Caracas, révélateur d’un échec stratégique
Le 3 janvier 2026, les forces américaines conduisent une action rapide au Venezuela, neutralisant un allié clé de la Russie en Amérique latine. Cette opération intervient alors qu’un accord de coopération stratégique russo-vénézuélien venait d’être ratifié la veille. En quelques heures, près de 17 milliards de dollars d’engagements russes accumulés depuis 2006 se retrouvent sans contrepartie politique ni sécuritaire.
Pour le Kremlin, l’enjeu dépasse largement la dimension financière. Le SVR, chargé de l’anticipation géopolitique et de l’analyse des intentions adverses, n’a ni détecté les préparatifs américains ni alerté à temps la chaîne décisionnelle. L’absence d’alerte constitue le véritable traumatisme. Elle renvoie à une interrogation désormais récurrente à Moscou : le renseignement extérieur russe remplit-il encore sa fonction première ?
Pour le Kremlin, l’enjeu dépasse largement la dimension financière. Le SVR, chargé de l’anticipation géopolitique et de l’analyse des intentions adverses, n’a ni détecté les préparatifs américains ni alerté à temps la chaîne décisionnelle. L’absence d’alerte constitue le véritable traumatisme. Elle renvoie à une interrogation désormais récurrente à Moscou : le renseignement extérieur russe remplit-il encore sa fonction première ?
Du KGB au SVR : un héritage devenu contraignant
Le SVR est l’héritier direct de la Première direction générale du KGB, longtemps considérée comme l’une des plus efficaces au monde. Réseaux d’influence en Occident, pénétration des programmes stratégiques américains, recrutements au sommet des appareils d’État : cette réputation s’est forgée sur des succès bien réels.
Mais la dissolution de l’URSS en 1991 a profondément fragilisé l’architecture du renseignement russe. La création de services concurrents — FSB pour la sécurité intérieure, GRU pour le renseignement militaire — a installé une logique de rivalité permanente. La compétition bureaucratique a progressivement supplanté la culture de l’analyse indépendante, rendant la remontée d’informations dérangeantes de plus en plus risquée pour les carrières.
Mais la dissolution de l’URSS en 1991 a profondément fragilisé l’architecture du renseignement russe. La création de services concurrents — FSB pour la sécurité intérieure, GRU pour le renseignement militaire — a installé une logique de rivalité permanente. La compétition bureaucratique a progressivement supplanté la culture de l’analyse indépendante, rendant la remontée d’informations dérangeantes de plus en plus risquée pour les carrières.
Sergueï Narychkine, symbole d’une politisation
Nommé en 2016 à la tête du SVR, Sergueï Narychkine incarne ce tournant. Ancien président de la Douma et proche de Vladimir Poutine, il dispose d’un profil politique plus que d’une expérience opérationnelle approfondie. Sous sa direction, le SVR a multiplié les initiatives de communication : mises en valeur historiques, commémorations, publications officielles.
Dans le même temps, les défaillances analytiques se sont accumulées, de l’Ukraine en 2022 à la Syrie en 2024, jusqu’au Venezuela en 2026. Les signaux faibles sont mal interprétés, les scénarios défavorables édulcorés, et les rapports tendent à confirmer les attentes du pouvoir plutôt qu’à les contredire.
Dans le même temps, les défaillances analytiques se sont accumulées, de l’Ukraine en 2022 à la Syrie en 2024, jusqu’au Venezuela en 2026. Les signaux faibles sont mal interprétés, les scénarios défavorables édulcorés, et les rapports tendent à confirmer les attentes du pouvoir plutôt qu’à les contredire.
Une alerte pour la sécurité européenne
L’épisode vénézuélien agit comme un révélateur d’une crise plus large du renseignement russe. Un service affaibli sur le plan stratégique peut chercher à compenser par des actions tactiques plus agressives, notamment dans les champs cyber, informationnel ou clandestin. Plusieurs services européens observent déjà une intensification des activités indirectes russes, cohérente avec cette logique de démonstration.
Pour Moscou, la question n’est plus seulement celle de la réforme du SVR, mais celle de sa crédibilité comme outil d’anticipation stratégique. Pour l’Europe, cet affaiblissement paradoxal du renseignement russe constitue un facteur d’instabilité supplémentaire, susceptible d’alimenter des comportements plus imprévisibles.
En devenant prisonnier de sa propre légende, le SVR s’expose à un déclassement silencieux. L’histoire du renseignement montre que ce sont souvent ces phases de fragilisation interne qui précèdent les choix les plus risqués.
Pour Moscou, la question n’est plus seulement celle de la réforme du SVR, mais celle de sa crédibilité comme outil d’anticipation stratégique. Pour l’Europe, cet affaiblissement paradoxal du renseignement russe constitue un facteur d’instabilité supplémentaire, susceptible d’alimenter des comportements plus imprévisibles.
En devenant prisonnier de sa propre légende, le SVR s’expose à un déclassement silencieux. L’histoire du renseignement montre que ce sont souvent ces phases de fragilisation interne qui précèdent les choix les plus risqués.

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