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La guerre cyber, nouvelle menace par Raphaël Chauvancy




Publié par Lauria Zenou le 6 Mai 2021

Raphaël Chauvancy est l’auteur de l’ouvrage Les nouveaux Visages de la Guerre paru chez VA Editions. Officier supérieur des Troupes de marine détaché auprès des commandos britanniques, il est spécialisé dans les nouvelles formes de conflits et dans l’évolution des stratégies dans ce cadre. Dans cette ère de mutation des affrontements, les enjeux cyber deviennent essentiels. Raphaël Chauvancy décrypte avec nous ce que représente ce besoin de défendre les nations à l’échelle du numérique.



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Les innovations technologiques sont à la fois porteuses d’opportunités et de risques extrêmement importants en matière de gouvernance des États par exemple. Pensez-vous qu’elles bouleversent définitivement le monde que nous connaissons ?


La révolution des technologies de l’information a effectivement bouleversé le monde. La puissance des États et des organisations s’est articulée depuis l’aube de l’histoire autour de données matérielles. Aujourd’hui, la valeur du patrimoine virtuel est devenue telle que les enjeux et les affrontements se sont déplacés dans cette sphère. Connaissances, communications, richesses circulent dans une cinquième dimension où s’est même déportée une partie de la vie sociale par le truchement des réseaux sociaux. Ce Nouveau Monde, extrêmement instable, engendre des menaces inédites et appelle des réponses innovantes.

La montée en puissance des cybercriminels est dangereuse. Trouvez-vous que les gouvernements tendent à améliorer leurs stratégies de cyberdéfense ? Les intérêts des États peuvent-ils continuer à être protégés ou bien sont-ils totalement remis en question ?

En 2019, la France était le deuxième pays le plus touché par les cyberattaques. 67 % de ses entreprises affirmaient alors avoir subi de ce type d’atteinte. Aux Cybercriminels s’ajoutent les individus cybersubversifs agissant pour des motifs idéologiques ou les cybercombattants des puissances rivales. Tous visent le même but : la dégradation des réseaux de communication, la captation de connaissance, l’altération de l’image de la cible. La menace cyber doit ainsi être appréhendée dans sa globalité aussi bien technologique qu’informationnelle. Le coût de ce type d’opération ne cesse d’augmenter année après année, nécessitant la mise en place de procédures et de moyens de protection.

Ces actions constituent de véritables opérations de guerre et doivent être traitées comme telles et non comme des dysfonctionnements ou des aléas. Les États prennent plus ou moins conscience de cette menace, sans toujours en tirer toutes les conséquences qui s’imposent, et tentent d’y parer avec des succès divers. La difficulté tient à la nature diffuse de la menace. Les gouvernements et entreprises se trouvent donc généralement en réaction. Le temps d’avance des attaquants constitue un avantage décisif. Il n’est pas possible de se protéger correctement d’une cyberattaque si l’on ne remonte pas à ses commanditaires ; ceux-ci identifiés, le seul véritable moyen de se défendre est… d’attaquer à son tour. Cette réaction offensive peut prendre des formes diverses, juridique, informationnelle, technique, etc. en fonction de l’adversaire.

Les États comme les entreprises ne peuvent se protéger de ces nouvelles menaces immatérielles qu’en adoptant une posture d’agilité combattante, selon le mot l’universitaire Nicolas Moinet, un des meilleurs spécialistes français de l’intelligence économique.

Dans notre monde en transition, quels sont, selon vous, les grands défis que doivent relever les États ?

Les États européens, notamment, sont enfermés dans une bulle cognitive. Ils ont délégué leur sécurité et donc une partie de leur souveraineté aux États-Unis en pensant être les premiers à intégrer le village global destiné à structurer les nouvelles relations internationales. L’idée de la fin de l’histoire a justifié la déconstruction identitaire et sociale, provoquant un désarmement moral plus délétère encore que le désarmement matériel. L’administration des choses devait remplacer la politique et le dialogue, la stratégie. Le résultat en est que, dans un monde redevenu dangereux, les sociétés européennes n’ont plus ni le courage, ni la volonté, ni même les structures cognitives indispensables à la défense de leurs intérêts et de leurs valeurs.
Le grand défi des États réside dans la reconstitution du « moral stratégique » des nations. Parallèlement, ils doivent se souvenir qu’ils ne constituent pas des entités administratives, mais stratégiques et retrouver le sens du combat, dans un contexte de guerres matérielles ou immatérielles tous azimuts. Il ne s’agit de rien de moins que de renverser l’ensemble des biais analytiques considérés comme acquis depuis la fin de la Guerre froide.

À l’ère des cyberattaques, la guerre n’a plus de limite physique. Mais a-t-elle encore un visage ? Comment peut-on l’identifier ?

La guerre n’a plus un visage. Elle est comme l’hydre de la mythologie grecque dont les têtes multiples ne cessaient de se régénérer.
Deux officiers supérieurs chinois ont parlé dès les années 1990 de l’avènement de « la guerre hors limites » dans un ouvrage éponyme. Les cyberattaques n’en constituent qu’un aspect, puisqu’elle embrasse l’ensemble des activités humaines.
La guerre a longtemps été un évènement identifiable, marqué par un début et par une fin. Elle consistait en une succession de mouvement et de chocs entre les armées en campagne. De nos jours, elle est devenue un état systémique dépassant largement le simple cadre militaire. Elle ne se livre plus au grand jour, mais de manière couverte et vise à entraver l’adversaire dans un écheveau de dépendances ou à provoquer sa dislocation économique, politique et sociale afin de l’éliminer structurellement de la compétition stratégique.
 
R. Chauvancy




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