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Défense européenne, freins et moteurs




Publié par Capitaine de Frégate (H) Ortiz le 24 Novembre 2020

La défense européenne, la défense de l’Europe, une défense pour l’Europe, l’Europe de la défense, la défense par les européens, etc., il s’agit là de concepts de plus en plus prégnants dans les discours des dirigeants de l’UE et de plus en plus présents dans les préoccupations des politiques, mais aussi dans celles des peuples européens.
L’idée est-elle tout de même devenue suffisamment mûre pour accoucher enfin de quelque chose de tangible et de convaincant ?
Pour une Europe de plus en plus atone et impopulaire, ce serait souhaitable, même si la voie est étroite entre le succès et la création d’illusions qui accentueraient encore le divorce entre les dirigeants européens et les peuples.



Image Pxhere
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Historique d’une idée

Si certains étaient tentés de jouer sur le paradoxe, ils pourraient avancer l’idée selon laquelle la Défense européenne ou de l’Europe est un concept qui était réalité longtemps avant que l’Europe n’existât au plan humain ou géographique, l’antiquité romaine n’avait-elle pas connu une armée rassemblant les peuples de cet immense empire pour faire face aux hordes orientales et nordiques ?

L’empire de Charlemagne verra lui aussi l’avènement d’une force militaire intégrant toutes les ethnies et nations  de cet imperium, armée forgée pour quelques décennies à lutter contre la pénétration musulmane ainsi que contre des forces intérieures et extérieures à l’empire.
L’énumération pourrait être longue et l’on verrait encore dans les croisades peut-être le meilleur exemple d’une armée et d’une défense européenne en face d’un ennemi clairement identifié : l’islam.

Après la Révolution française, l’Europe avec la Russie fera bloc pour endiguer puis écraser le germe révolutionnaire. Napoléon un peu plus tard rassemblera une grande armée où ne manquaient que les Britanniques  pour aller affronter la Russie dont on se demandait déjà si elle était européenne, question qu’elle ne se posait pas.

La suite ne défigurera pas le tableau, Hitler en 1941 remonte une armée aussi cosmopolite, mais beaucoup plus nombreuse encore que celle de Napoléon pour conduire la croisade européenne contre le bolchévisme et la Russie.

Il y a dans ces épisodes à la fois la volonté d’une défense et même d’une armée européenne sous un commandement unifié, celui  du commandement d’une nation, comme déjà le germe de la zizanie entre des intérêts souvent dissonants.

La Communauté européenne de Défense (CED), au début des années 50, énonce l’idée d’une armée européenne, mais - et c’est déjà la contradiction de cette défense européenne « indépendante » -placée dès le départ sous commandement américain. Cette problématique n’a jamais été aussi présente que de nos jours lorsque la nouvelle présidente de la Commission européenne, Madame Von Der Leyen, se dit le chantre de l’autonomie de la défense européenne pour ajouter dans la foulée qu’elle se doit d’être plus que jamais liée à l’OTAN, on le voit, la Commission rêve d’une autonomie dépendante.
 
Une menace commune ?  Un tour d’Europe virtuel de la menace

Le rédacteur de cette adresse serait tenté de prendre le lecteur par la main et lui faire faire ce que l’on pourrait appeler un tour d’Europe de la menace.

Je vous propose de commencer par le sud, par l’Espagne, quelle est la menace qui plane sur ce vieux pays ? Elle est multiforme : sur le continent africain, les deux enclaves de Ceuta et Melilla sont revendiquées par le Maroc comme le fut le Maroc espagnol en son temps, l’irrédentisme indépendantiste basque, mais surtout catalan est une sérieuse hypothèque sur l’unité espagnole, enfin l’islamisme et son cortège d’assassinats dont les séides proviennent d’une population musulmane en croissance démographique exponentielle sur le territoire espagnol ;  problème beaucoup moins lourd chez les Portugais qui « importent » leurs immigrés, en majorité chrétiens, de  leurs anciennes colonies sans connaître de véritables dangers à l’intérieur comme à l’extérieur.

