Un divorce inévitable dans les relations transatlantiques
Depuis le retour de Donald Trump à la présidence en 2025, les divisions entre Washington et les capitales européennes n’ont cessé de s’accentuer. L’incident autour des revendications territoriales américaines sur le Groenland en est l’un des symboles, signifiant aux yeux de nombreux Européens que leur relation avec les États-Unis ne ressemble plus à un partenariat équilibré.
En réalité, cette crise ne serait pas uniquement conjoncturelle. Selon N.Tocci, l’administration Trump a inscrit dans sa stratégie de sécurité nationale une volonté claire de réduire le rôle traditionnel des alliances atlantistes, au point de laisser entendre que la relation de dépendance militaire et politique entre l’Europe et les États-Unis est arrivée à un tournant.
Dans le passé, l’espoir européen avait souvent été de « sauver le mariage », par la flatterie ou en gagnant du temps, en espérant qu’après un mandat tumultueux, les relations puissent revenir à un statu quo plus serein. Des gestes diplomatiques remarqués : le premier ministre britannique brisant le protocole en invitant une seconde fois D. Trump pour une visite royale, le chancelier allemand lui offrant le certificat de naissance de son grand-père,... illustraient cette stratégie.
Mais ces efforts n’ont pas fait reculer la tendance. La dynamique actuelle, marquée par une tendance des Européens à accroître leurs dépenses de défense tout en restant dépendants des systèmes d’armement américains, révèle au contraire une situation paradoxale : plus l’Europe investit, plus sa fragmentation et sa dépendance stratégique s’accentuent.
Vers une Europe plus autonome après le choc
Pour Nathalie Tocci, la bonne nouvelle de cette rupture pourrait être qu’elle contraigne enfin l’Europe à se penser comme acteur autonome sur la scène mondiale. La prise de conscience que l’Europe pourrait affronter seule, même partiellement, les défis majeurs, qu’il s’agisse de la Russie ou de nouveaux rapports de force internationaux, pousse à réévaluer les cadres de coopération traditionnels.
La menace ne viendrait plus seulement de l’Est, mais aussi d’un Occident moins fiable. L’administration Trump a, selon l’auteure, montré une cohérence stratégique à limiter le rôle européen dans certaines zones d’influence, en tentant par exemple d’affaiblir l’unité de l’Alliance ou en soutenant des forces politiques eurosceptiques.
Cette remise en question pourrait ainsi devenir un catalyseur pour que l’Union européenne et ses États membres repensent leur modèle de sécurité, leurs capacités industrielles en matière de défense, et leur rôle géopolitique. Se détacher d’une dépendance structurelle à Washington permettrait à l’Europe de renforcer sa résilience face aux risques futurs, même si le processus sera long et complexe.
En fin de compte, écrivent certains analystes, ce qui apparaît comme une crise profonde pourrait se transformer en opportunité historique pour une Europe décidée à tracer sa propre voie stratégique sur la scène mondiale.

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