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Geran-5 : le drone russe qui brouille la frontière entre missile et drone




Publié par François Lapierre le 12 Janvier 2026

Au cours d’une attaque menée contre le territoire ukrainien à l’hiver 2025-2026, les services de renseignement ukrainiens ont identifié un système inédit. Baptisé Geran-5, ce drone kamikaze se distingue radicalement des Geran-2 et Geran-3 déjà employés massivement par la Russie. Selon les informations publiées, cette plateforme traduit une montée en gamme technologique et doctrinale, à un moment où Moscou cherche à contourner les défenses aériennes adverses.



Un drone au profil de missile de croisière et aux ambitions élargies

Le Geran-5 rompt d’abord avec l’architecture rustique des drones de saturation précédemment utilisés. Sa cellule adopte un profil aérodynamique proche de celui d’un missile de croisière, tant par sa finesse que par ses proportions. Le renseignement ukrainien évalue sa longueur à environ six mètres pour une envergure atteignant cinq mètres cinquante. Ces dimensions le placent dans une catégorie intermédiaire, plus volumineuse et plus rapide que les drones à hélice, tout en restant moins complexe qu’un missile stratégique classique.

Cependant, c’est l’intégration des systèmes embarqués qui retient l’attention. Le Geran-5 est guidé par un système de navigation satellitaire Comet à douze canaux, couplé à un module de suivi reposant sur un micro-ordinateur de type Raspberry. À cela s’ajoutent des modems 3G et 4G destinés à la transmission de données. Selon les services ukrainiens, relayés par Militarniy, cette combinaison permettrait une navigation plus précise et potentiellement une meilleure résistance au brouillage, même si l’efficacité réelle en environnement contesté reste difficile à évaluer à ce stade.

La propulsion constitue un autre saut qualitatif. Le drone est équipé d’un moteur à réaction chinois Telefly, déjà observé sur le Geran-3 mais dans une version offrant une poussée supérieure. Ce choix technique modifie profondément le profil de vol. Vitesse accrue, altitude potentiellement plus élevée et temps de réaction réduit pour les défenses sont autant de paramètres qui compliquent l’interception. D’après les données communiquées par le renseignement ukrainien, la portée déclarée atteindrait environ mille kilomètres.

Une capacité air-air qui change la nature de la menace

L’élément le plus marquant, et aussi le plus controversé, concerne l’armement. Le Geran-5 emporterait une charge militaire d’environ quatre-vingt-dix kilogrammes, conforme à son rôle de drone kamikaze. Toutefois, les analystes du renseignement ukrainien indiquent que l’appareil peut également être équipé de missiles air-air de type R-73, dotés d’un autodirecteur infrarouge. Une telle configuration transformerait le drone en vecteur hybride, capable non seulement de frapper des objectifs au sol, mais aussi de menacer des cibles aériennes.

Cette hypothèse s’inscrit dans une logique déjà observée. Le renseignement ukrainien rappelle que la Russie a précédemment adapté des missiles soviétiques R-60 sur des drones Geran-2 modifiés, afin de viser des hélicoptères ou des avions engagés dans l’interception des UAV russes. Dans le cas du Geran-5, l’association d’un moteur à réaction et d’un missile R-73 compliquerait encore davantage la tâche des chasseurs et des hélicoptères de défense, en réduisant leurs marges de manœuvre et leurs fenêtres d’engagement.

Néanmoins, les services ukrainiens se montrent prudents. Ils soulignent que la faisabilité technique et opérationnelle de l’emploi effectif d’un missile air-air sur une plateforme de ce type reste à démontrer. L’intégration des capteurs, la désignation de cible et la coordination en vol constituent des défis non négligeables. À ce stade, aucune preuve irréfutable d’un engagement air-air réel par un Geran-5 n’a été rendue publique, ce qui laisse planer une incertitude sur le degré de maturité de ce concept.

Autre point notable, le Geran-5 serait conçu pour un lancement depuis des plateformes aériennes. Les services ukrainiens évoquent notamment une emport possible sous les ailes d’avions d’attaque Su-25. Un tel mode de mise en œuvre augmenterait encore la portée opérationnelle du drone et offrirait une flexibilité accrue aux forces russes, tout en compliquant la détection précoce par les radars ukrainiens.



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