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L’intelligence économique à la chinoise




Publié par Emily Yue-Chi-Ming le 17 Avril 2020

Tout le monde se rappelle de l’affaire Huawei, pris au piège dans le bras de fer entre la Chine et les Etats-Unis en 2019. Le géant chinois des télécommunications était soupçonné par le président américain d’espionnage, celui-ci étant trop proche du gouvernement chinois. Que ces soupçons soient fondés ou non, nous pouvons en tout cas affirmer que la Chine, comme toute grande puissance économique, a saisi l’importance de mettre le renseignement économique au service de sa course à l’hégémonie technologique. Comment est-il mis en pratique en Chine ? Décryptage.



Image Pixabay
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La particularité chinoise

Pour comprendre les particularités de l’intelligence économique à la chinoise, intéressons-nous un peu à la culture chinoise.
Dans la culture chinoise, la loyauté, le respect de la hiérarchie, la recherche de l’harmonie sont des valeurs fondamentales. Celles-ci régissent les interactions sociales qui existent entre Chinois. Chaque individu a un réseau que l’on peut représenter avec des cercles concentriques, d’abord constitué des membres de la famille, des amis, puis des relations professionnelles etc. Les chinois ont un concept pour désigner ce réseau de relations : guanxi. Dès qu’ils sont face à un problème et qu’ils doivent prendre une décision, ils sollicitent leur guanxi en identifiant les personnes les plus susceptibles de pouvoir les aider.

Vous me direz : d’accord mais on ne s’éloignerait pas un peu de notre sujet, tout le monde joue de ses relations, pas que les Chinois !
Et je vous répondrai : oui mais les Chinois sont particulièrement forts dans le domaine du renseignement car ils savent justement qu’ils peuvent compter sur leur guanxi !

Explications : le guanxi des Chinois est régi par les différentes valeurs évoquées auparavant. C’est parce que les Chinois respectent grandement la hiérarchie, ont devoir de loyauté qu’ils sont enclins à aider dès qu’ils sont sollicités. Les Chinois appellent renking cette obligation de retour qui est une norme sociale forte dans la société chinoise. Le guanxi permet un échange de service : c’est parce que cette personne m’a rendu service et que j’ai une dette envers elle que je vais lui rendre service. Cependant, cet échange de service n’est pas réciproque mais incrémental et c’est cela qui entretient la relation, chaque service rendu est toujours plus grand et maintient la notion de dette envers l’autre.

Les stratégies d’intelligence économique en Chine se distinguent aussi car elles s’inspirent des stratégies militaires chinoises. Les stratégies militaires chinoises, popularisées par l’Art de la guerre de Sun Zi, sont connues pour l’usage de la ruse, la pression psychologique, la connaissance de l’adversaire. Certains des stratagèmes sont particulièrement significatifs en intelligence économique : « faire semblant d’être un idiot sans être fou » peut être une manière intéressante d’approcher une cible, « bruit à l'est ; attaque à l'ouest » signifie que celui qui sait quand et où attaquer, fait en sorte que l’autre ignore où et quand se défendre etc. Ces stratagèmes sournois expliquent pourquoi en Chine la frontière entre intelligence économique et espionnage est assez floue.
 
L’application aux entreprise et l’avenir de l’IE en Chine

En Chine il n’y a pas vraiment de politique d’intelligence économique à l’échelle nationale, mais elle se fait plutôt à l’échelle des provinces. Il y a uniquement 2 centres d’intelligence économique en Chine et une agence régionale d’innovation, l’innovation étant le fil rouge de la stratégie chinoise.

Selon Philippe Clerc, directeur de l’intelligence économique à l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie, la Chine, même si elle n’a pas de politique intérieure d’intelligence économique, utilise des stratégies d’intelligence économique sur la scène internationale. On pense notamment qu’elle en a fait usage pour pouvoir entrer dans l’OMC en 2001.

Les deux centres d’intelligence économique ont été créé pour soutenir les entreprises et industries qui ne peuvent pas se passer d’intelligence économique dans un contexte désormais mondialisé et donc ultra-concurrentiel. Les grands groupes chinois comme Haier, Hisense ou Lenovo disposent de leur propre département d’intelligence économique en interne. Et pour répondre aux besoins croissants des entreprises sur les problématiques de guerre économique et informationnelle, de nombreuses agences d’intelligence économique ont vu le jour ces dernières décennies. Pour affronter la concurrence internationale et gagner des parts de marché à l’étranger, les plus grands groupes chinois n’hésitent pas à mener une politique agressive de recherche d’information : espionnages, vols technologiques font souvent les grands titres de la presse.

Aujourd’hui, le géant chinois semble surtout miser sur l’intelligence artificielle et il s’illustre particulièrement dans le domaine des technologies de surveillance intelligente. Alors que les pays occidentaux débattent encore des questions éthiques d’atteinte à la vie privée, la Chine est passée à la vitesse supérieure avec l’objectif de devenir le leader de l’intelligence artificielle d’ici 2030. Il y aurait déjà plus de 200 millions caméras de surveillance dans les gares, centres commerciaux, immeubles, écoles qui seraient connectées à des logiciels de reconnaissance et d’identification. Ainsi, si la Chine n’affiche pas officiellement une politique nationale d’intelligence économique, on ne peut nier qu’elle en a les moyens.
 
J’espère avoir éveillé votre curiosité avec cet article et vous avoir montré qu’il n’y a pas qu’une façon de faire de l’intelligence économique car il se décline en plusieurs adaptions, selon les pays et cultures. Chacun peut avoir son opinion sur les pratiques chinoises en matière d’intelligence économique mais il est sûr que nous pouvons nous en inspirer, piocher ce que nous voulons garder et ensuite les adapter.




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