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France : l’antimilitarisme radical, un vieux répertoire au service de stratégies contemporaines




Publié par Paul-Gabriel LANTZ le 5 Janvier 2026

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, les actions de sabotage et de harcèlement visant la base industrielle et technologique de défense française se multiplient. Derrière un discours antimilitariste réactivé, une nébuleuse d’ultragauche agrège causes propalestiniennes, écologie radicale et anticapitalisme, dans une dynamique qui inquiète désormais ouvertement les services de renseignement. Loin d’être spontanée, cette convergence s’inscrit dans une histoire longue, structurée, et largement documentée.



Un héritage idéologique forgé durant la guerre froide

Thales O-NYX - Wikimedia Commons
Thales O-NYX - Wikimedia Commons
L’antimilitarisme d’ultragauche en Europe occidentale ne naît pas avec l’Ukraine ni avec Gaza. Il s’inscrit dans une matrice idéologique façonnée dès les années 1960–1970, à l’époque où l’URSS soutenait, finançait et armait systématiquement les mouvements susceptibles de fragiliser les sociétés occidentales. Le soutien soviétique à l’Organisation de libération de la Palestine, à l’Algérie post-indépendance devenue vitrine du tiers-mondisme marxiste, ou encore aux mouvements révolutionnaires latino-américains, relève d’une même logique : délégitimer l’État occidental en attaquant ses fondements politiques, industriels et moraux. Cette stratégie, analysée de longue date dans les études sur la subversion soviétique, reposait sur une instrumentalisation des causes dites « progressistes » : pacifisme, anticolonialisme, écologie naissante, luttes sociales.
Cette continuité historique éclaire la recomposition actuelle. L’écologie radicale, aujourd’hui greffée au discours antimilitariste, prolonge une tradition d’exploitation politique des mouvements environnementaux, déjà observée à la fin de la guerre froide, lorsque Moscou soutenait toute mobilisation susceptible d’entraver les capacités industrielles et technologiques occidentales. Les slogans ont changé, les méthodes demeurent.

Du discours à l’action : une montée en gamme opérationnelle

Les faits récents illustrent cette radicalisation. En juin, sept activistes ont été interpellés à Paris alors qu’ils projetaient de perturber le Salon du Bourget, symbole majeur de l’industrie aéronautique et de défense. En septembre, la direction nationale du renseignement territorial a détecté un projet d’attaque contre un transformateur électrique alimentant le futur campus de Thales à Meudon-la-Forêt, destiné à accueillir plus de 5 500 ingénieurs d’ici 2027. Le ciblage des infrastructures critiques, plutôt que des individus, révèle une stratégie assumée d’attrition et de déstabilisation, déjà observée lors des sabotages d’installations électriques sur la Côte d’Azur au printemps dernier.
Ces actions s’accompagnent d’un discours explicitement violent : appels à « brûler les entrepôts », à « saboter les câbles », à « entraver les chemins de guerre ». Sous couvert de solidarité avec Gaza, les cibles sont françaises : industriels, sous-traitants, réseaux logistiques, assurances, transporteurs. La cause sert de prétexte, l’objectif demeure la paralysie de l’appareil productif et militaire national.

Une convergence instrumentalisable dans la guerre hybride

Pour les services de renseignement spécialisés dans la contre-ingèrence, le risque dépasse largement l’ordre public. La Russie contemporaine a réactivé, sous d’autres formes, les principes de la subversion soviétique, en combinant opérations informationnelles, exploitation des fractures sociales et encouragement indirect de dynamiques de chaos. Les rapports parlementaires récents soulignent une hausse sans précédent des atteintes à la BITD, mêlant sabotages, intrusions, espionnage et déstabilisation informationnelle. Entre 500 et 550 incidents sont désormais recensés chaque année.
Dans ce contexte, l’antimilitarisme radical constitue une manne stratégique : il affaiblit la résilience nationale, délégitime l’effort de défense, et détourne l’attention des menaces extérieures réelles. L’histoire montre que ces mouvements, qu’ils se réclament du pacifisme, de l’écologie ou de l’antifascisme, ont toujours été d’autant plus efficaces qu’ils refusaient de voir comment leurs combats pouvaient être instrumentalisés.
À l’heure où la France se réarme face à un environnement stratégique dégradé, ignorer la dimension historique et géopolitique de l’antimilitarisme radical serait une erreur d’analyse. Ce qui se présente comme une contestation morale relève aussi d’un champ de conflictualité hybride, ancien dans ses ressorts, nouveau dans ses formes. Comprendre cette continuité n’est pas disqualifier les causes invoquées ; c’est rappeler que, dans la guerre des perceptions, les héritages idéologiques comptent autant que les intentions affichées.


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