La France est exposée elle aussi à la menace islamiste pour les mêmes raisons qu’en Espagne, en outre, nombre de ses possessions outre-mer sont revendiquées par Madagascar, Les Comores, Maurice, le Mexique …
L’Angleterre qui vient de quitter l’UE, mais certainement pas l’Europe est, elle aussi, très concernée par la menace islamiste, comme elle l’est par les revendications argentines sur les Malouines, revendications soutenues par tous les pays d’Amérique latine ; si le RU  était resté dans l’UE, que se serait-il passé en cas d’attaque par les  argentins ? peut-on penser que tous les européens auraient tiré l’épée pour mourir dans ces îlots lointains ?

La situation change en remontant vers le nord, qui menace directement l’Allemagne puisque les querelles frontalières sont devenues un souvenir sur la plus grande partie de l’Europe ? L’islamisme sans doute, le communautarisme turc, certain n’hésitant pas à évoquer d’abord la dénatalité comme premier danger.

Les pays baltes compliquent largement le tableau, le sentiment et la crainte de la Russie si proche rassemblent ces pays avec une nuance de taille toutefois, une population russophone et orthodoxe allant jusqu’à 30% dans certains de ces pays, cette importante minorité voyant  le voisin russe comme un frère protecteur plutôt que comme un ennemi.

La Pologne mérite aussi une escale, le sentiment antirusse  y est viscéral comme l’est le rejet instinctif de, non pas l’islamisme, mais l’islam considéré à tort ou à raison comme incompatible avec les valeurs chrétiennes fondatrices de l’Europe et le catholicisme qui fut l’étendard victorieux levé contre le communisme, attitude que l’on retrouve aussi bien chez les gouvernants que chez les peuples tchèques, slovaques, hongrois, bulgares, etc.

Remarquons aussi que le sentiment et l’attitude vis-à-vis de la Russie est fluctuant dans l’Est de l’UE, plus particulièrement chez les Hongrois et les Bulgares, le ressenti vis-à-vis de cette Russie oscille entre hostilité et sympathie, plus particulièrement chez les Bulgares qui n’ont jamais oublié le lourd tribut payé par l’armée tsariste au XIXe siècle pour libérer ce peuple du joug turc.

Si nous devions dévier vers le Sud est, nous arriverions à la Grèce et à Chypre Sud, là, l’ennemi héréditaire est plus ennemi que jamais, c’est toujours le Turc vu comme agressif et menaçant, le problème des frontières entre le Nord et le sud de Chypre reste aussi insoluble que le soutien de la Turquie d’Erdogan à Chypre Nord est inconditionnel.
Les menaces militaires turques sont constantes et sérieuses, d’ailleurs le gouvernement turc se propose de revoir les termes du Traité de Lausanne qui après la Première Guerre mondiale définissait les frontières notamment maritimes entre la Turquie et  la Grèce, là aussi, il faut oser poser la question de savoir si, en cas d’action militaire turque, il serait sérieux de penser que l’UE volerait au secours, armes à la main, de la Grèce et Chypre Sud, la Turquie étant toujours pays candidat à l’entrée dans l’UE et membre de l’OTAN.

L’Italie ne reconnait en fait qu’une seule menace, c’est « l’invasion migratoire » en provenance d’Afrique.

Quid de l’avenir ? Les autorités européennes parlent de pays ayant une vocation européenne, quels seraient les impétrants ? L’Albanie serait sur les rangs, des négociations d’octroi du statut de pays candidat viennent de commencer très discrètement, ce pays est aussi travaillé par l’islamisme qui se répand au sein d’une population presque entièrement musulmane, cette nation aspire à forger une grande Albanie qui intégrerait le Kosovo dont la Serbie fut dépossédée par la force.

La Serbie, elle aussi, a « une vocation européenne », le pays est encore traumatisé par les bombardements de l’OTAN il y a plus de 20 ans, pour des raisons qu’elle continue de ne pas comprendre et Wladimir Poutine y est vu en héros, en frère orthodoxe et slave, là, également, la menace, est tout sauf russe.

L’Ukraine frappe également  à la porte, la situation du pays n’est que trop connue, un pays fracturé par la guerre civile où la partie ouest rêve de l’OTAN et de l’UE tandis que l’est orthodoxe et russophone rêve de plus d’autonomie voire d’indépendance ou encore d’intégration dans la Russie, Russie qui, bien sûr, soutient le mouvement dans ce conflit appelé à durer.

La Bosnie a aussi coiffé le chapeau de « pays à vocation européenne », ce pays à l’instar des autres est une spécificité en lui-même, pays musulman travaillé par un islam radical grandissant, il intègre une région très fortement autonome « la Republika Srpska » qui elle, est très liée aux « frères » serbes et russes.

