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Sahara occidental : quand le rapport de forces supplante le droit international




Publié par La Rédaction le 22 Janvier 2026

Fin 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a recentré le règlement du Sahara occidental sur le plan d’autonomie marocain. Portée par les États Unis et soutenue par la France, cette inflexion diplomatique consacre de facto la souveraineté marocaine sur un territoire pourtant inscrit depuis des décennies dans le processus de décolonisation onusien. Elle marque un tournant où le rapport de forces l’emporte sur le droit.



Un conflit ancien progressivement vidé de sa promesse fondatrice

Polisario troops - wikimédia commons
Polisario troops - wikimédia commons

Le Sahara occidental figure depuis les années 1960 sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies. Après le retrait de l’Espagne en 1975, le territoire est revendiqué par le Maroc, tandis que le Front Polisario engage une lutte armée au nom du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. En 1991, un cessez le feu est conclu sous l’égide de l’ONU et la MINURSO est créée pour organiser un référendum destiné à trancher le statut du territoire.

Ce référendum n’a jamais eu lieu. Les désaccords sur le corps électoral, les blocages politiques et les équilibres régionaux ont figé le processus. À partir des années 2000, le Maroc propose un plan d’autonomie du Sahara occidental sous sa souveraineté, présenté comme une solution pragmatique à une impasse durable.

Progressivement, ce plan cesse d’être une option parmi d’autres pour devenir le cadre central des discussions diplomatiques. Le principe d’autodétermination reste mentionné dans les résolutions, mais il perd sa portée concrète. La résolution adoptée par le Conseil de sécurité à l’automne 2025 formalise ce glissement. Sans reconnaître explicitement une annexion, elle place le plan d’autonomie marocain au cœur du processus politique, marginalisant de fait toute perspective de référendum ouvert.

Selon les informations publiées par The Insider, cette évolution est le résultat d’une initiative américaine assumée. L’administration Trump a cherché à clore un dossier jugé interminable en stabilisant la région autour d’un allié considéré comme stratégique, quitte à redéfinir les cadres traditionnels du droit international.


La France, acteur central d’une reconnaissance de facto

Dans cette recomposition diplomatique, la France a joué un rôle déterminant. Pendant de longues années, Paris a défendu une position d’équilibre, soutenant le processus onusien tout en qualifiant le plan d’autonomie marocain de base sérieuse et crédible de négociation. Cette formulation permettait de préserver la relation stratégique avec Rabat tout en affichant un attachement formel au droit international.

Cette ligne évolue nettement à partir de 2024. La France affirme alors que l’avenir du Sahara occidental s’inscrit dans le cadre de la souveraineté marocaine, faisant de l’autonomie la solution politique de référence. Ce changement marque un alignement clair sur la position américaine et rompt avec la prudence diplomatique antérieure.

Lors des discussions au Conseil de sécurité fin 2025, la France soutient activement la résolution recentrant le règlement du conflit sur le plan marocain. Cet appui contribue à légitimer un changement de doctrine au sein même des Nations unies. En s’associant à l’initiative américaine, Paris participe à la normalisation politique d’un statu quo favorable au Maroc.

Ce repositionnement ne se limite pas aux enceintes diplomatiques. Il s’est accompagné de décisions administratives et consulaires traduisant une reconnaissance pratique de l’autorité marocaine sur le territoire, sans proclamation juridique formelle, mais avec des effets concrets sur le terrain.


Un cas d’école d’un ordre international recomposé

Le dossier du Sahara occidental dépasse désormais le cadre d’un conflit régional gelé. Il illustre une transformation plus large de l’ordre international, où la recherche de stabilité politique et la logique des alliances priment sur les principes fondateurs de la décolonisation.

En validant une solution fondée sur la souveraineté d’un acteur dominant sans consultation directe des populations concernées, le Conseil de sécurité entérine une approche pragmatique du règlement des conflits territoriaux. Le droit international demeure invoqué, mais il s’adapte aux équilibres de puissance plutôt que de les contraindre.

Pour la France, ce choix s’inscrit dans une stratégie de stabilisation régionale et de préservation de ses intérêts diplomatiques et sécuritaires en Afrique du Nord. Il contribue cependant à affaiblir la portée normative du droit à l’autodétermination, non seulement pour les Sahraouis, mais aussi comme référence universelle.

Le Sahara occidental apparaît ainsi comme un laboratoire discret d’un monde où la reconnaissance politique précède, et parfois remplace, la résolution juridique des différends.




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