Violents heurts Sino-Vietnamiens en Mer de Chine du Sud [actualisé]



Publié par Alexandre Perrault le 15 Mai 2014

Une plateforme de forage chinoise en cours d’installation dans des eaux disputées de la Mer de Chine du Sud a subi une tentative d'interception par des navires garde-côtes vietnamiens. Plusieurs documents produits par les garde-côtes vietnamiens attestent de la violence de la riposte chinoise à cette tentative, dans le contexte de l’arraisonnement d’un navire de pêche chinois par les forces navales des Philippines.




[Actualisé]
Depuis le mardi 13 mai, de violentes émeutes ont lieues au Vietnam, avec pour cibles principales les intérêts économiques et les usines propriétés de ressortissants de Chine continentale, ou du moins ceux identifiés comme tels (la presse rapporte de nombreux cas de destructions d'usines appartenant à des ressortissants de Taïwan). Ces émeutes sont assez exceptionnelles dans un pays comme le Vietnam, coutumier d'un contrôle nettement plus strict sur ce type d'événements. Il est probable que les autorités laissent en partie faire les émeutiers pour ne pas heurter un courant nationaliste puissant.

Alors qu'en France, nombre de médias ne s'intéressent qu'à ces émeutes, sans réelles explications contextuelles sur les actions chinoises, il n'en va pas de même dans les médias anglo-saxons. S'interrogeant sur les intentions réelles de la Chine, au-delà d'enjeux de prospection pétrolière assez anecdotiques au final, une partie de la presse, américaine notamment, se demande si la Chine n'est pas en train de tester la détermination de l'ASEAN et des États-Unis à mettre en application les traités signés entre les pays de la région. Les crises syrienne comme ukrainienne ont considérablement affaibli l'impression de puissance dégagée par les Etats-Unis. La Chine est en train de s'apercevoir que la volonté des États-Unis de ne plus jouer les gendarmes du monde n'est pas purement rhétorique. Alors que pour la première fois, la Chine risque un actif de grande valeur dans la ZEE d'un état tiers, les États-Unis se bornent à condamner cette initiative, tout en déclarant, par la voix de John Kerry, qu'ils ne prendront pas parti. Les digues retenant les velléités expansionnistes chinoises sont en train de céder les unes après les autres.

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Le 07 mai 2014, le contre-amiral Ngo Ngoc Thu, commandant adjoint des garde-côtes vietnamiens, a diffusé à la presse des images montrant des navires des garde-côtes chinois heurtant délibérément des navires garde-côtes vietnamiens et utilisant contre eux des canons à eau. Ces derniers avaient  tenté d'intercepter quelques jours auparavant un navire-plateforme de forage chinois, en cours d'acheminement dans les eaux contestées de la mer de Chine du Sud. Cette confrontation est le plus grave incident entre les deux pays depuis 2011, lorsqu’un navire d'exploration pétrolière et gazière vietnamien et trois navires de patrouille maritime chinois se sont affrontés dans ces eaux, 120 kilomètres au large des côtes du Vietnam et 600 km au sud de l'île chinoise de Hainan.
 
Confrontations d’abord, protestations ensuite
 
La confrontation a eu lieu après que la Maritime Safety Administration chinoise ait publié le 3 mai un avertissement de navigation. Celui-ci indiquant qu'un des navires de la Société China National Offshore Oil (CNOOC), la plate-forme Haiyang Shiyou-981, serait en opération de forage en mer de Chine du Sud du 4 mai au 15 août, dans une zone à proximité des îles Paracel. Ce document interdisait à tout navire d'entrer dans un rayon de 3 milles nautiques autour de la zone de forage.
 
Selon le contre-amiral Ngo Ngoc Thu, la confrontation aurait commencé le 03 mai à 08h10, heure locale quand un navire chinois aurait percuté un navire des garde-côtes vietnamiens à environ 10 miles nautiques de la position de la plate-forme. Le contre-amiral précise qu’une autre collision se serait produit dans la matinée du 4 mai, et qu'un total de huit navires vietnamiens auraient été éperonnés, ou ciblés avec des canons à eau. Les photos et vidéos produites par la partie vietnamienne semblent attester de cette version des faits.

