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Amérique Latine, tour d’horizon avec Jean-Pierre Ferro




Publié par Thomas Péan le 4 Octobre 2019

Jean Pierre Ferro, vice-président d’Amarante International Amérique Latine. Mr Jean-Pierre Ferro, je vous remercie pour nous accorder cet entretien. En tant que vice-président d’Amarante International, nous allons vous poser plusieurs questions sur l’Amérique Latine à travers votre engagement sur place et l’évolution de la situation au niveau régional et national.



Amérique Latine, tour d’horizon avec Jean-Pierre Ferro
A titre personnel, quelles sont les caractéristiques de l’Amérique Latine qui vous ont poussé à travailler dans cette région du monde ? Qu’est ce qui suscite votre intérêt pour ce continent ?

J’y ai d’abord exercé dans le cadre de mes fonctions auprès du Ministère de l’Intérieur la fonction de chef de l’antenne anti-drogue française dans la région Andine. Un groupe français de sécurité m’a ensuite proposé de prendre en charge ce continent de plus de 30 pays pour développer son activité. J’ai appris à le découvrir, à l’aimer. Il y a maintenant plus de 15 ans.
 
Comment pouvez-vous définir les missions ou la fonction d’Amarante International ?

Amarante est une société de conseil qui apporte son appui aux entreprises opérant en zones à sécurité dégradée.
 
Depuis vos débuts, comment voyez vous l’évolution de l’Amérique Latine et plus particulièrement au Mexique, au Pérou, au Brésil et au Chili ?

Quatre pays très divers :
Le Mexique vit une situation nouvelle avec l’arrivée d’AMLO. Il est un peu tôt pour juger de son action, mais celle-ci a surpris de nombreux secteurs tant sur l’activité économique que sur son approche en matière de gestion de l’aspect sécurité.

Le Pérou semble avoir des difficultés à retrouver une stabilité politique post affaires Odebrecht. La confiance de l’opinion publique en ses élus est au plus bas. L’activité économique commence à en pâtir sérieusement.

Le Brésil essaye de digérer la « surprise » de l’imprévisible Bolsonaro, élu président comme conséquence des scandales de corruptions à tous niveaux de l’industrie (Odebrecht, Petrobras) et de la finance (BNDS). Le climat des affaires s’en ressent fortement.

Le Chili, vit une alternance politique régulière et sereine et renforce son image de stabilité dans un monde latino-américain qui reste toujours sujet à des spasmes réguliers.
 
L’Amérique Latine aujourd’hui.

 
Le virage à droite électoral se traduit-il par un ou plusieurs changements dans le domaine de la sécurité et de la géostratégie ?

Je ne sais pas si on peut à proprement parler de virage à droite. Le Mexique est passé à gauche et la Colombie n’en était pas avec Santos. Le Pérou… se cherche, la Bolivie gardera (élections cette année) Evo Morales et le Venezuela comme on le voit reste indécis. Le domaine de la sécurité, examiné dans chaque pays, reçoit une réponse qui essaye de faire face à l’urgence (Mexique, Brésil, Amérique Centrale, Colombie) En revanche, sur le plan géostratégique, ce sujet influe sur les choix macros des politiques internationales et des choix d’investissement des groupes étrangers.
 
Au cours des dernières années, de nombreux pays d’Amérique Latine ont renforcé leur arsenal militaire ou leur dispositif stratégique. Au Mexique, la nouvelle Garde Nationale est désormais opérationnelle. Qu’en pensez-vous ?

Un peu tôt pour se prononcer. Ce sont surtout les orientations d’AMLO en matière de lutte contre le narcotrafic qui sont regardées à la loupe. C’est un enjeu majeur de son mandat. La sécurité individuelle et collective au Mexique est très affectée. Cela plombera-t-il son projet présidentiel ?
 
Que pensez-vous de l’axe évangéliste qui s’est récemment développé des Etats Unis au Brésil ?

Il faut le voir comme un réservoir de voix nouveau pour les candidats. Le poids des Eglises évangéliques en Amérique Latine est historique, mais personne jusqu’alors ne l’avait utilisé comme appoint électoral. Ce sont des groupes de pressions qui auront aussi des exigences en matière de « retour sur investissement ».
 
La France a réalisé deux contrats l’an dernier avec le Brésil et l’Argentine, et des opérations stratégiques avec le Mexique. Notons également que Thales et Airbus disposent de bureaux dans la plupart des capitales des pays latino-américains (Bogota, Lima, Mexico, Brasilia, Buenos Aires, Santiago du Chili). Comment voyez-vous la présence française militaire et stratégique dans la région ?

Notre technologie est sûrement l’une des meilleures du monde, mais nous sommes soumis à rude concurrence. Jusqu’alors elle était anglo-saxonne, mais aujourd’hui elle est aussi chinoise, russe, coréenne, etc... La bataille est rude, le dumping sur les prix considérable et la corruption n’a pas disparu. Donc oui, on a tous les outils pour se battre, mais peut-on le faire à armes égales ?
 
