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L'Oréal condamné par la justice à payer une amende de 370 000€ pour espionnage industriel




Publié par Louis Boullet le 4 Juillet 2022

Le 14 juin dernier, le géant français de la cosmétique, L’Oréal, a été condamné à verser la somme de 370 000€ au groupe Guinot-Mary Cohr, n° 1 des soins en institut de beauté en France, pour espionnage industriel.



Les dessous de l’affaire 
  
Auteur d’une technique révolutionnaire associant un appareil de soin et des produits spécifiques que l’entreprise s’efforce de garder secret, la société Guinot a connu un essor exceptionnel depuis sa création en 1972, qui lui a permis de devenir le leader en France et en Europe sur le marché des instituts de beauté. Ce succès continental a alors suscité la convoitise de plusieurs grands groupes, notamment L’Oréal qui cherchait à s‘implanter sur le secteur des instituts de beauté au début des années 2000 en bénéficiant du savoir-faire unique des instituts Guinot.
 
Après plusieurs tentatives d’acquisitions refusées par le fondateur et PDG de Guinot, Jean-Daniel Mondin, l’approche de L’Oréal se fait plus insistante à partir des années 2010. Le fleuron de l’industrie française propose notamment à M. Mondin de conserver la présidence du groupe en France en échange de quoi L’Oréal pourrait exporter et exploiter son savoir-faire à l’international. Les deux entreprises entrent finalement en négociations mais le PDG de Guinot finit par se retirer, insatisfait des contrats proposés par L’Oréal
 
Finalement, en 2013, L’Oréal contacte M. Mondin pour lui expliquer qu’elle a préféré acquérir un autre groupe, Carité, pour développer son activité de soins en instituts.
    

Un contrat d’espionnage peu orthodoxe  

Après une série de résultats peu satisfaisants, L’Oréal lance une enquête pour identifier l’importance des marques sur le marché des instituts de beauté et découvre que Guinot est l’institut clé pour la pratique des soins anti-âge grâce à son produit phare « Hydradermie ». Le géant français commande alors, en décembre 2014, une « étude approfondie sur l’offre Guinot auprès des esthéticiennes et des consommatrices » afin de percer le mystère du succès Guinot et le reproduire dans ses instituts récemment acquis.
 
L’entreprise mandate pour cela une société d’enquête qui décide alors d’envoyer des recruteurs se faisant passer pour des représentants du groupe Guinot, afin de comprendre la perception des soins en instituts des clientes ainsi que pour observer l’utilisation des appareils. Les esthéticiennes des instituts enquêtés s’étonnent alors de ces recherches, d’autant plus qu’elles se voient proposer un chèque de 100 € censé couvrir des frais de déplacement alors que l’enquête se déroulera dans leurs instituts.
 
Le contrat signé par L’Oréal et la société d’enquête est bien évidemment problématique à plusieurs égards.
 
Tout d’abord, il va à l’encontre de la clause de confidentialité signée entre Guinot et L’Oréal, valable jusqu’en septembre 2015, liée à l’acquisition potentielle de Guinot. Ensuite, contrairement à ce qui était stipulé dans le contrat d’enquête, les esthéticiennes interrogées n’ont pas signé de document qui les informaient des objectifs de l’enquête. Elles ont ainsi, à leur insu, violé la clause de confidentialité qui lie Guinot et les instituts franchisés à propos des méthodes de soin.
 
Averti par un certain nombre d’esthéticiennes sur un possible espionnage des méthodes de soins, le groupe Guinot a alors prévenu l’ensemble de ses partenaires affiliés de cette tentative d’appropriation, et saisit le tribunal de commerce de Paris pour « usurpation de savoir-faire » et « concurrence déloyale ».


L’Oréal finalement condamné

Après plusieurs mois d’enquête L’Oréal, s’est finalement vu condamner à verser une amende de 300 000€ de dommages et intérêts à l’institut Guinot-Mary Cohr « pour la perte d’une chance de développer son réseau à l’international dans des conditions normales de marché » ainsi que 70 000€ de frais de justice. L’entreprise Guinot réclamait quant à elle 13,5 millions d’euros. Le tribunal a jugé que « en n’informant pas les esthéticiennes concernées et les consommatrices de l’identité du commanditaire de l’enquête, [L’Oréal] a usé de moyens déloyaux pour s’approprier des informations sur un concurrent direct d’une de ses filiales ».
 
L’Oréal s’est d’abord dit « très surpris de la décision » et n’exclut pas la possibilité de faire appel malgré les révélations accablantes faites par Jean-Daniel Mondain. Ce dernier a notamment affiché publiquement dans une vidéo diffusée sur le site internet de Guinot, une série de pièces saisies dans le cadre de l’enquête qui semblent prouver irréfutablement l’implication de hauts-cadres du groupe L’Oréal dans cette opération d’espionnage illégale. On y découvre notamment des échanges par e-mail qui font état d’une réunion de présentation de l’enquête à laquelle assiste la directrice marketing de Carita et la directrice des soins de la peau de L’Oréal professionnel.
 
Cette affaire vient ternir l’image d’un grand groupe français connu pour son implication dans le respect des normes éthiques. Certains dirigeants, qui semblent avoir agi en toute impunité, ont ainsi brisé le contrat de confiance qui les liait à la charte éthique du groupe, disponible sur le site internet de L’Oréal.
 
Le grand groupe nie pourtant être à l’origine de l’enquête et cherche à « comprendre comment il a pu être considéré qu’à l’aide de huit entretiens menés par un prestataire extérieur auprès d’esthéticiennes, L’Oréal se serait accaparé le cœur du savoir-faire appartenant à la société Guinot ». Le géant de la cosmétique a par ailleurs attaqué la société Guinot pour menaces et chantages, une affaire classée sans suite deux mois après son dépôt.



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