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​La Serbie en crise




Publié par Henri Poisot le 25 Mars 2019

La Serbie s’enfonce depuis le 8 décembre 2018 dans une crise politico-médiatique encore jamais vue. Les manifestations s’amplifient à Belgrade contre le président Aleksandar Vucic accusé de dérive autoritaire, muselant les médias et la société civile.



Répression de la presse

Aleksandar Vucic a été élu président de la Serbie dès le premier tour des élections d’avril 2017 alors qu’il était Premier ministre. Il est membre du parti progressiste serbe (SNS) qui est conservateur, nationaliste et étonnamment europhile. Il faut rappeler que la Serbie ne fait pas partie de l’Union européenne, mais est candidate depuis 2009 avec de bons espoirs d’adhésion à l’horizon 2025.

Les manifestations qui émaillent le pays depuis 16 semaines grossissent chaque nouveau samedi. Les revendications des manifestants reposent sur un rejet du président et de ses actions. Il est accusé de corruption, violences politiques et surtout du contrôle de la plupart des médias et de la volonté de museler ses rares opposants. Les manifestants réclament sa démission et l’organisation d’élections libres.

Les accusations envers le pouvoir sont corroborées par la baisse de la Serbie dans plusieurs classements sur la liberté de la presse. Le pays est entre 2001 et 2018 passé sur l’indice de l’ONG américaine Irex de 1,86 à 1,46 – le maximum étant 4-, la situation de la Presse s’est plus dégradée en Serbie qu’en Azerbaïdjan sur la même période ! Reporters sans Frontières a également diminué sa note classant le pays 76e sur 180. Il était 66e en 2017.

Ces notes sont le résultat des techniques utilisées par le président pour éteindre l’opposition. Il met en œuvre notamment l’arrêt des subventions ou la fin des abonnements par des organes de l’État. Ainsi les journaux qui déplaisent au pouvoir se trouvent-ils rapidement dans une impasse financière et doivent licencier leurs équipes et réduire les salaires.

L’État n’hésite pas non plus à utiliser des méthodes comme l’effraction et le vol au sein des bureaux de rédaction pour empêcher la parution d’investigations potentiellement très dérangeantes pour le pouvoir serbe. Plus grave encore des cas d’agressions physiques ont été reportés ainsi que des incendies criminels au domicile de journalistes indépendants. Beaucoup dénoncent une répression plus dure que sous Milosevic.
 
Corruption et réaction

La population serbe s’inquiète également de la corruption rampante. Depuis 2012, 124 crimes à caractères mafieux ont été recensés à Belgrade et seulement 9 enquêtes ont abouti, le reste étant classé sans suite par une justice proche du pouvoir. La collusion entre les élites économiques, politiques et judiciaires du pays augmente le ressentiment de la population. Par exemple la prise de contrôle par l’État de la plupart des grandes chaînes de télévision et des radios. La Presse muselée par le gouvernement couvre ainsi la crise de manière très partisane.

La protestation s’étend désormais à plus de 50 villes dans toute la Serbie, cela pourrait effrayer le président qui voit des territoires traditionnellement stables avec une population moins informée commencer à le contester.

Pourtant le président Vucic semble imperturbable et hausse le ton, traitant de « fasciste » un leader de l’opposition et de « hooligans » les manifestants. Il déclare « ne pas avoir peur » et, plus sûr de lui que jamais, annonce qu’il ne démissionnera pas quand bien même le nombre de manifestants atteindrait les 5 millions… dans un pays d’un peu plus de 7 millions d’habitants.

Pour le moment, sa seule réponse a été de proposer des élections législatives anticipées. Elles représenteraient un faible risque pour le pouvoir, car l’opposition est fragmentée et pourrait simplement boycotter le vote par peur de fraudes massives. Le président dispose toujours d’une forte popularité au sein de la population rurale.
 
Les commentateurs de la crise ont également noté le faible nombre de réactions de la part de l’UE, la Serbie est vue comme un pôle de stabilité dans une région qui est encore marquée par les fractures de la guerre.
 
 
 



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