La relance du SCAF en jeu : réunion décisive en octobre
Le 29 août 2025, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a déclaré qu'un sommet trilatéral (Allemagne, France, Espagne) aura lieu en octobre prochain pour statuer sur l’avenir du SCAF (Système de combat aérien du futur). Un projet stratégique qui, sur le papier, devait incarner la défense européenne de demain, mais qui s’embourbe depuis des années dans des désaccords industriels profonds.
« Nous allons tous nous serrer les coudes, et les intérêts nationaux devront être mis de côté par l’un ou l’autre ou par tous. Il est clair que nous sommes condamnés à réussir, nous avons besoin de ce projet. », a annoncé le ministre allemand, dont les propos sont rapportés par Challenges.
Partage des tâches, rivalités industrielles : le cœur du conflit
Le SCAF vise à développer d’ici 2040 un système d’armes interconnecté centré autour d’un avion de chasse de sixième génération, destiné à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols. Estimé à plus de 100 milliards d’euros, ce programme fédère trois industriels majeurs : Dassault Aviation pour la France, Airbus Defence & Space pour l’Allemagne, et Indra pour l’Espagne.
Mais depuis le début de la phase 1B, le chantier est paralysé par une divergence majeure : le leadership industriel. Selon Reuters, la France exigerait jusqu’à 80 % des responsabilités de pilotage, déclenchant une vive opposition allemande. Le gouvernement de Berlin reproche à Dassault de bloquer l’entrée en phase 2, étape cruciale qui doit aboutir à des démonstrateurs volants d’ici fin 2025, d'après Usine Nouvelle.
Dassault Aviation s’est refusé à tout commentaire public. Mais dans les coulisses, la tension est palpable. Christoph Schmid, député allemand spécialiste de défense, a même déclaré dans Le Point : « Si aucun accord n’est trouvé avant la fin de l’année, la réalisation du SCAF devient irréaliste. »
La pression monte : décisions attendues avant fin 2025
Une décision définitive sur le sort du SCAF est attendue d’ici décembre 2025. Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont convenu d’un calendrier de sortie de crise, afin d’éviter l’échec d’un programme jugé symbolique de la souveraineté stratégique européenne.
Boris Pistorius insiste : « Une chose est claire : ce processus ne doit pas durer des années (...) Nous devons accélérer les choses dès maintenant, car le projet ne peut plus être retardé. »
L’Espagne, de son côté, joue la carte de la continuité. La ministre Margarita Robles a affirmé que « l’engagement de l’Espagne est total et ce programme doit se poursuivre. »
Le calendrier est serré : si aucune avancée concrète n’est réalisée d’ici l’automne, la mise au point des premiers démonstrateurs devient impossible. Or, sans phase 2 validée, le SCAF risque d’être supplanté par des alternatives unilatérales, notamment du côté allemand, qui commence à évoquer un plan B technologique en collaboration avec d’autres partenaires européens.
Coopération en péril : le spectre d’un effondrement du SCAF
L’enlisement du SCAF dépasse la seule technique. Il révèle les fragilités de la coopération industrielle européenne en matière de défense. Les précédents sont nombreux : désaccords sur le MGCS (char du futur franco-allemand), querelles autour des droits de propriété intellectuelle, divergence sur les priorités stratégiques.
L’Allemagne s’inquiète d’un déséquilibre croissant dans la gouvernance du projet, tandis que la France défend la centralité de Dassault, porteur historique du concept. Plusieurs sources proches du ministère de la Défense allemand évoquent une possible sortie du programme si la France persiste à refuser le compromis.
À ce stade, aucune alternative claire n’est sur la table. Le F-35 américain est exclu par Madrid, qui privilégie un modèle européen. Berlin reste ambigu. L’échec du SCAF ferait tache au moment où l’Union européenne renforce sa politique d’autonomie stratégique.