On le voit, trouver une menace commune dirigée contre l’UE comme lors de la guerre froide n’est guère facile, les menaces les plus prégnantes sont aussi bien intérieures qu’extérieures au sein des nations qu’au sein de l’Europe : islamisme, Russie, Turquie, migrations massives, Maroc, revendications tiers-mondistes  …  Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, l’Europe de l’UE est tout sauf un bloc homogène.
 
La convergence de facteurs.

L’examen du tableau pourrait ainsi laisser rêveur voire dubitatif le partisan d’une défense européenne commune qui reste à définir, mais qui le serait difficilement sur la base d’une menace commune puisque la question première quand on parle défense, c’est, mais au fait contre qui ? Ou alors comme ce fut souvent le cas au travers de l’histoire, on concocte de toutes pièces un ennemi bien utile, le « 1984 » d’Orwell décrit remarquablement la démarche.

Pourtant et peut être pour la première fois dans l’histoire, 3 facteurs convergent avec force, d’abord, l’acquisition à l’idée d’une défense commune et indépendante ou simplement plus autonome, par et pour les européens, il s’agit du reste plutôt d’un ressenti que d’une vision claire, mais le désir, le récit, l’aspiration sont là, pourquoi ?
Il serait trop long de le traiter ici, mais  l’élection de Donald Trump y joue son rôle, par exemple, devant  l’évolution antagoniste des relations sino-américaines, les Européens voudraient  être autre chose qu’un allié docile.

Les gouvernants européens multiplient les déclarations dans le sens d’une défense européenne « autonome » et la déclaration du 23/10/2016  signée par les   dirigeants de l’UE affirme vouloir une construction « réaliste et réelle d’une structure viable de Défense Européenne ».
Les termes sont à noter, il n’y a pas là de manifeste tonitruant ou incantatoire, mais l’affirmation presque modeste d’une volonté politique consciente d’obstacles qui se dressent les uns après les autres.
Le dernier élément convergent et non le moindre est le soutien des structures de l’Union européenne. Un effet, un tabou a été brisé puisqu’il est admis à présent et  d’autant plus que le RU vient  de nous quitter, que les Institutions européennes, supranationales par nature, ont à en connaître en matière de Défense et d’Industrie de Défense. 

Le traité de Lisbonne en effet porte en lui toute l’assise institutionnelle permettant « une structure viable de défense européenne ».
Un fonds européen de Défense, doté de 5,5 milliards d’euros, dans un premier temps, a été créé afin de  soutenir les efforts de plusieurs pays européens qui viendraient à s’associer.

Il faut cependant noter que, comme pour l’Agence européenne de   Défense, la différence entre les fonds évoqués pour effet d’annonce et ce qui restera après des coups de rabots finlandais et les coups de hache du Covid 19 peut laisser songeur d’autant plus, que pour jouer à armes égales avec les USA ou la Chine, il faudrait des budgets qui n’ont aucune commune mesure avec ce qui était annoncé dans un premier temps.
De nouveaux types de coopération sont prévus dans les nouvelles structures, comme la coopération structurée permanente sans entrer dans le détail, il s’agit d’encouragements institutionnels à fédérer des efforts de défense nationaux, type conception et fabrication de systèmes d’armes, mais toujours sur des bases volontaires.  L’idée force étant que deux ou trois pays s’investiraient dans un effort de défense convainquant  les autres de les rejoindre et on le voit, tout reste ouvert, rien n’est acquis. Il ne s’agit de rien de moins que d’un pari qui peut aller vers le succès comme vers l’échec.

Un mécanisme de flexibilité est encore prévu qui permet à l’UE de donner mandat à quelques pays d’agir en son nom.
Citons encore l’article 42 du traité de Lisbonne qui inspiré par l’article 5 de l’OTAN met en place une clause d’assistance mutuelle en cas d’agression ne signifiant pas forcément du reste une réponse militaire, l’UE reste réaliste.

Ainsi donc  trois facteurs majeurs convergent et peuvent devenir le moteur d’une dynamique unique dans l’histoire de l’Union européenne à deux conditions toutefois, d’abord que l’Europe reste modeste et ne bâtisse pas de châteaux en Espagne et surtout qu’une volonté politique la plus large possible soit insufflée dans ces structures, sans quoi, comme ce fut le cas trop souvent dans l’histoire des tentatives d’union en Europe, le soufflé retombera.
 
