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Venezuela, les États-Unis ressortent le « Big Stick (1) » ?




Publié par Romain Lambert le 13 Mars 2019

Alors que l’électricité n’est toujours pas stable à Caracas, le pouvoir vénézuélien semble au bord de la chute. Juan Guaido, le président intérimaire reconnu par une partie de la société internationale, est revenu triomphalement, accueilli par 12 délégations d’ambassadeurs et une foule en liesse. Il défie ouvertement le pouvoir dans les rues de la capitale. Dans ce marasme reste une constante, les déclarations incendiaires et réciproques des gouvernements américains et vénézuéliens. On connaît la passion des États-Unis pour leur « pré carré » sud-américain. Retour sur les éléments de stratégie américaine pour faire tomber le successeur de Chavez.



Une relation déjà tendue

Les États-Unis ont une longue relation amicale avec le Venezuela depuis les années 50. D’abord sous le dictateur Marcos Perez Jimenez, puis lors de la période du Pacte de Puntofijo de 1958 à 1998 où le Venezuela est devenu une démocratie. Ce qu’elle n’avait jamais été depuis son indépendance en 1830.

L’arrivée de Hugo Chavez au pouvoir en 1999 va progressivement défaire les liens qui unissaient les deux pays, surtout après le coup d’État raté de 2002 que Chavez attribue en partie aux États-Unis. Le Vénézuélien procède alors à la nationalisation des entreprises pétrolière du pays aux dépens des actionnaires américains. C’est aussi sa politique étrangère qui va éloigner les deux anciens alliés, Chavez se rapproche de Cuba et de l’Iran pays historiquement antiaméricains. Il va aussi rétablir les liens avec l’OPEP et vise à l’augmentation du prix du baril.

Si du côté du politique, les pays affichent une véritable discorde idéologique, la relation économique a été jusqu’à récemment différente.
L’économie vénézuélienne est atteinte du « syndrome hollandais  », son système économique est basé exclusivement sur l’exportation de pétrole et des produits miniers. En 2015 ces produits représentaient 95 % des exportations et 50 % de son PIB.
Malgré les discours antiaméricains de Chavez puis de Maduro, les États-Unis étaient toujours le premier partenaire commercial du Venezuela en 2017 avec 38 % des importations et 42 % des exportations.
 
Une stratégie en trois phases
  1. Les sanctions
Après les violentes manifestations de 2017, le Congrès américain a mis progressivement en place des sanctions financières qui empêchent le Venezuela d’emprunter ou de vendre des obligations au sein du système financier américain. Cela a dramatiquement fait diminuer les capitaux entrant en interdisant pratiquement tous les investissements directs à l’étranger (IDE). On connaît la puissance que représente l’interdiction des transactions en dollars, dernièrement Total avait abandonné un projet de 5 milliards USD en Iran après le retrait par Trump du traité nucléaires iranien par peur de ce type de sanctions.

Le Venezuela privé de dollars doit alors payer les dettes contractées envers la Chine et la Russie en or noir (20 milliards et 8 milliards USD respectivement). Le pays se retrouve dans une position délicate, sa monnaie se déprécie toujours plus sur le marché international. La vente du pétrole aux États unis reste l’un des seuls moyens pour disposer de liquidité dont il manque cruellement pour ses importations.

Le 29 janvier dernier sont décidées de nouvelles sanctions américaines qui vont frapper durement le Venezuela. Les États-Unis ont arrêté leurs importations de pétrole et leurs exportations de carburants raffinés. La dernière source de dollars du pays vient de se tarir et les conséquences risquent d’être dramatiques, PDVSA (la compagnie publique pétrolière vénézuélienne) a déjà dépassé ses capacités de stockage de brut et l’importation de produits pétroliers raffinés comme l’essence devient problématique, car le pays ne dispose pas de raffineries en proportion à sa consommation.  
 
  1. Juan Guaido
La deuxième stratégie a été de supporter Juan Guaido, président de l’assemblée, dans sa volonté de se déclarer président par intérim le 23 janvier 2019, les États-Unis ont été le premier État à lui reconnaître une légitimité. Il est aujourd’hui soutenu par une cinquantaine de pays.

Juan Guaido a quitté le Venezuela du 22 février au 4 mars, il a voyagé dans de nombreux pays où il a été accueilli en chef d’État. Il a surtout séjourné en Colombie et aux États-Unis pour organiser l’acheminement de l’aide humanitaire. Le président par intérim a reçu plusieurs fois le soutien des Américains, mais surtout des garanties pour sa sécurité. À son retour, Maduro laisse son opposant libre dans les rues de Caracas, cela montre qu’il n’est pas en position d’affronter ouvertement la puissance américaine et son protégé.
 
  1. L’aide humanitaire
Depuis le début de la crise, au moins 3,5 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays du fait de la pénurie alimentaire. Les États-Unis qui soutiennent Guaido ont stocké des tonnes d’aides humanitaires en Colombie et sur des bases américaines de la région. Cette aide est censée donner une légitimité populaire à Guaido qui l’utilise à son profit depuis la Colombie, mais il a rencontré l’opposition des forces armées vénézuélienne qu’il exhorte pourtant à le joindre. Ce dernier point semble être le dernier blocage à un changement de régime.
 
Les limites de la stratégie américaine

Il semble donc que les Américains sous-estiment l’armée dans leur stratégie. L’union civilo-militaire de Chavez a fait entrer de nombreux gradés actifs ou à la retraite au sein d’instances de décision. Certains généraux joueraient aussi un rôle actif dans le passage de près d’un quart de la cocaïne colombienne à travers le Venezuela. La chute de Maduro devra passer par un accord avec l’armée qui est son dernier soutien, au vu de la situation il est probable que les garanties qui pourraient leur être proposées ne soient pas encore satisfaisantes.
 
Un intérêt pétrolier probable

Les États-Unis sont devenus les premiers producteurs mondiaux de pétrole grâce a l’exploitation des gisements de pétrole de schiste, mais ce type de pétrole possède un inconvénient, il est trop léger et ne convient pas à toutes les utilisations. Pour produire du diesel et du kérosène, il faut y ajouter du pétrole plus lourd qui soit provient du Canada (à coût élevé), soit du Venezuela. Juan Guaido annonce : « Le jour où on arrivera au pouvoir, on ne reconnaîtra ni la dette, ni les puits de pétrole et les gisements vendus. » (Racheté par les Chinois et Russes il y a quelques années). Des sociétés américaines auraient été contactées pour prendre la suite si Maduro tombait.

Entre rumeurs et action politique concrète, il est difficile aujourd’hui de voir clair. Pour autant, il est certain que le destin du Venezuela passe par Washington qui peut espérer en reprenant pied au Venezuela fragiliser du même coup le régime cubain largement dépendant du pétrole de son allier.
 



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