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Que dit la France des Gilets jaunes sur la scène internationale ?




Publié par Eric Delbecque le 11 Décembre 2018

Eric Delbecque.



Que dit la France des Gilets jaunes sur la scène internationale ?
On a beaucoup disserté ces dernières semaines sur l’impact économique et touristique de l’action des Gilets jaunes dans notre pays. Le poids économique des dégradations sera en effet important. De surcroît, les violences des membres de l’ultragauche et de l’ultragauche, les pillages menés par les petits délinquants, ne donnent pas une image valorisante de la capitale. On ne peut guère prétendre le contraire…
 
Mais il faut néanmoins en revenir à quelques fondamentaux. Nos 38 sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO constituent un énorme potentiel. Il n’est certes plus possible de surfer mollement sur l’existant pour créer de la prospérité. Les touristes dépensent encore insuffisamment dans notre pays et pourraient finir par nous considérer comme une zone de transit avant le shopping à Londres (malgré le Brexit) ou la bronzette en Espagne. On entend déjà ceux qui réclament plus de centres commerciaux ou des capacités hôtelières aux standards internationaux : nous disposons néanmoins d’autres points forts à mettre en valeur, comme notre potentiel culturel, historique (de la peinture au vin en passant par les grands hommes). Encore faut-il le rendre parfaitement attractif : des horaires à la qualité de l’accueil (dans les musées pour ne citer que ce point), pas mal de choses restent à améliorer… Il faut même faire face aux « zadistes »… Les autorisations de construire semblent devenues un casse-tête pour les collectivités territoriales, tout comme les financements pour les projets innovants.
 
Dans le tourisme aussi, on craint finalement que le constat d’André-Yves Portnoff soit le bon : « On parle d’intelligence économique, mais personne, dans les rouages de l’État, n’est à même de dire quels secteurs, quelles applications sont particulièrement porteurs d’avenir, d’emplois, de bénéfices futurs, et doivent absolument être couverts par des laboratoires et des entreprises françaises, voire européennes » [1] . Car les motifs expliquant notre faible capacité de résistance sur le front touristique relèvent immanquablement du déficit de veille et de stratégie d’influence ! Négligence dans l’observation des tendances du tourisme mondial, inaptitude à faire connaître nos richesses territoriales à des clientèles ciblées, absence quasi totale de dispositif de lobbying, dispersion des efforts, manque dramatique de coordination entre les instances publiques et les entreprises, faiblesse des budgets promotionnels (cf. Atout France, l’agence nationale de développement touristique), faible habitude du benchmark, etc.
 

Les maux nationaux se suivent et se ressemblent, quel que soit le secteur d’activité concerné. Pourtant le défi est essentiel et nos avantages comparés immenses. Nos paysages et notre architecture ne peuvent être délocalisés, pas plus que notre art de vivre. Mais nous échouons à les mettre en valeur et à construire un marketing territorial digne de ce nom. Un sujet à suivre par conséquent, et des propositions à inventer ? Sans aucun doute.
 
Il paraît donc excessif d’extérioriser une inextinguible angoisse en affirmant que tous les autres pays européens et occidentaux considèrent désormais que nous sommes une terre d’anarchie… Une certaine émotion est constatable dans les médias étrangers, c’est vrai, mais cela passera. C’est l’un des rares avantages de la société du spectacle inventée par la postmodernité : dans quelques semaines, d’autres sujets relégueront ces événements au placard des souvenirs flous sur le reste de la planète. Les Français seront bien les seuls à s’en préoccuper.
 
Il est aussi possible d’inverser les termes du débat. La France inaugure ce qui pourrait arriver ailleurs en Europe : la révolte des classes moyennes contre des élites qui s’émancipent des réalités quotidiennes de leurs peuples. Par conséquent, il semble un peu exagéré de rejouer « Paris brûle-t-il ? » La surprise passera. Et l’ironie de Donald Trump n’a pas beaucoup d’intérêt. Encore une fois, nous devons rester conscients de notre image projetée, mais d’abord comprendre ce que cette rage illustre.

Éric Delbecque
Expert en sécurité intérieure, auteur du Bluff sécuritaire (éditions du Cerf)

[1] Cf. André-Yves Portnoff, « Innovation : pour une nuit du 4 août ! À propos du rapport Beffa, Pour une nouvelle politique industrielle », Futuribles, mars 2005, n° 306.