Les volumes en jeu ne relèvent pas d’un trafic marginal. L’enquête évoque des centaines de tonnes de marchandises expédiées de manière régulière, souvent sous couvert de documents falsifiés ou détournés. Il ne s’agit donc pas d’une chaîne opportuniste, mais bien d’un système pérenne, organisé, pensé pour durer, et manifestement capable de s’adapter aux contraintes imposées par les régimes de sanctions.
Les routes, les écrans et les hommes clés du dispositif
Le cœur logistique du système se situe dans un entrepôt à proximité de l’aéroport de Berlin. De là, les colis sont chargés sur des camions qui traversent successivement la Pologne puis le Bélarus, avant d’entrer sur le territoire russe. Cette route terrestre, désormais bien rodée, permet de contourner les contrôles aériens et maritimes plus stricts.
L’un des éléments les plus sensibles révélés par Bild concerne l’usage de documents émis par une poste tierce, celle de l’Ouzbékistan, qui n’est pourtant pas autorisée à opérer en Allemagne. Ce détournement administratif permet de masquer l’origine réelle des envois, brouillant la lecture des chaînes de responsabilité et compliquant considérablement le travail des autorités de contrôle européennes.
Le maillon humain central de cette architecture est une société de logistique immatriculée en 2022, dirigée par Dmitry V., ancien cadre dirigeant d’une filiale de la Poste russe en Allemagne, RusPost GmbH. La chronologie de cette création, postérieure au déclenchement de la guerre en Ukraine, interroge directement sur l’anticipation russe des régimes de sanctions et sur la capacité de Moscou à reconfigurer rapidement ses circuits d’approvisionnement.
L’un des éléments les plus sensibles révélés par Bild concerne l’usage de documents émis par une poste tierce, celle de l’Ouzbékistan, qui n’est pourtant pas autorisée à opérer en Allemagne. Ce détournement administratif permet de masquer l’origine réelle des envois, brouillant la lecture des chaînes de responsabilité et compliquant considérablement le travail des autorités de contrôle européennes.
Le maillon humain central de cette architecture est une société de logistique immatriculée en 2022, dirigée par Dmitry V., ancien cadre dirigeant d’une filiale de la Poste russe en Allemagne, RusPost GmbH. La chronologie de cette création, postérieure au déclenchement de la guerre en Ukraine, interroge directement sur l’anticipation russe des régimes de sanctions et sur la capacité de Moscou à reconfigurer rapidement ses circuits d’approvisionnement.
Les sanctions européennes sont-elles un angle mort du renseignement
La révélation de ce dispositif soulève une question structurante : comment un flux aussi massif de composants stratégiques peut-il traverser l’Union européenne sans déclencher d’alerte visible ? Deux hypothèses se dessinent, également préoccupantes.
Soit les services de renseignement et les autorités douanières, notamment allemandes, avaient identifié ces flux mais ont choisi de ne pas intervenir publiquement, pour des raisons opérationnelles ou judiciaires. Soit ces mouvements sont passés sous les radars, révélant des failles profondes dans la surveillance des chaînes logistiques sensibles et dans l’application concrète des sanctions. Le fait que l’enquête de Bild prenne la forme d’un test journalistique de terrain tend à accréditer l’idée que la détection n’a pas été initiée par les autorités elles-mêmes, ou qu’elle n’a pas été jugée prioritaire.
L’enquête de Bild met en évidence un contournement systémique, organisé et durable des sanctions européennes, au bénéfice direct de l’effort industriel et technologique russe. Au-delà du cas précis de ces colis clandestins, c’est la robustesse même des dispositifs européens de contrôle, de renseignement et de coordination douanière qui est interrogée. Dans un contexte de guerre de haute intensité, où la microélectronique conditionne la supériorité militaire, la question n’est plus seulement celle de l’existence de ces flux, mais bien celle de leur détection précoce, de leur interruption effective et de la responsabilité des États dans la protection de leurs propres infrastructures économiques.
Soit les services de renseignement et les autorités douanières, notamment allemandes, avaient identifié ces flux mais ont choisi de ne pas intervenir publiquement, pour des raisons opérationnelles ou judiciaires. Soit ces mouvements sont passés sous les radars, révélant des failles profondes dans la surveillance des chaînes logistiques sensibles et dans l’application concrète des sanctions. Le fait que l’enquête de Bild prenne la forme d’un test journalistique de terrain tend à accréditer l’idée que la détection n’a pas été initiée par les autorités elles-mêmes, ou qu’elle n’a pas été jugée prioritaire.
L’enquête de Bild met en évidence un contournement systémique, organisé et durable des sanctions européennes, au bénéfice direct de l’effort industriel et technologique russe. Au-delà du cas précis de ces colis clandestins, c’est la robustesse même des dispositifs européens de contrôle, de renseignement et de coordination douanière qui est interrogée. Dans un contexte de guerre de haute intensité, où la microélectronique conditionne la supériorité militaire, la question n’est plus seulement celle de l’existence de ces flux, mais bien celle de leur détection précoce, de leur interruption effective et de la responsabilité des États dans la protection de leurs propres infrastructures économiques.

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