Une Industrie de la Défense européenne.

Là aussi, le sujet est vaste autant que ses contours sont indécis même si la définition du sujet est moins floue que celle de la « Défense européenne », à peine.

Qu’est-ce qu’une industrie de la Défense européenne ? Quels sont ses buts ? Comment est-elle constituée ? Par qui ? Quel est son marché ? Ses relations avec l’extérieur ? et plus particulièrement avec les USA, avec l’OTAN ?

Les Institutions européennes échaudées par des décennies de désillusions tablent à présent sur un schéma réaliste, elles soutiendraient des projets en la matière provenant de deux ou trois pays, lesdits projets devraient s’avérer suffisamment attrayants pour faire venir à eux d’autres pays européens.

On le voit, il s’agit d’un pari réaliste, pour certains trop timide, mais tenant enfin compte des réalités.
 Quelles sont les  réalités auxquelles se heurte une Industrie de la Défense européenne ?

D’abord  pour beaucoup de gouvernants et de peuples européens, cette Industrie  européenne de la défense ne peut exister que dans un cadre otanien  et que cet OTAN est aussi et peut être avant tout un super marché de matériel made in USA « proposé » aux européens autant qu’au monde.

Il importe de rappeler une grande vérité, en schématisant un peu : les européens achètent national ou américain et des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Australie, l’Algérie, le Qatar, la Malaisie, l’Inde, le Mexique, etc. pourtant pas encore dans l’Union européenne, achètent français, anglais, espagnol donc européen.

En 1975, déjà Michel Jobert entrait dans la salle de réunions des ministres des Affaires étrangères européennes et criait « bonjour les traîtres », la Belgique et les Pays-Bas ayant choisi le concurrent américain du Mirage F1, comme c’est du reste plus que jamais le cas aujourd’hui, le choix  du F35 par la Belgique est symptomatique. En effet, les conseillers de M. Trump lui ont vite fait comprendre, après ses premières déclarations selon lesquelles l’Organisation était autant désuète qu’inutile et qu’in fine, l’OTAN est un super marché de fixation de normes et de vente de matériel qui rapporte très gros.

C’est peut-être la première question : quel serait le rapport de cette « Industrie de la Défense européenne » avec les USA ?

À l’exception de l’Europe, le monde réarme, le marché mondial de l’armement est en pleine expansion, les bénéfices y sont colossaux, la concurrence y est impitoyable, peut-on penser que nos amis américains accepteraient de laisser passer sans réagir, des marchés lourds, aux mains des européens et que la majorité des européens feraient bloc ? la question doit être posée.

Celui qui rédige ces quelques lignes a travaillé avec le Pentagone et l’industrie de défense américaine qui invoque souvent « le work together » avec les entreprises européennes, étant bien entendu, que dans l’immense majorité des cas, ce « work together » signifie que les européens devront se contenter d’être de bons sous-traitants dans des systèmes dont les Américains sont, et resteront bien sûr les maîtres d’œuvre, les « main contractors ».

La question est d’autant plus complexe qu’elle touche au juridique et au technique, on sait que dans un matériel à 99% français, le 1% américain ou allemand peut bloquer un fructueux marché d’exportation.
La politique d’extraterritorialité des USA imposée sans trop de difficultés aux Européens complique l’équation à plaisir.

Il est un autre questionnement qui s’impose, malgré l’interventionnisme des institutions européennes, au premier rang desquelles, la Commission, la concurrence sur le marché de l’armement, où comme nous l’avons écrit les enjeux sont colossaux, reste ouverte et acharnée entre pays et entreprises européennes et qu’aucun texte ne leur interdit de s’allier avec les entreprises d’autres pays comme les USA, Israël, l’Inde, l’Australie, le Qatar, l’Arabie, etc. comme c’est du reste le cas.

Les institutions européennes, et tout particulièrement la Commission, fonctionnent, en effet, assises sur un paradoxe voire une contradiction.
Le Traité de Rome de 1957 créant le « Marché Commun » instaurait ce que ses parrains et les six nations d’alors voyaient comme un club régi par des règles strictes, règles auxquelles les impétrants devaient se soumettre sans rémission.

  La règle de la préférence communautaire était de celles qu’il fallait intégrer impérativement si on ambitionnait de concourir auprès des Institutions européennes.

