’ailleurs la paranoïa des autres dirigeants potentiellement ciblés par le gouvernement américain.
Il est donc nécessaire d’employer le conditionnel. Il est probable que l’environnement sécuritaire de Caracas ait été rendu progressivement permissif par une combinaison d’actions préalables : pressions diplomatiques, signaux militaires explicites, sécurisation de l’espace aérien et informationnel et frappes démonstratives limitées destinées moins à détruire qu’à dissuader et figer les chaînes de décisions adverses. Ces séquences, par nature sensibles, ne peuvent être détaillées sans exposer des sources humaines, techniques ou des relais locaux.

L’« environnement permissif » comme condition préalable

Dans la grammaire des opérations spéciales, l’action cinétique n’est jamais un point de départ. Elle n’intervient que lorsque les risques ont été réduits à un niveau jugé acceptable. Il est donc vraisemblable que l’intervention finale n’ait été autorisée qu’une fois constatée une fragmentation suffisante du dispositif sécuritaire vénézuélien, voire une neutralité de fait de certains échelons.
L’hypothèse de connivences, d’arrangements tacites ou de non-intervention négociée ne peut être ni confirmée ni infirmée, précisément parce qu’elle touche au cœur du renseignement. Toutefois, l’absence de combats prolongés, malgré l’exposition inhérente à une insertion héliportée en zone urbaine, suggère que l’essentiel du travail avait été accompli en amont, la résistance se limitant à un noyau dur rapidement neutralisé.

Un schéma déjà observé sur d’autres théâtres

Ce mode opératoire rappelle, toutes proportions gardées, certaines opérations de sécurisation préalable menées dans d’autres contextes stratégiques, notamment au Moyen-Orient. Dans ces cas, la destruction ou la neutralisation d’objectifs sensibles — parfois présentée comme un coup de force isolé — s’inscrivait en réalité dans une séquence longue de préparation, combinant renseignement, actions indirectes et démonstrations de puissance soigneusement calibrées.
Dans cette lecture, la Delta Force apparaît moins comme l’acteur du basculement que comme l’outil final d’une décision déjà rendue possible, chargé de matérialiser une situation verrouillée politiquement et militairement. La décision, assumée publiquement par Donald Trump, ne doit pas masquer cette réalité : sans un environnement rendu permissif, une telle opération aurait présenté des risques disproportionnés.
« Absolute Resolve » mérite donc une analyse retenue. Plus qu’un raid spectaculaire, l’opération s’inscrit très probablement dans une logique fidèle à l’ADN même de la Delta Force : action terminale, brève et décisive, venant clore une phase longue de sécurisation de l’environnement. Le récit public, volontairement simplifié, protège autant les sources que les méthodes. En cela, il éclaire moins l’opération elle-même que la manière dont la puissance américaine choisit de rendre visibles — ou invisibles — ses modes d’action.


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