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La population Ouïghour, une instrumentalisation des États-Unis contre la Chine ?




Publié par Catherine Delahaye, Sylvia Grollier, Pierre-Charles Hirson, Camille Reymond le 15 Février 2022

Depuis le début de l’année 2021, la Chine est au cœur des débats concernant l’exploitation de la communauté ouïghour. Récemment, les États-Unis ont annoncé un boycott des JO de Pékin en soutien à la population victime de génocide, d’après l’Assemblée nationale française. Dans « La guerre des puissants » (VA Éditions) Catherine Delahaye, Sylvia Grollier, Pierre-Charles Hirson, Camille Reymond, experts en intelligence économique reviennent sur les conflits diplomatiques, économiques, politiques et territoriaux entre la Chine et les États-Unis depuis 2010. Evidemment, les co-auteurs y font un zoom sur les Ouïghours, population musulmane de la région du Xinjiang.



La région autonome du Xinjiang fait l’objet d’une forte attention médiatique depuis le début d’année 2021, et le sort des Ouïghours est particulièrement scruté dans le monde occidental. En effet, cette ethnie turcophone musulmane qui compte douze millions d’habitants en Chine traverse depuis trois décennies de nombreux remous au sein du territoire chinois. Velléités d’indépendance territoriale pour un État autonome (Turkestan oriental) et islam radical séparatiste accompagnés d’attentats ont permis à Pékin de muscler son arsenal de contre-insurrection en instaurant un système de contrôle et de répression fort. La position stratégique du Xinjiang à l’extrême ouest de la Chine présente des frontières avec huit autres pays. On comprend bien ici l’intérêt pour la Chine de devoir contrôler les peuples qui y habitent et stabiliser cette zone, qui constitue par ailleurs 1/6e de son territoire. Le dernier attentat marquant dans la région date du 18 septembre 2015 lorsqu’un groupe de Ouïghours, armés de couperets et d’armes blanches, ont tué seize personnes, dont cinq policiers, lors d’une attaque coordonnée.
 

La faille chinoise

En mai 2018, le chercheur allemand Adrian Zenz, travaillant depuis le territoire des États-Unis d’Amérique (sous l’impulsion des services de renseignements ?) effectue une série de travaux qui rendent compte d’une dérive sécuritaire dans la région du Xinjiang : environ 1 million de Ouïghours seraient soumis à un internement massif en dehors du cadre judiciaire. Face à la polémique, les autorités chinoises nient dans un premier temps l’existence de ces camps d’internement puis, face à l’avancée des travaux et des preuves accablantes, Pékin reconnaîtra l’existence des camps, qu’il présentera comme des « centres de formation et de déradicalisation ». Pour Adrian Zenz, la politique de surveillance et d’internement des Ouïghours est un génocide culturel1. L’attaque informationnelle est lancée, la question de la légitimité de ces camps de travail suscite des prises de position fortes côté occidental. Les travaux du chercheur ayant ouvert la brèche et la poursuite de ces investigations vont révéler qu’en réalité les Ouïghours enfermés sont aussi utilisés pour la production du coton à grande échelle, fournissant une main-d’œuvre gratuite et intensive, qualifiée par certains comme de l’esclavage moderne.
 

Le monde occidental s’empare de la polémique

La Chine refuse catégoriquement la venue sur son sol d’experts internationaux que l’Occident souhaite. L’avancée des travaux ayant permis de rassembler un certain nombre de preuves, photos satellitaires et témoignages à l’appui, le 22 mars 2021 l’Union Européenne, les États-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne sanctionnent de manière très précise des responsables chinois impliqués dans ces « détentions arbitraires et traitements dégradants infligés aux Ouïghours et aux membres d’autres minorités ethniques musulmanes, ainsi que d’atteintes systématiques à leur liberté religieuse » et « graves atteintes aux droits de l’homme. »
 

La riposte de Pékin

Dans sa contre-attaque, la Chine va utiliser un large éventail de moyens de défense pour tenter de garder bonne figure. Les sanctions prises contre les députés chinois sont immédiatement suivies de sanctions à l’encontre de dix députés européens. Des reportages sont tournés à destination des médias occidentaux (CGTN – China Global Television Network) pour montrer la réalité supposée du travail forcé au Xinjiang (on y voit un Ouïghour ex-radicalisé témoignant du bienfait des camps de travail et de sa repentance). En réponse à ce reportage, la Grande-Bretagne interdit aussitôt la production des émissions de CGTN sur son sol, accusant Pékin de créer des émissions scénarisées où sont mis en scène de faux témoignages de Ouïghours. Adrian Zanz, devient la cible d’attaques de l’appareil chinois, qui le cite nominalement et tente de le discréditer. Dans les échanges médiatiques internationaux, Pékin inonde le monde occidental avec des chaînes de TV, mais n’autorise aucun média occidental sur son sol. Ce qui lui donne un net avantage en guerre de l’information. Son refus également de recevoir une équipe d’observateurs internationaux pour faire la lumière sur le sort des Ouïghours marque une volonté d’opacité, qui les isole et les affaiblit, paraissant cacher une réalité peu avouable. Dans cette escalade des sanctions, on notera la surenchère des USA, qui punissent les sanctions prises par Pékin contre les dirigeants européens, comme un échange de coups de feu.

Ce comportement de la Chine dévoile une diplomatie violente, faisant parfaitement corps avec la volonté de Xi Jinping de « mieux faire entendre la voix de la Chine » dans son discours de prise de pouvoir en 2013.

La guerre d’information se transforme petit à petit en guerre économique sous l’impulsion de Pékin, qui orchestre une campagne de boycott massive le 25 mars 2021 sur les réseaux sociaux des grandes enseignes qui se fournissent en coton du Xinjiang comme H & M, Adidas, ou Nike, obligeant ces multinationales occidentales à se positionner sur la question des Ouïghours. Pékin occupe aussi l’échiquier sociétal en tentant de discréditer l’ONG BCI (Better Coton Initiative) qui promeut un coton réalisé dans des conditions respectant les droits de l’homme. Pékin accuse l’ONG d’être financée en grande partie par l’USAID, organisme directement affilié à l’État américain, remettant ainsi en cause l’éthique de cette initiative et opposant une légitimité contre une autre.
 

Les enjeux de cette guerre de l’information

En surface, le but de l’attaque informationnelle est d’affaiblir la Chine à l’international sur le plan moral, dans une période où Xi Jinping a pu être tenté de se placer en modèle suite à sa gestion en apparence irréprochable de la COVID 19. Ensuite, les conséquences peuvent être d’ordre économique (influer sur les modes de consommation occidentaux : acheter moins de produits chinois) et d’ordre géopolitique (fédérer les pays musulmans au nom de la solidarité religieuse, contre une Chine hégémonique : on pense à la Turquie ou l’Iran).

Si l’on regarde plus en profondeur, le Xinjiang est le point de départ de trois des six projets de nouvelles routes de la soie. Cette région est une porte d’entrée vers l’Ouest, et donc pour la construction des infrastructures liées à ces futures routes commerciales, Pékin a tout intérêt à sécuriser cet espace. Ainsi, les États-Unis ou tout acteur ayant la volonté de perturber l’expansion des nouvelles routes de la soie, peuvent se servir de l’oppression des minorités ouïghoures pour préparer un contexte social hostile à la présence chinoise et par conséquent rendre ce projet commercial très couteux, voire impossible. Ce serait également le prétexte moral idéal pour mener une guérilla antichinoise en manipulant et en armant (de matériel ou d’idées subversives) des peuples qui se sentent gênés ou oppressés par la présence chinoise.




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