Le 4 mai, la société d’exploration pétrolière et gazière PetroVietnam, appartenant à l'État, a transmis plusieurs protestations auprès de la CNOOC, après que la plateforme de forage ait été détectée à 120 milles de la côte vietnamienne. Selon un communiqué de la société vietnamienne, publié par le ministère de la Vietnam des Affaires étrangères le 5 mai, la plate-forme de forage a donc été détectée à 80 milles nautique à l'intérieur de la zone économique exclusive du Vietnam (ZEE). « Cela constitue une violation de ses droits souverains et la juridiction du Vietnam dans le cadre des dispositions de la Convention des Nations Unies de 1982 sur le droit de la mer », ajoute le communiqué.
 
La note de protestation appelle à l'arrêt immédiat de ce que l'entreprise qualifie « d’opération illégale » et demande le retrait de la plate-forme de ce qu'elle appelle « les eaux vietnamiennes ». Des déclarations ultérieures des autorités vietnamiennes ont précisé que le déploiement de la plate-forme était une violation flagrante de la Déclaration de 2002 sur la conduite à tenir des parties-prenantes en mer de Chine du Sud, déclaration selon laquelle tous les pays ayant des intérêts ou revendications dans cette zone ont convenu de de tenter aucune action susceptible de générer des tensions et une escalade militaire.
 
Dialogue de sourds
 
Selon certains médias vietnamiens, citant Tran Duy Hai, vice-président du Comité national des frontières du Vietnam, la Chine aurait déployé 80 navires pour accompagner la plate-forme pétrolière, dont 7 bâtiments militaires, 33 navires de patrouille et de surveillance, et plusieurs navires de pêche. L’agence Associated Press a de son côté rapporté que le Vietnam aurait envoyé jusqu'à 29 navires de guerre et des garde-côtes armés dans les eaux proches de la plate-forme pétrolière.

Le 6 mai, le porte-parole du département d'État des États-Unis Jen Psaki décrivait l'action de la Chine comme « provocatrice et inutilement risquée pour le maintien de la paix et de la stabilité dans la région ».
 
A Pékin, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois Hua Chunying a indiqué que la plate-forme était dans les eaux territoriales chinoises et que le forage était « normal et légal ». Il a ajouté lors une conférence de presse le 7 mai : « Les activités perturbatrices de la partie vietnamienne sont une violation des droits souverains de la Chine ».
 
Les affrontements entre la Chine et le Vietnam ont coïncidé avec l'arrestation d'un équipage de pêche chinois dans les îles Spratley par une unité de la police maritime des Philippines. Manille a déclaré que l'équipage de 11 ressortissants chinois avait été surpris en cours de braconnage de tortues marines protégées. Le gouvernement chinois avait alors réagi en déclarant que le navire de pêche - nommé Qiongqionghai 09063 selon l’agence de presse Xinhua - avait été saisi par un « navire armé non identifié » et demandait aux Philippines de libérer l'équipage et le bateau.
 
Depuis des années, la Chine met la pression sur les pays bordant la Mer de Chine du Sud pour asseoir sa domination sur cette zone, en particulier sur les îles Paracel et plus loin sur les Spratley, suspectées d’être au cœur d’un vaste gisement d’hydrocarbures, en plus des ressources halieutiques. Mais selon le site d’informations et d’analyse IHS Jane’s, l'incident de la plate-forme pétrolière et l'arrestation de l'équipage chinois par les forces philippines pourraient servir de prétextes à une confrontation sur une échelle plus vaste. Il est probable que la Chine continuera de revendiquer de souveraineté sur cette région et poursuivra ses tentatives d’intimidations sur les deux pays. Mais compte tenu de l'histoire du Vietnam d’une part et des liens entre les Philippines et les États-Unis d’autre part (en plus de l'accord récent de renforcement de l'alliance bilatérale), il est néanmoins peu probable que cela dégénère à court terme.
 

les îles Paracel. Comme les Spratley, il s'agit majoritairement d'atolls coraliens inhabités, mais occupés, souvent illégalement, par des garnisons militaires des différents pays parties prenantes aux conflits de revendications sur cette zone.

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