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L'Algérie face à ses propres monstres




Publié par Kamel Lakhdar Chaouche le 24 Janvier 2020

L’histoire de l’Algérie indépendante peut paraître après coup aussi absurde que ridicule. En effet, si l’on avait à étudier minutieusement la succession des événements, leurs enchevêtrements et leurs répercussions quant à l’édification d’un État démocratique et moderne, on se rendrait à l’évidence que c’est la nature humaine qui se met à nu.



Pixabay
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L’ascension à de hautes fonctions de l’État en Algérie n’exige pas de compétences particulières ou de qualifications professionnelles spécifiques. Pour gravir les échelons et se voir nommé à la tête d’une institution étatique, il faut faire preuve de docilité et d’allégeance. À ces deux « qualités », il convient de rajouter le condiment de la roublardise, de la trahison et des coups de poignard dans le dos. C’est la clé de la réussite et de l’ascension. Moins vous rechignez à exécuter les tâches les plus viles, plus les portes de l’ascension sociale et professionnelle vous seront grandes ouvertes.

En témoigne la nomination des contre-révolutionnaires faisant fi des revendications du peuple en soulèvement depuis presque une année, en l’occurrence Ammar Belhimer ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Farhat Ait Ali, ministre de l’Industrie et de Chems Eddine Chitour ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, après la théâtrale présidentielle du 12 décembre dernier. Cette mise en scène renseigne vulgairement sur le mode d’action des candidats pour accéder aux postes de responsabilité.
C’est malheureusement là, une des règles instaurées par l’armée des frontières, qui avait écarté les instances légitimes de la Révolution algérienne et usurpé le pouvoir dès l’accès à l’indépendance en 1962.

À défaut de crédibilité, de légitimité et de compétences, « les héritiers de l’Algérie » ont fait main basse sur le pays et n’ont pas hésité à assassiner, emprisonner, condamner à l’exil, salir la mémoire même des martyrs. Ils réécriront l’Histoire officielle pour enseigner un passé largement déformé et amplement mensonger aux nouvelles générations. Par conséquent, l’Histoire écrite et enseignée selon leur bon vouloir n’accroche plus. En effet elle n’aura plus de portée pédagogique et encore moins morale sur les générations montantes.
Au bout de 60 ans de violence politique, de déni culturel, de déformation de l’Histoire, à coups d’arabisation et d’islamisation, de chasse aux compétences, de promotion de la médiocrité. En somme de « viol national », les conséquences ne peuvent être que dramatiques ! Les Algériens se sont subitement sentis plus proches de la cause obscurantiste afghane et des Frères musulmans que des étudiants d’Avril 80 et des enfants d’Octobre 88, dont les révoltes n’étaient qu’une alerte. Encore qu’il fallait prendre celles-ci bien au sérieux, avant de tomber dans le giron du terrorisme islamiste et étatique, aussi tragique que le colonialisme.

L’Algérien a été plus séduit par les chants de sirène de la tempête islamique qui annonçait que la démocratie est « kofr » à coups de Fetwa diffusée par de pseudo Imams cathodiques. Quant au discours des démocrates, dont les efforts de pédagogie politique et morale, ils ne trouvaient que des oreilles sourdes. Et là, le système militaire qui tirait les marrons du feu, en avait profité à volonté. La légitimité historique confisquée, le régionalisme, la main étrangère en général et la France en particulier, en passant par l’islamisme et le sionisme …. constitueront l’enseignement et l’apanage du discours officiel et populiste.
 
 Sans surprise donc, des monstres sont nés. L’Algérien ne trouve aucun motif d’apaisement dans l’histoire récente. L’Algérien, dans toute sa singularité, avec ses défauts et ses bassesses, mais aussi ses qualités et ses grandeurs, reprend place pour donner à l’histoire ses aspects tragiques.

Aujourd’hui, l’Algérie doit faire face à une faune de charlatans aux ambitions démesurées qui végète dans un espace politique et culturel propice aux charognards. L’heure est grave. On s’est attaqué à la mémoire d’Abane Ramdane, au rôle de Krim Belkacem, au passé de Hocine Aït Ahmed ! On a osé souiller la moudjahida Djamila Bouhired ! On a renié le passé historique du Commandant de l’ALN Lakhdar Bouregaa et il fut jeté dans les geôles de la dictature, pour atteinte au « moral de l’armée » dans le sillage de la révolution populaire ! On a même osé emprisonner des jeunes filles et de jeunes garçons qui avaient brandi l’emblème amazigh et des militants des droits de l’homme, des journalistes, bien qu’on entretienne le suspense et on prolonge la détention sur le sort de Karim Tabou, de Boumala, de Samir Benlarbi et qu’on fait semblant d’ignorer la revendication de libérer Louiza Hanoune.

Nous y voilà avec l’école du système et il faut faire face à ses élèves. La tâche n’est pas si facile. Ils sont dans tous rouages administratifs et institutionnels et occupent des postes stratégiques. Ils sont pires que leurs maîtres. Aveugles et fanatiques. Sinon comment peut-on expliquer le langage ordurier de la députée Naïma Salhi ou celui de Rabah Drif, directeur de la culture de la wilaya de M’Sila, traitant l’architecte de la révolution, Abane Ramdane, de « traître » ? Cela ne rappelle-t-il pas les Ahmed Ben Bella, les Ali Kafi et consorts ?

Quant à l’élite héritée du mouvement révolutionnaire et de la génération post-indépendance, elle, s’était effacée sans crier gare, dans un murmure politique devenu inaudible. La nouvelle élite, elle, naît et disparaît au gré des emballements, des impératifs, de la toile, des réseaux sociaux, des peuples réel et virtuel. Une élite « kleenex » très présente dans les diverses histoires du mouvement populaire depuis février, mais que l’Histoire ne retiendra pas. Et puis, quand bien même cette élite surferait sur les évènements circonstanciels et ferait dans la leçon ! Elle vague ouvertement du métier de penseur à celui d’affairiste.

Mais le système, lui, en est conscient et est en train de semer le chaos et la désolation ! Après avoir instrumentalisé l’islamisme dont il avait chèrement payé l’exploit, il excelle dans son art d’adaptation quant à l’évolution des évènements et des crises. Il en fait même dans l’enseignement. Après la légitimité historique, l’islamisme, le système a donné naissance à des nouvelles forces obscurantistes, lesquelles risquent de l’emporter et de détruire l’Algérie, État et Nation ! …

La dictature s’épanouit sur le terreau de l’ignorance, pour paraphraser George Orwell. C’est là que réside l’enjeu central de ce nouveau cycle qui risque de s’ouvrir avec l’émergence de ces obscurantistes des temps modernes ! Et on les laisse faire. Pour qui roulent ces gens qui ne manquent pas de médiatisation, élus et nommés à la tête des institutions ? Quelles sont ces officines qui les financent ? Comment Naïma Salhi s’est-elle retrouvée députée ? Qui sont ses mentors ? Qui la protège au niveau de la justice contre le peuple ? Qui bloque les plaintes déposées contre elle ?
 
Ce sont autant de questions dont les réponses nécessitent une enquête sérieuse et approfondie qui pourrait démasquer l’un des complots les plus dangereux qui vise la stabilité de l’Algérie ! Un complot qui dépasse de loin des personnages aussi insignifiants que Naïma Salhi !

Kamel Lakhdar Chaouche, journaliste et auteur de "Algérie, le procès d'un système militaire"



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