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METI, JETRO : dans les coulisses de l’industrie japonaise




Publié par Hélène ANGLADE le 29 Avril 2020

Dans la seconde moitié du XX° siècle, le Japon a connu un miracle économique qui a fait de son modèle industriel une référence pour les pays occidentaux et de ses champions nationaux des acteurs mondiaux. Derrière Toyota, Panasonic ou encore Mitsubishi se cache la main du gouvernement et ses techniques d’intelligence économique, incarnées par le METI et le JETRO.



Un peu d’histoire : du Ministère des munitions aux études économiques
 
Au lendemain de la défaite de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon a besoin de rebondir. L’ancien Ministère des munitions devient alors le MITI (Ministry of International Trade and Industry). Composé en partie d’anciens membres des services de renseignement, il est chargé de collecter des informations au service de la politique industrielle et des entreprises japonaises.

« Joho » signifie à la fois information et renseignement. Les Japonais ont pour habitude d’observer et de collecter de l’information de façon informelle, à tous les niveaux de l’entreprise. Dans une culture collectiviste, la loyauté au groupe et la réduction du risque sont importants. Ainsi la plupart des entreprises n’ont-elles pas de département d’intelligence économique à proprement parler, puisque chacun est une source d’information. Les salariés ont pour habitude de poser des questions, de prendre des photos ou encore de démonter les produits des concurrents occidentaux pour mieux comprendre leurs technologies.

Dès sa création en 1949, le MITI prône une coopération entre groupes japonais et une concurrence vis-à-vis du reste du monde. Ainsi, en 1958, il se dote du JETRO (Japanese External Trade Organization). Disposant aujourd’hui de bureaux dans 55 pays, cette agence surveille les marchés et les concurrents internationaux et aide les entreprises nippones à s’implanter.
 
Les relations entre la sphère privée et le gouvernement s’organisent au travers du Keidanren, une grande organisation patronale réunissant un total de 1601 membres, qui sont des entreprises, des associations professionnelles et des agences régionales.
  
Un modèle en crise ?
 
Depuis la fin de la Guerre Froide, l’arsenal d’intelligence économique japonais a perdu de sa superbe. En 1991, la CIA publie le rapport « Japan 2000 » qui expose les techniques de renseignement du MITI tout en accusant le Japon de racisme contre les Occidentaux et d’être dominé par une bureaucratie non démocratique. 
 
C’est à partir de ce moment-là que les autorités japonaises s’effacent. Perdant son rôle dans la politique industrielle, le MITI devient METI (Ministry of Economy, Trade and Industry) en 2001. Son rôle est recentré sur la veille concurrentielle et l’aide aux petites et moyennes entreprises souhaitant se développer. De plus, le pays dans son ensemble a mis l’accent sur l’innovation nationale plutôt que l’imitation des pays occidentaux.
 
Alors, le METI et le JETRO ont-ils cessé d’être les yeux et les oreilles du Japon ? Certes, les entreprises sont moins naïves et ont mis en place des dispositifs de sécurité pour éviter les failles informatiques et humaines. Ainsi l’approche simple consistant à prendre des photos ou à poser des questions semble dépassée. Néanmoins, le gouvernement garde un grand rôle dans la surveillance des marchés. Chaque année, le JETRO publie de multiples études sur les entreprises japonaises sur différents marchés, et continue à leur transmettre des informations de façon exclusive. Le ministère travaille en relation avec le Japan Institute for Promotion of Digital Economy and Community, qui étudie la sécurité et la confidentialité dans le domaine informatique.
 
En 2017, Shinzo Abe a chargé le METI de préparer les conditions d’un accord commercial avec Donald Trump, après que ce dernier ait rejeté le TPP. Le premier ministre japonais est systématiquement accompagné d’officiels de son ministère de l’économie pour ses visites internationales, ce qui prouve que l’intelligence économique est toujours au cœur du pouvoir.
 
Le cas Ghosn : un tour de force du METI ?


En 2019, Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, est arrêté par les autorités japonaises pour abus de biens sociaux. L’homme d’affaires avait rejoint Nissan en 1999 pour sauver l’entreprise de la faillite par une stratégie de « cost-killing » et avait joué un grand rôle dans son succès dans les années 2000. En décembre, il est placé en détention préventive pour avoir minoré ses revenus dans les rapports de Nissan et avoir fait passer des pertes personnelles sur le compte de l’entreprise.

Or, les avocats de M. Ghosn dénoncent l’illégalité de l’enquête. D’après le Financial Times, l’arrestation serait en fait une façon de se débarrasser de l’influence de Renault sur Nissan. En effet, depuis la loi Florange en 2015, l’Etat français, actionnaire à 15% de Renault, dispose de droits de vote doubles.
 
Ainsi, le rôle du METI et du JETRO a évolué et gagné en discrétion mais reste crucial pour la réussite des entreprises japonaises, qu’il s’agisse de statistiques publiques ou d’enquêtes dissimulées. Ces deux entités restent des instruments de pouvoir cruciaux.




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