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Europe-Chine, une bonne relation de façade




Publié par Henri Poisot le 7 Mars 2019

Alors que les États-Unis accentuent leur protectionnisme économique, l’UE et la Chine pourraient décider de plus se lier pour trouver de nouveaux débouchés. Mise au point sur les enjeux actuels liant les deux puissances.



Une coopération récente

Les relations officielles entre l’Union européenne (UE) et la République populaire de Chine débutent en 1975. Un premier accord commercial et de coopération est signé en 1985. Le rapprochement cesse après les événements de Tiananmen et donne lieu à un embargo sur les matériels militaires de la part de l’UE.

La Chine rejoint finalement l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, elle accepte donc les règles du libre-échange et les relations avec l’UE prennent un nouveau départ. En 2003, est lancé un partenariat stratégique global entre les deux puissances, qui définit les axes politiques communs. Ce texte reconnaît le rôle primordial que la Chine joue désormais dans la gouvernance mondiale et vise de nombreux thèmes, tels les politiques étrangères et de sécurités, la gouvernance économique mondiale et même le changement climatique, un texte qui reste cependant vague sur comment traiter ces questions.
 
Des relations économiques déséquilibrées

La Chine était en 2017 le premier exportateur vers l’UE (20,2 %) et le second importateur (10,5 %) de produits européens derrière les États-Unis. La balance commerciale est largement en défaveur de l’UE avec 200 milliards USD de déficit sur un total de 660 milliards USD échangé.

Pour autant, la relation commerciale entre l’UE et Chine ne se fait pas sur un pied d’égalité. L’Union a adopté une politique de libre-échange total et de libre concurrence. Elle possède aussi un système judiciaire plutôt indépendant qui garantit le respect des lois. La situation chinoise est plus complexe, elle est par exemple accusée de maintenir une surcapacité de sa production d’acier, s’il est produit à perte il permet cependant d’inonder le marché européen. L’UE y a répondu en augmentant les taxes sur l’acier en provenance de Chine.

Autres exemples il est difficile pour les européens de s’implanter en Chine, si depuis 2004 il n’est plus obligatoire de faire une joint-venture avec une entreprise locale, c’est une pratique très conseillée pour avoir un plus rapide et meilleur accès au marché. Certains secteurs comme les marchés publics sont juste inaccessibles aux étrangers. Les secteurs sont divisés en trois catégories, les encouragés, les restreints et les interdits, c’est aussi un pays où la corruption est quasiment omniprésente.

La Chine réduit depuis 2017 ses investissements en Europe avec 17,3 milliards USD en 2018 comparé au point haut de 2016 à 37 milliards USD. La baisse est due à deux facteurs principaux, d’abord une rationalisation des investissements de la part de la Chine avec l’apparition de règles drastiques pour éviter une fuite des capitaux. La seconde raison est la défense accrue des pays européens du Nord pour éviter les rachats d’entreprises stratégiques comme en Allemagne ou le parlement s’est opposé au rachat d’une entreprise de machines-outils de hautes technologies.
 
Diviser pour mieux régner

La Chine a toujours évité de signer des accords majeurs avec l’UE, lui préférant des accords bilatéraux où elle peut jouer de sa toute-puissance. Elle vise principalement les pays du sud de l’Europe qui souffrent de problèmes d’investissements dus à des dettes élevées. La Chine rachète donc de la dette notamment portugaise et vise ces pays par de nombreux investissements à l’étranger (IDE).

Les membres de l’UE ne sont pas unis sur la position à adopter. Les pays du Nord cherchent à éloigner les investisseurs chinois tandis qu’au Sud ils sont accueillis chaleureusement. Fait signifiant en 2011, a été créé le Forum commercial et économique entre la Chine et les pays d’Europe centrale et oriental, nommée informellement 16+1. Ce groupe comprend les pays de l’Europe de l’Ouest dont 11 sont dans l’UE comme la Pologne, la Hongrie. La Chine cherche à se créer des « obligés » qui pourront être utiles pour avancer ses intérêts au cœur du processus politique européen.

Autre cas, la Grèce et le Portugal se sont opposés en 2017 à une proposition franco-germano-italienne pour une meilleure surveillance des investissements dans les secteurs stratégiques. Toujours en 2017, la Grèce a émis son veto à une résolution de l’Union à l’ONU condamnant le non-respect des droits de l’Homme en Chine.

Le Portugal aura notamment reçu 13,5 milliards USD d’IDE en 2018, les entreprises chinoises sont devenues prépondérantes dans des secteurs aussi stratégiques que l’énergie (EdP, REN), les assurances et la banque.

La Chine récupère surtout la gestion d’un grand nombre de ports du Sud européen grâce au troisième armateur mondial, le chinois COSCO. L’entreprise a désormais sous son contrôle les ports de : Le Pirée (Athènes), Trieste et Gêne en Italie, Bilbao, Valence et Barcelone en Espagne et sûrement bientôt Sines aux Açores. Ces rachats se réalisent au sein du grand projet qu’est la nouvelle route de la soie, ou « One Belt One Road ». Pékin avait annoncé au début du projet la mise à disposition de 1000 milliards USD, mais David Baverez, auteur du livre « Paris-Pékin express », explique : « En tout, on pense que seuls 300 à 400 milliards ont été investis ». Ce gâteau est aussi à partager entre les nombreux pays concernés (plus de 60). Finalement, les investissements en Europe représentent « seulement » 43 milliards USD, c’est à relativiser aux 55 milliards pour le Pakistan depuis 2015 notamment pour construire un gigantesque port en eaux profondes.

La Chine joue donc des disparités économiques et politiques au sein de l’UE.  Elle crée des liens avec les dirigeants et place son capital dans des domaines stratégiques (Transport, énergie, etc.) pour sécuriser son développement futur.
 
 
 



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