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Les nouvelles routes de la Soie : « ce qui est bon pour la Chine est bon pour…la Chine »




Publié par Pascal Chaigneau le 1 Juillet 2019

Les nouvelles routes de la soie sont le résultat d'une stratégie chinoise de développement économique, politique et géostratégique pour assoir l’emprise du pays en Afrique et en Eurasie.
Pascal Chaigneau répond aux questions d’Enderi.



Les nouvelles routes de la Soie : «  ce qui est bon pour la Chine est bon pour…la Chine »
Véritable projet mondial, l’initiative « One belt, One road » tend à faire de la Chine une puissance globale qui n’est pas sans rappeler la sphère de coprospérité du Japon des années 1920, 1930. La Chine aspire-t-elle seulement à des débouchés commerciaux ou à une hégémonie à travers une nouvelle Pax Sinica ?

De fait, la Chine a une vision et une stratégie. La vision est que la Chine doit occuper les espaces clés : mers, espace, cyber, hautes technologies et normes.
La stratégie des routes de la soie correspond à une triple logique.
Sur le plan économique : endetter les partenaires pour les contrôler.

Sur le plan diplomatique : faire du Forum des routes de la soie une organisation qui serve de clientélisme à Pékin dans les instances internationales.
Sur le plan militaire : s’appuyer sur la défense des intérêts économiques pour justifier un maillage international de bases navales et terrestres… sans être taxable d’impérialisme.
 
Le projet se veut être coopératif, la Chine apportant seulement les capitaux. Pour finir, de nombreuses infrastructures ont été construites par les entreprises de BTP chinoises et de plus en plus de pays partenaires se sentent floués. La Chine a-t-elle été trop agressive et a-t-elle perdu la confiance dont elle bénéficiait mettant en danger sa propre santé économique ?

La plaisanterie au Sri Lanka ou à Djibouti consiste à dire « ce qui est bon pour la Chine est bon pour… la Chine », car cette dernière ne fait des dons en infrastructures que là où ses entreprises en ont besoin.

Le but du Président Xi est de solvabiliser son marché domestique en externalisant les productions de milieu de gamme dans des pays au coût de main-d’œuvre plus compétitif.
Néanmoins, le cas de la Grèce, du Sri Lanka et du Vénézuéla sont emblématiques de contrôle de pans entiers de l’économie des pays partenaires ( ports, sites pétroliers …).
 
La Chine a pris le contrôle progressivement de secteurs stratégiques comme le transport et l’énergie sur tout le continent eurasiatique. L’Europe du Sud a été spécialement visée. Certains pays comme la Grèce et le Portugal défendent désormais la politique chinoise en Europe. Comment l’Union européenne peut-elle se défendre selon vous ?

Au mois d’avril, après la visite officielle du Président Xi en France, le Premier ministre chinois, LI Kékiang organisait à Dubrovnik un sommet avec l’ensemble des pays des Balkans, de l’Europe centrale et de l’Europe orientale.

Alors que les pays de l’Union européenne étaient convenus d’harmoniser leur politique sur le dossier, ce sommet tenu en Croatie, a démontré la division de l’Europe.
 
La politique américaine qui cherche à ostraciser la façade maritime chinoise poussera-t-elle la Chine à revoir ses ambitions ? Verra-t-on l’émergence d’une véritable puissance continentale a contrario des traditionnelles puissances maritimes ?
 
Les analystes posent à cet égard la question du « piège de Thucydide ». Au quatrième siècle avant Jésus Christ, la guerre du Péloponnèse a lieu parce que Sparte n’accepte pas la montée en puissance militaire d’Athènes.

Les États-Unis feront tout pour garder leur prééminence même s’ils seront obligés de composer avec un nouveau type de bipolarité.
 
Pascal Chaigneau est Professeur des universités, président de la section de science politique et membre du conseil d'administration de l'Université Paris Descartes (Sorbonne-Paris-Cité). Il est également professeur affilié à HEC Paris, directeur du Centre HEC de Géopolitique et directeur scientifique du double diplôme "Master in Corporate and Public Management" entre HEC et Sciences Po.

 




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