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Ukraine : l’art de la guerre profondément transformé




Publié par Paul-Gabriel LANTZ le 15 Décembre 2025

Le chef des forces armées ukrainiennes dresse un constat sans ambiguïté : en moins de trois ans, la guerre en Ukraine a changé de nature. Ce basculement, dominé par la généralisation des drones et l’effacement progressif des modes d’action classiques, redéfinit en profondeur le combat terrestre, l’organisation des forces et la survie du combattant. Le général Oleksandr Syrskyï est le commandant en chef des forces armées ukrainiennes depuis février 2024. Il s’est illustré lors de la défense de Kyiv en 2022 et de la contre-offensive de Kharkiv, avant d’être nommé pour conduire l’armée ukrainienne dans une guerre de haute intensité dominée par les drones et l’attrition.



Du combat mécanisé à la guerre saturée par les drones

Oleksandr Syrskyi reviewing the Pokrovsk front - Wikimedia commons
Oleksandr Syrskyi reviewing the Pokrovsk front - Wikimedia commons

Au printemps 2022, les affrontements reposaient encore sur des schémas hérités du XXᵉ siècle : groupements tactiques interarmes, colonnes blindées, concentrations d’infanterie. Ce modèle a été méthodiquement détruit. La prolifération massive de drones a transformé le champ de bataille en un espace transparent, surveillé en permanence, où toute concentration devient immédiatement vulnérable. Le général Syrskyï chiffre cette rupture : là où l’artillerie représentait jusqu’à 80 % des pertes infligées, les drones assurent désormais près de 60 % de la puissance de feu, reléguant l’artillerie à un rôle secondaire mais toujours structurant.


Élargissement de la profondeur du champ de bataille

La profondeur du champ de bataille s’est élargie brutalement. Des zones entières, sur 20 à 30 kilomètres, parfois jusqu’à 50 kilomètres, sont placées sous observation et menace constantes. La montée en puissance des drones à fibre optique marque une rupture supplémentaire : insensibles à la guerre électronique, indépendants des portées radio, ils neutralisent nombre de contre-mesures classiques. Dans ce contexte, détruire les drones adverses et leurs points de lancement devient la priorité absolue du commandement. La maîtrise du spectre électromagnétique et l’intégration croissante de briques d’intelligence artificielle dans les systèmes autonomes accentuent encore cette dynamique.


Un fantassin transformé

Le soldat d’infanterie n’est plus seulement un combattant, mais un opérateur de capteurs et de contre-capteurs. Chaque fantassin est désormais équipé d’un fusil à pompe pour la lutte anti-drone à courte portée, de détecteurs, et parfois de dispositifs de guerre électronique individuels. L’entraînement évolue en conséquence : gestion énergétique, réaction immédiate à la détection d’un drone, différenciation des menaces. Les fortifications suivent la même logique : filets anti-drones, parois renforcées, structures conçues pour empêcher la pénétration des UAV, en particulier ceux guidés par fibre. Parallèlement, l’emploi des blindés lourds s’effondre. Même protégés, leur espérance de vie sur le champ de bataille est désormais extrêmement réduite.


Le témoignage du général Syrskyï confirme une réalité déjà observable : la guerre en Ukraine n’est plus un laboratoire, mais un modèle avancé du conflit futur.  La domination ne se joue plus dans la masse ou la manœuvre mécanisée, mais dans la capacité à produire, détecter, neutraliser et intégrer des systèmes autonomes à grande échelle. Pour les armées européennes, cette transformation pose une question stratégique immédiate : adapter leurs doctrines et leurs équipements, ou accepter un décrochage durable face à des adversaires déjà entrés dans la guerre du XXIᵉ siècle. L’école de guerre en France a-t-elle pris en compte ces retours d’expérience ? 


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