Y a -t-il une géopolitique chinoise en Amérique Latine ? Totalement. Silencieuse, mais très active, elle se positionne sur à peu près tous les secteurs clés de l’économie. Prix plus bas, financement des projets, disponibilité et souplesse de tous les instants dans la négociation, ce sont des concurrents redoutables. De plus la qualité de leurs produits monte régulièrement.
 
Les acteurs nationaux et régionaux :
 
Venezuela : Les crises migratoires au Venezuela et en Amérique Centrale sont-elles un facteur de déstabilisation régionale et de préoccupation sécuritaire ?
Bien sûr. La guerre, la faim, l’insécurité, détruisent les familles, et jettent les gens sur les routes. Donc déstabilisent la région. Ici, un point satisfaisant cependant, l’identité de langue et de religion entre pays de la zone andine principalement, a eu un effet apaisant dans la qualité de l’accueil des pays voisins (Venezuela, Colombie, Panama, Equateur, Pérou et même Brésil) ; ce qui a rendu ces exodes moins douloureux, je pense. Par ailleurs, je crois que de nombreux Vénézuéliens pensent rapidement faire le chemin inverse. Le Venezuela, paradoxalement est plus riche que les pays dans lesquels ils ont émigré. Dès qu’une stabilisation minimale apparaitra, les flux commenceront à s’inverser.
 
Colombie : Pensez-vous que la fin des accords avec les FARC en Colombie signés en 2016 va conduire à une hausse des affrontements dans le pays ?
Ces accords auront été un jeu de dupes. On ne peut négocier sérieusement et dans la durée que dans un climat de confiance. Cette confiance quel que soit le camp n’a jamais existé. Santos a gagné un Prix Nobel pendant que les cultures de coca doublaient et que Santrich (le sénateur Santrich) négociait une cargaison de coke. Pas sérieux.
 
Mexique : Le 16 septembre dernier, le Mexique a fêté son 209e anniversaire d’indépendance. Comment voyez vous la situation sécuritaire au niveau national ?
Dans le domaine militaire, le Mexique fait-il figure de puissance latino-américaine ? Le Mexique est un pays immense doté d’un potentiel gigantesque. Pour compter sur le plan régional, il doit d’abord soigner un cancer qui le paralyse totalement et qui est le narcotrafic. La puissance des groupes illégaux est telle qu’elle met en échec à loisir les forces de sécurité de l’Etat. Son infiltration dans tous les rouages de l’administration et la corruption qu’elle engendre sont redoutables. Si le Mexique parvenait à régler cette question il serait sûrement amené à figurer comme la grande puissance régionale face aux USA.
 
Brésil : Le Brésil, comme puissance émergente semble développer sa puissance militaire dans l’Atlantique Sud. Quels sont les enjeux de la géopolitique brésilienne ?
Le Brésil est-il encore une puissance émergeante ? La corruption Odebrecht/Petrobras a quand même envoyé 5 présidents de la république latino-américains en prison. Ceci fait réfléchir les marchés internationaux et retardera l’expansion du Brésil que certains, avec raison, avaient prédit conquérante. Le Brésil possède une belle armée, oui et sans conteste est un élément d’équilibre militaire dans la région. Quel sera le poids diplomatique de Jair Bolsonaro ? La récente brouille avec la France, (refus de voir M Le Drian, polémique avec le Pdt Macron) n’augure rien de bon. Le Brésil a besoin d’être apaisé après les funestes présidences Lula/Roussef pour jouer au sud avec le Mexique au nord, ce rôle moteur et stabilisateur de la région.
 
Chili : Dans le domaine de la cyberguerre, le Chili est-il une puissance en devenir ?
discret et travailleur, le Chili est souvent présenté comme le bon élève de l’Amérique Latine. Très en alerte (petit pays oblige) sur les risques de déstabilisation dont il pourrait faire l’objet, il anticipe bien sur les risques qui le menacent. De là à en faire une puissance en devenir dans la cyber-guerre, cela me semble aller un peu vite.
 
Argentine : Pour prendre un peu de recul, les Iles Malouines/Falkland sont elles toujours un contentieux majeur entre la Grande Bretagne et l’Argentine ?
Pour l’instant, ce sujet est en sommeil. Les Falkland sont juridiquement anglaises, comme l’ilot Persil en Méditerranée est espagnol.  Les Argentins ont d’autres sujets plus brûlants actuellement à régler. Je pense que ni la GB, ni l’Argentine n’ont intérêt à réveiller le conflit.
 
 
Réalisé en partenariat avec Jean-Pierre Ferro, vice-président d’Amarante International et Enderi, depuis Mexico, Bogota/Madrid et Paris

 



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