Depuis quand cette règle ne vaut-elle plus dans la réalité ? C’est sans doute, le grand élargissement de 2004 qui l’a mise à mal avant d’être relégué par les « partenariats stratégiques » et les nombreux accords de libre-échange.

Ainsi l’UE, passerait plutôt du statut de Jockey Club à celui d’auberge espagnole de la mondialisation.

Aussi, l’industrie européenne de la défense, très liée au civil doit tracer un cap incertain entre des partenaires acceptables et d’autres, avec pour compas, des directives contradictoires entre elles.

 Pour complexifier plus encore, on sait  que les industries civiles et militaires sont, avec la mondialisation plus que jamais entremêlées, et que de plus en plus de pièces essentielles proviennent de pays asiatiques, pillant ou copiant légalement les technologies occidentales pour les redistribuer ensuite vers le marché européen parfois dans le cadre d’accord binationaux, en effet, au civil, les alliances entre entreprises et États peuvent se nouer avec des pays comme la Chine, la Russie, l’Iran …

Il sera toujours difficile pour une entreprise européenne de refuser un grand marché, quitte à s’allier avec une entreprise non européenne pour disputer un marché à une entreprise « purement européenne », les États et les multinationales restent maître du jeu.

Pourtant tout ceci n’a pas empêché des succès européens éclatants hors UE et dans l’UE, qu’il suffise de citer Airbus et Galileo pour que la cause soit entendue, l’Europe à condition d’en avoir la volonté politique peut devenir une puissance jouant jeu égal avec les États-Unis et la Chine.
 
OTAN et UK

Comme nous l’avons mis en avant précédemment, la relation à l’OTAN reflète tout le paradoxe et une grande partie de la problématique de Défense européenne.

En effet, plus l’Europe veut sa propre défense plus elle s’intègre dans une structure qui est dans la main des États-Unis, pour beaucoup il s’agit d’être « complémentaire », le mot revêtant encore foule d’acceptions en fonction du pays, pour certains, il s’agirait de créer au sein de l’OTAN un « pilier européen de la défense » qui, à terme pourrait parler d’égal à égal avec les USA, pour d’autres  encore ce pilier servirait de tremplin d’émancipation, pour d’autres encore…

On ne saurait conclure cette réflexion sur la Défense européenne sans évoquer l’Angleterre, plus gros budget européen avec la France et l’Allemagne, pour certains du reste, les seuls budgets de la Défense dignes de ce nom en Europe.

Le Royaume-Uni a quitté  les Institutions européennes, certainement pas l’Europe, en effet, qui pourrait imaginer une Angleterre se désintéressant d’une Europe qui commencerait à revêtir des contours de puissance militaire ?

D’ailleurs, une « Défense européenne » ne peut empêcher la constitution d’accords bi, tri, quadri, etc. nationaux et pas seulement entre pays de l’UE voire d’Europe.

Les accords de Lancaster House entre la Marine française et britannique sont un excellent exemple d’un mécanisme qui fonctionne, lui, remarquablement, comme il est évident que la sortie de l’UE ne pourra pas signifier l’annulation de tels accords souvent très réticulés, pratiques et efficaces.

La place du Royaume-Uni au sein d’une Défense européenne reste ainsi une des très nombreuses questions ouvertes.

Conclusion.

L’Union européenne est, sans doute, à une croisée des chemins unique dans son histoire récente comme l’est l’Europe dans sa très ancienne histoire, une occasion exceptionnelle s’offre à elle de peser davantage  sur la scène mondiale, les dirigeants européens prendraient une lourde responsabilité en ne saisissant pas cette opportunité si rare offerte par l’Histoire et ce, quelles que soient l’ampleur des difficultés et la hauteur des obstacles évoqués.

La seule question qui vaille est aussi une inconnue de taille, c’est celle de la volonté politique des dirigeants  européens.
Cette question vaut peut-être d’abord pour la France, qui avec le départ du Royaume-Uni va se retrouver naturellement projetée dans une position de tête de peloton, renforcée par une expérience de terrain quotidienne.

Un rôle historique à sa mesure lui est à nouveau offert, voudra-t-elle le jouer ?

Capitaine de Frégate (H) Ortiz
Président des Officiers Français de Belgique.
Président du pôle Bruxelles de l’Union IHEDN
 
 



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