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"La réhabilitation du musée de Mossoul est une de nos priorités"




Publié par Christine de Langle le 26 Août 2019

Entretien avec Valery Freland, directeur exécutif d’ALIPH, Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit



Valery Freland
Valery Freland
Pouvez-vous nous présenter ALIPH ?

ALIPH est née d’une révolte et d’une volonté d’action face à la barbarie et les destructions massives du patrimoine culturel menées entre 2012 et 2017, à Tombouctou, Palmyre, Alep ou encore Mossoul. La réaction française est forte. Le président François Hollande demande à Jean-Luc Martinez, Président-directeur du Louvre, un rapport sur la protection du patrimoine dans les zones en conflit. Publié en 2015, le rapport prévoit la création d’un fonds mondial et le développement de refuges pour mettre à l’abri les biens culturels. En décembre 2016, la France, les Émirats arabes unis et l’UNESCO organisent à Abu Dhabi une conférence internationale sur le thème « Comment protéger le patrimoine en danger ? » Le fonds mondial est créé en mars 2017 à Genève. Fondation privée de droit suisse bénéficiant d’un statut d’organisation internationale comparable à celui des Nations Unies Genève, ALIPH se consacre à la protection du patrimoine en zones de conflit. Son ambition : protéger le patrimoine pour construire la paix.
 
Comment agissez-vous ?

Notre président, le collectionneur et philanthrope américain Thomas S. Kaplan, a une devise : « l’action, l’action, l’action ! » Nous voulons garder l’esprit start-up que j’ai pu observer à Boston lorsque j’y étais Consul général de France : être agile, trouver des solutions concrètes et se concentrer sur quelques priorités. ALIPH peut soutenir des mesures d’urgence face à un patrimoine menacé ou financer des projets de restauration de long terme. Nous allons sur le terrain à l’écoute des besoins. Nous lançons régulièrement des appels à projets qui nous permettent d’agir très concrètement, et nous pouvons être saisis à tout moment en cas de risque imminent.  Au-delà d’un rôle de financeur, on a également celui de conseil scientifique et de mise en réseau.

Des exemples de réalisations ?

Mossoul est une de nos priorités. Tout d’abord, la réhabilitation du musée de Mossoul, d’ici quatre ans espérons-le. Ce qui veut dire à la fois la restauration du bâtiment et celle de ses collections, grâce à l’expertise scientifique du Louvre, de la Smithsonian Institution et du Conseil national irakien des Antiquités et du Patrimoine. Ensuite, le projet « Mosaïque de Mossoul », qui vise à faire revivre la diversité culturelle et la richesse patrimoniale de la vieille ville. ALIPH est prêt à réhabiliter deux églises, deux mosquées, la dernière synagogue et la Tutunji House, maison ottomane du 19e siècle, qui incarne l’esprit des marchands de Mossoul. Les ONG qui portent ces projets souhaiteraient pouvoir les mettre en œuvre dès que possible, mais naturellement cela prend du temps, car il faut que l’ensemble des parties concernées par ces initiatives adhère aux projets. De surcroît, on ne peut réhabiliter dans la vieille ville de Mossoul, sans avoir déminé, ce qui constitue un préalable indispensable !

En Libye, la fondation finance la réhabilitation du musée de Tripoli et, en Syrie, dans la zone sous contrôle des forces démocratiques syriennes, la restauration du musée de Raqqa. Enfin, nous soutenons la restauration et la numérisation de manuscrits irakiens, projet mené par la Bibliothèque Nationale de France.
Monastère de Mar Benham, Irak, photo Fraternité en Irak
Monastère de Mar Benham, Irak, photo Fraternité en Irak

Quels sont vos objectifs pour demain ?

À la fois poursuivre la promotion d’ALIPH afin que des porteurs de projets de partout sollicitent notre soutien - sur les cinquante projets reçus lors de notre premier appel, une majorité provenait de France et des États-Unis, où nous avons mené une active campagne d’information – et élargir le cercle des soutiens d’ALIPH, en développant nos partenariats avec des donateurs privés et en nous ouvrant à d’autres États. Je souhaite personnellement qu’ALIPH puisse travailler étroitement avec l’Allemagne, qui pourrait nous apporter beaucoup grâce à son expertise en matière patrimoniale et archéologique et à sa connaissance de terrain.
 
Propos recueillis par Christine de Langle



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