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Un air de pollution aux particules fines




Publié par Camille Blanc le 10 Décembre 2018

On sait combien le diesel est en ligne de mire depuis quelques années. Retour sur la question de la pollution de l’air par les particules fines qui serait à l’origine d’une mortalité importante en France.
D’où vient ce dogme et à quoi sert-il ?



La pollution de l’air par les particules fines causerait 48 000 morts par an en France, ce qui signifie que 9 % environ des décès seraient provoqués par la pollution ! Ce chiffre impressionnant a été abondamment repris, et sans réserve, par la plupart des médias après la présentation du plan antipollution du Gouvernement en juillet 2018. Par exemple sur Franceinfo : « La pollution  de l’air tue 48 000 personnes par an en France, 13 fois plus que les accidents de la route. Contre ce fléau de santé publique, le Gouvernement veut développer les ZFE, les zones à faibles émissions, appelées aussi zones à circulation restreinte. Ce système, déjà mis en place à Paris et à Grenoble (Isère) sera étendu d’ici à 2020 à 12 autres secteurs, dont Marseille (Bouches-du-Rhône), Lyon (Rhône), Strasbourg (Bas-Rhin), ou encore la Vallée-de-l’Arve, près de Chamonix (Haute-Savoie), ou la Martinique. Il fonctionne avec les vignettes Crit'Air qui permettent d’interdire progressivement la circulation des véhicules les plus polluants. » (1) Anne Hidalgo avait déjà employé cet argument en 2017 pour le plan antipollution de la Ville de Paris. Mais d’où vient donc ce chiffre ?
Il vient d’un rapport de l’Agence Santé Publique France (SPF), qui a évalué le nombre de décès prématurés pouvant être attribués en France aux particules PM 2,5 (particules de rayon inférieur ou égal à 2,5 mm), en utilisant un nouveau modèle mathématique qui repose sur une carte de la pollution de l’air spatialisée sur l’ensemble du territoire français, à l’échelle des communes. Un examen attentif du rapport SPF révèle bien des surprises…

Que valent les normes actuelles sur la pollution de l’air ?

En fait, à la simple lecture du rapport, on se rend compte que 48 000 n’est que le haut d’une fourchette d’incertitude particulièrement importante qui va de 11 à 48 000 morts ! En effet, « le nombre de décès prématurés calculés par le modèle de SPF varie très fortement en fonction du niveau de base de pollution considéré comme "normal" : de 48 000 décès annuels si on prend comme référence les parties du territoire français les moins polluées… à 11 décès si on prend comme référence le seuil de particules fines recommandé par l’Union européenne ! » (2) Cela ne revient-il pas à remettre en question les normes actuelles sur la pollution de l’air ?
Ce résultat, purement théorique, est présenté comme une vérité établie, sans que ce modèle du SPF ait pu être validé : « Le modèle statistique utilisé, tout comme les études précédentes sur lesquelles il s’appuie, calcule des corrélations géographiques entre la mortalité (toutes causes non accidentelles confondues) et le niveau de pollution de l’air. Or ce type de corrélations est susceptible d’être affecté par des facteurs de confusion évidents, mais difficiles à corriger. »  

Des simulations théoriques issues d’un modèle non validé

Selon le site European scientist précité, des problèmes de forme s’ajoutent à ces problèmes de fond : « Le discours du SPF, selon lequel leur étude confirmerait les évaluations précédentes des effets sanitaires de la pollution, est parfaitement tautologique : leur modèle ne confirme en rien les résultats précédents, il les applique simplement à une échelle géographique nouvelle. » De plus, le terme maintes fois utilisé de "morts évitables" serait un abus de langage manifeste, puisqu’il faudrait parler plutôt de morts prématurées… Le rapport du SPF laisse croire que les mortalités invoquées ont été calculées à partir des données de mortalité réelles, alors qu’en fait il s’agit de simulations théoriques faites par un modèle non validé.
Il est vrai, à leur décharge, que les auteurs suivent à la lettre les recommandations de l’OMS, qui considère l’effet des particules fines sur la santé comme démontré. Le consensus apparent qui en découle repose sur l’idée que la pollution serait le déterminant majeur des inégalités géographiques d’espérance de vie en France. Cela est en contradiction avec les autres explications considérées aussi comme bien démontrées, à savoir l’effet de la catégorie socioprofessionnelle et celui du régime alimentaire méditerranéen. En passant, cela revient à attribuer à la pollution de l’air l’intégralité du différentiel d’espérance de vie connu depuis longtemps entre le Nord et le Sud de la France, expliqué habituellement par le régime alimentaire… « La question n’est pas de dire ici si ce chiffre de 48 000 morts par an dus aux PM 2,5 est juste ou non, puisque le rapport ne fournit pas les éléments nécessaires pour en juger », poursuit l’analyste d’European Scientist.

Cherchez l’erreur

Tout se passe donc comme si la mortalité chronique due aux PM 2,5 était devenue un dogme, que les spécialistes de la pollution ne cherchent plus à vérifier. Pourtant, au même moment, un article paru dans Nature a chiffré les décès dus aux particules fines en suspension (PM 2,5) et aux oxydes d'azote (Nox) à 38 000/an dans le monde, dont 28 000 dans l’Union européenne… 
La prudence scientifique la plus élémentaire conseillerait de fournir des comparaisons avec les données de mortalité réelle par commune, et de tester dans d’autres pays que la France l’hypothèse selon laquelle les particules fines seraient responsables de 9 % des décès sur la France entière, campagnes comprises.
Mais ça, c’était avant… les Gilets jaunes. La fameuse "transition écologique" pourra-t-elle sortir de cette religiosité mimétique, culpabilisatrice et pseudoscientique ?
 
(1) https://www.francetvinfo.fr/economie/automobile/diesel/environnement-le-gouvernement-presente-son-plan-anti-pollution_2860575.html
(2) https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/pollution-de-lair-38-000-morts-par-an/?fbclid=IwAR3awW1Q58uNvMz35zxxNjb-ZvDT2J6LjqlgoH-GX2UrqMpsVVfhJSVy31Q




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