​L’influence française en Afrique de l’Est à l’heure chinoise.



Publié par Henri Poisot le 18 Mars 2019

Le Président de la République, Emanuel Macron vient de finir une tournée dans les pays de l’Afrique de l’Est, quel bilan pour la France dans cette région de plus en plus convoitée par la Chine et son projet géant de « nouvelles routes de la soie » ?



Djibouti se maintenir

Emanuel Macron a réalisé un voyage de quatre jours allant d’abord à Djibouti qui possède la plus grande base militaire française à l’étranger, puis il s’est rendu en Éthiopie pour finir au Kenya où il a été le premier chef d’État français à effectuer une visite.
Certains ont vu cette visite comme un moyen pour le président de retrouver une stature internationale alors que la crise des gilets jaunes continue inlassablement chaque samedi. Cependant, il ne faut pas oublier l’intérêt stratégique de cette zone qui a été plutôt délaissée par la France ces dernières années. Djibouti l’ancien pays des Afars et des Issas a un long passé colonial avec la France qui a réussi à y maintenir une importante base militaire. Cette présence est indispensable pour la France, c’est un point de ravitaillement pour accéder aux territoires français en Océanie, mais elle permet aussi la surveillance de l’entrée sud du canal de suez par la mer rouge, artère vitale de l’économie mondiale.

La présence française à Djibouti est pourtant de plus en plus challengée, d’abord par l’arrivée des militaires américains en 2002 puis plus récemment par la construction de la première base chinoise a l’étranger en 2017. La Chine qui a investi 14 milliards USD sur ce territoire, détient 60 % de la dette djiboutienne, au début vivement accueillit la présence chinoise fait de plus en plus peur au président Ismaïl Omar Guelleh. Emmanuel Macron a d’ailleurs exprimé cette même appréhension dans son discours : « Je ne voudrais pas que des investissements internationaux viennent affaiblir la souveraineté de nos partenaires ». Il estime que « Les entreprises (françaises, NDLR) sont en mesure de proposer un partenariat respectueux », ainsi la France pourrait retrouver un lien plus fort avec Djibouti, les deux pays ayant des intérêts réciproques et une longue connaissance l’un de l’autre.
 
Vers de nouveaux marchés en Afrique anglophone

Le président français a ensuite visité le site de Lalibela en Éthiopie, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses églises taillées dans la roche. M. Macron y a rencontré le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed. Cela a été l’occasion pour pousser la stratégie de la diplomatie culturelle française, en promettant un financement pour protéger ce site historique. Il a aussi été annoncé un accord-cadre de défense avec l’Éthiopie qui prévoit un entraînement des militaires éthiopiens par la France et notamment une aide de 85 millions d’euros pour la création d’une marine éthiopienne, un fait étonnant pour ce pays enclavé.

Emmanuel Macron a également rencontré à Addis-Abeba le président de la commission de l’Union africaine. Les sujets abordés durant cette rencontre ont été la lutte anti-terroriste et le partenariat stratégique France-Union africaine. On peut se douter que les deux hommes ont discuté de la politique de la Chine dans la région, un sujet éminemment sensible, de nombreux micros ont été découverts dans le bâtiment de l’UA construit par une entreprise chinoise. Cette question se retrouve aussi au Kenya où la Chine a financé et construit une ligne de chemin de fer de 480 km de Mombassa à Nairobi. Ce projet de plus de 3 milliards USD s’inscrit dans les « nouvelles routes de la soie », ce programme gigantesque prévu par Pékin pour faciliter ses exportations. La Chine qui possède d’énormes réserves de capital a massivement investi dans la région, la encore, très bien accueillis par les pays qui manquent cruellement d’infrastructures, ces investissements inquiètent. Le président français veut proposer un partenariat moins mercantile qui serait au bénéfice des deux parties. Sa visite a donc été l’occasion de prouver que les entreprises françaises gardent un pouvoir attractif sur le continent africain avec la signature de contrats d’une valeur de 3 milliards d’euros. Ces contrats concernent la construction d’une autoroute par Vinci au nord du pays ainsi que la rénovation de ligne ferroviaire entre la gare Centrale et l’aéroport de Nairobi par le français Transdev.

Si France représente peu d’investissements directs dans la zone elle est en revanche un important détenteur de dettes kenyanes et a construit sa relation a travers une production locale comme Peugeot qui assemble plusieurs modèles sur place. Cette stratégie peut séduire les dirigeants africains qui pourrait craindre d’être assujettis au pouvoir chinois au travers leurs dettes d’infrastructures. On remarque aussi que la relation Chine-Afrique est disproportionnée en faveur du premier, alors que celle avec la France s’articule autour d’une balance commerciale plus équilibrée.


Les pays d’Afrique savent désormais jouer de la concurrence entre les grandes puissances comme l’a énoncé Uhuru Kenyatta, le président kenyan interrogé sur les différences entre la France et la Chine : « Vous ne pouvez pas comparer des pommes à des oranges (...), mais elles sont toutes bonnes pour vous. Nous tirons profit de ce que le monde a à offrir de meilleur ». Reste à la France de savoir donner suffisamment de saveur à ses offres pour flatter le palais des dirigeants d’Afrique de l’Est.

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