Utilisation de munitions air-burst au Mali : explications



Publié par Pierre-Marie Meunier le 15 Mars 2013

Le 4 février 2013, l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) publia plusieurs photos montrant un avion de combat Rafale de Dassault et un Mirage F1 CR en ours de ravitaillement en vol lors d’une mission vers le Mali. Cette photo montre également des munitions employées pour la première fois par l’armée de l’air française en opérations.



Mirage F1 CR et Rafale en ravitaillement (crédit ECPAD)
Si le Rafale est armé des traditionnelles GBU-12 à guidage laser et du pod de désignation Damoclès nécessaire à leur utilisation en autonomie, le Mirage F1 CR est équipé de quatre bombes lisses à fusées air-burst. Il s’agit de bombes d’origine américaine Mk82, des bombes dites « lisses » (ou à faible effet de trainée) à fragmentation et effet de souffle. Elles pèsent 227 kg pour 89 kg d’explosif. Si la bombe fonctionne normalement, la totalité de la bombe explose en une seule fois, ne laissant aucun résidu sur le terrain en dehors des éclats métalliques du corps de la munition. Contrairement aux bombes à sous-munitions, que la France n’utilise plus, elle ne génère pas de pollution du champ de bataille.

Le corps de la GBU-12 est constitué de la même munition : il s’agit d’une Mk82 à laquelle est ajouté un kit de guidage laser Enhanced Paveway II, composé à l’arrière d’ailerons de stabilisation déployés après le largage, et d’un dispositif de guidage bi-mode : guidage laser et GPS/centrale inertielle. Depuis 2007 la France dispose d’un système similaire avec le Hammer de Safran. Le système français est plus performant puisqu’il permet d’une part le tir à distance de sécurité (jusqu’à 55 km testé en Libye, contre 13 km pour la GBU-12), d’autre part il associe aux capteurs laser, GPS et inertiel un capteur d’imagerie infrarouge, et enfin il permet le tir sur des véhicule en mouvement. En codification OTAN, le système Hammer est désigné en fonction du système de guidage retenu : SBU-38 pour la version à guidage inertiel et GPS, SBU-54 en version guidage inertiel, GPS et infrarouge, et SBU-64, pour la version guidage inertiel, GPS, et laser. Concernant le guidage des bombes Mk82 Air-Burst emportées par le Mirage F1 CR, il se fait par … gravité. En cela ces munitions ne sont pas différentes de celles employées depuis la première guerre mondiale : une fois larguée, la bombe suit une trajectoire balistique jusqu’à percuter le sol ou jusqu’à explosion de la fusée selon sa programmation. L’avantage pour un Mirage F1 CR est qu’il n’a pas besoin d’emporter de pod de désignation, ce qui lui permet d’emporter plus de bombes. Par contre, cela l’oblige à descendre relativement bas pour obtenir une frappe d’une précision minimum.
 
Toutes ces bombes se distinguent dans leurs effets par la programmation de la détonation. Le système le plus simple et le plus ancien est la détonation à l’impact. Pour neutraliser des bâtiments enterrés ou endommager une piste d’aviation par exemple, on aura recours à une détonation retardée : la bombe pénètre le sol ou la structure sur plusieurs mètres avant d’exploser (jusqu’à 60 mètres de béton pour la plus performante des bombes bunker-buster : la Massive Ordnance Penetrator). Les munitions air-burst ont un fonctionnement inverse : elles utilisent le principe de la fusée de proximité, développé lors de la seconde guerre mondiale, pour exploser quelques mètres avant le sol ou l’objectif. Elles permettent ainsi de couvrir d’éclats une surface bien plus importante que lors d’une explosion à l’impact. Cela permet de s’approcher de l’efficacité terminale d’une bombe à sous-munitions, sans le problème des sous-munitions non explosées. Ce type de munitions est idéal dans la configuration malienne, où l’armée souhaite neutraliser des combattants opérant à découvert dans une vaste zone quasi-désertique. Le caractère rocheux du massif des Ifhogas renforce l’effet de souffle de la munition en projetant dans toute la zone des éclats de pierre. Ces munitions ont un effet comparable aux obus de 155mm fusant tirés par les CAESAR, l’avantage étant que la charge explosive délivrée est 8 fois plus importante que dans le cas d’un obus. Ce type de munitions serait par contre impuissant contre des véhicules fortement blindés (sauf à exploser à très faible distance) ou des structures fortifiées. Néanmoins le seul effet de souffle est en mesure de mettre hors de combat des soldats même protégés des éclats. L’usage de ce type de munitions est tactiquement impossible en cas de combats imbriqués ou en zone peuplée en raison de la surface traitée et des risques inhérents de dommages collatéraux ou de tirs fratricides.
 
L’armée de l’air n’est pas la seule à utiliser des munitions air-burst. Suite aux retours d’expérience d’Afghanistan, Nexter Systems est ainsi en train de plancher sur des munitions de 25mm air-burst pour le canon du VBCI. Ce type de munitions s’avérerait particulièrement utile  pour traiter des cibles abritées derrière un mur, car la munition peut être programmée pour exploser juste après être passée au dessus du dit mur. Une façon de limiter la consommation de munitions et de préserver les infrastructures de destructions évitables. Nexter Systems a également développé une munition air-burst pour le canon de 40 CTA, qui équipera peut-être le futur EBRC, si les coupes budgétaires à venir dans le domaine de la défense n’en décident pas autrement.

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