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L'arme de la monnaie dans les échanges internationaux.



Publié par Jerome Laprée le 26 Septembre 2018

Parmi les critiques adressées régulièrement par ses partenaires commerciaux — et notamment les États-Unis — à la Chine figure la sous-évaluation de sa monnaie. En réalité, la Chine veut la contrôler, elle sait que son système financier n’est pas suffisamment développé et elle garde un contrôle très strict sur la convertibilité de sa devise. Une façon d’« exporter » sa devise et de l’ouvrir au niveau international est de l’utiliser pour son commerce. La Chine met en œuvre deux actions complémentaires pour cela.



L'arme de la monnaie dans les échanges internationaux.
À partir de 2010, La Chine décide de commercer dans sa devise, le Renminbi RMB (nom officiel du yuan). Les premiers accords se font avec les pays de la région asiatique et plusieurs pays exportateurs de matières premières et de composants électroniques se mettent à accepter la monnaie chinoise en lieu et place du dollar américain. La Chine et le Japon se mettent d’accord pour éliminer graduellement le dollar dans leur commerce bilatéral désormais libellé en RMB et Yen. C’est ainsi que l’échange international d’une devise non convertible est devenu possible.
 
En 2014, la monnaie chinoise aurait supplanté les dollars australien et canadien au rang de 5e monnaie de paiement au monde avec 2,69 % des échanges mondiaux réglés en RMB, pour 0,63 % en 2013.
 
Puis en novembre 2015, le conseil d’administration du FMI accepte l’intégration du yuan au panier de devises composant les DTS. Il y rejoint le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen, et tend donc à devenir une monnaie de référence.
 
Dans son commerce avec les pays africains, la Chine libelle de plus en plus ses contrats en Renminbi. Les deux exemples « extrêmes » à ce jour étant l’Angola et le Zimbabwe qui ont respectivement choisi la devise chinoise comme seconde devise en 2015 et devise nationale en 2014.
 
Cette montée en puissance du Renminbi s’observe également sur le secteur des hydrocarbures. La Chine est devenue le premier importateur net de pétrole depuis 2013 devant les États-Unis. Au troisième trimestre 2017, deux événements concomitants sont venus modifier le paysage géopolitique mondial : en septembre de cette année, le Venezuela qui dispose des réserves de pétrole les plus importantes du monde a décidé, à la suite des sanctions économiques infligées par les États-Unis, de libeller ses exportations de pétrole en yuan. Dans le même temps, la Chine a annoncé sa décision de lancer sur les bourses de Shanghai et Hong Kong, le premier contrat à terme sur le pétrole brut libellé en yuan, et ouvert aux investisseurs étrangers. La première cotation de ce contrat « future » a eu lieu fin mars 2018. Cette stratégie permettra à des pays, étranglés économiquement par des sanctions américaines, et pour certains exportateurs de pétrole comme l’Iran, de se dégager de la contrainte du dollar américain pour leurs échanges commerciaux. La Chine indique ouvertement vouloir ne plus — ou en tout cas moins — dépendre du dollar pour ses échanges.
 
En parallèle, la Chine a créé son propre système d’échange pour réaliser les paiements internationaux en Renminbi, le CIPS, China International Payment Platform. Pour soutenir son effort d’internationalisation et d’utilisation du Renminbi dans le commerce de biens et services, la Chine a développé son propre réseau transfrontalier d’échanges bancaires en yuan : le CIPS. Le 8 octobre 2015, elle annonçait la mise en service de son premier lot avec la connexion de 19 banques chinoises et étrangères et 47 pays adhérents. Le second lot a été livré en juillet 2016 et ce sont au total 85 pays qui sont connectés au réseau chinois.

Le CIPS n’est pas près de concurrencer sérieusement le réseau SWIFT, qui est aujourd’hui LE réseau interbancaire qui assure la gestion de transactions financières entre institutions financières, et ce à l’échelle internationale. Ils sont même connectés entre eux au travers d’un accord stratégique signé en mars 2016. Par exemple, la banque américaine Citibank fait partie des adhérents au CIPS. Le réseau CIPS doit être vu comme un accélérateur de l’internationalisation de la devise chinoise, comme le signale la société SWIFT dans un article publié en 2016 qui salue son interopérabilité. De plus, et tout comme la banque AIIB, c’est un projet stratégique qui contribuera au vaste chantier d’infrastructures BRI.
 
Il n’y a pas à proprement de rapport de force visible entre la Chine et les États-Unis sur ce sujet des systèmes de paiement. En revanche, la création de CIPS pourrait permettre à terme à la Chine de s’affranchir du réseau SWIFT pour un certain nombre de transactions et de renforcer sa position sur l’échiquier monétaire international. Il s’agit là d’un vrai contrepoids à l’hégémonie américaine pour des pays menacés de sanctions américaines — et par exemple d’une interdiction d’accès au système SWIFT ou d’un suivi des transactions —, qui bénéficieraient ainsi d’une alternative pour leurs échanges.




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