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Remaniement au sein des services spéciaux ukrainiens : La main de Washington ?




Publié par Paul-Gabriel LANTZ le 7 Janvier 2026

Début janvier 2026, le départ de Vasyl Maliuk de la direction du Service de sécurité d’Ukraine (SBU) s’inscrit dans une séquence politique et institutionnelle d’ampleur, marquée par une recomposition simultanée des centres de décision sécuritaires, militaires et présidentiels. Loin de constituer un événement isolé, cette évolution intervient alors que Volodymyr Zelensky procède à une série de nominations croisées destinées à stabiliser l’appareil d’État à un moment charnière de la guerre.



Un départ à lire à l’aune de l’ensemble des nominations

On Kruty Heroes Remembrance Day, the President honored the memory of those who perished for Ukraine's independence - Wikimedia Commons
On Kruty Heroes Remembrance Day, the President honored the memory of those who perished for Ukraine's independence - Wikimedia Commons
Le cas Maliuk ne peut être dissocié de l’arrivée de Kyrylo Budanov à la tête du Bureau du président, à Bankova. Cette nomination, largement analysée comme un choix à plusieurs niveaux – renforcement de la crédibilité internationale en particulier vers Washington, préparation d’un possible volet de négociations, rééquilibrage interne après l’effacement progressif d’Andrii Yermak – modifie en profondeur les rapports entre services. Dans le même mouvement, la désignation d’Oleh Ivashchenko à la tête du renseignement militaire (HUR), en remplacement de Budanov, acte une rupture avec les structures d’influence patiemment construites depuis 2022.
C’est dans ce contexte que le maintien de Maliuk à la tête du SBU devenait politiquement et institutionnellement plus complexe. Architecte de plusieurs opérations emblématiques, disposant d’un soutien réel au sein des forces armées et parmi certains partenaires occidentaux, Maliuk incarnait une figure de chef de service à forte autonomie, difficilement compatible avec une phase de recentralisation assumée.

Une sortie contrainte, mais contenue

Le départ de Maliuk n’a pas été un renvoi brutal, mais l’issue d’un bras de fer maîtrisé. Les propositions de reclassement– renseignement extérieur, Conseil national de sécurité et de défense – relèvent de pratiques connues dans l’appareil ukrainien pour neutraliser sans humilier. Le refus initial de Maliuk, puis son acceptation finale « dans l’intérêt de l’État », relèvent d’une logique classique en temps de guerre : éviter une crise politique ouverte à l’arrière alors que la pression militaire demeure maximale.
Le choix de Yevhen Khmara, commandant de l’unité Alpha, pour assurer la succession, s’inscrit dans la même logique. Khmara n’est pas présenté comme un réformateur, ni comme un rival politique potentiel, mais comme un profil opérationnel, discipliné et peu exposé, capable d’assurer la continuité sans alimenter de nouvelles lignes de fracture. Ce positionnement rappelle, toutes proportions gardées, celui du général Syrsky à la tête des forces armées : priorité à l’exécution, non à l’incarnation.

Rationalisation ou recentralisation ?

Néanmoins, la tentation d’y voir une purge purement politique mérite d’être nuancée. Le pouvoir ukrainien donne plutôt le sentiment de chercher à réduire les zones d’autonomie susceptibles de devenir, à terme, des pôles concurrents. Dans une configuration où Budanov est appelé à jouer un rôle central sur le front diplomatique et stratégique, et où d’autres portefeuilles régaliens – Défense, diplomatie, sécurité intérieure – sont simultanément réorganisés, le maintien d’un SBU très indépendant aurait constitué une exception.
Cela ne signifie pas pour autant que la question de l’efficacité soit secondaire. Le SBU de Maliuk a démontré, ces dernières années, une capacité opérationnelle élevée, souvent citée comme un atout majeur de la résilience ukrainienne. Le pari implicite du pouvoir est que cette efficacité repose davantage sur des structures et des équipes que sur une seule personnalité. C’est un pari rationnel sur le papier, mais risqué dans la durée.
Le départ de Vasyl Maliuk doit donc être lu comme un ajustement au sein d’un remaniement systémique, et non comme un événement isolé ou strictement punitif. En resserrant son contrôle sur l’appareil sécuritaire, Volodymyr Zelensky cherche avant tout à préserver la cohérence de l’État dans une phase où se croisent guerre, négociation et fatigue stratégique. Reste une inconnue majeure : la capacité du SBU, sous une direction plus alignée, à maintenir le niveau d’audace et d’initiative qui a fait sa réputation depuis 2022. C’est sur ce terrain, plus que sur celui des équilibres politiques immédiats, que ce choix sera réellement jugé.


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