UMEX 2026 : le drone de combat entre dans l’ère industrielle



Publié par Paul-Gabriel LANTZ le 20 Janvier 2026

À Abu Dhabi, lors du salon UMEX 2026 organisé du 19 au 21 janvier, la Russie n’est pas venue démontrer un savoir-faire émergent, mais acter une bascule industrielle. Sur ce salon, les drones russes ne sont plus présentés comme des prototypes, mais comme des produits stabilisés, normalisés et destinés à l’export de masse.



KH-69 ALCM, RVV-BD AAM and RVV-MD2 AAM mockups at Dubai Airshow 2023 - Wikimedia Commons
En marge du salon, Rosoboronexport, l’agence étatique russe chargée de l’exportation d’armements et de technologies militaires a livré des chiffres lourds de sens. La demande mondiale en UAV militaires devrait croître de 120 % d’ici 2030, tandis que celle des munitions rôdeuses augmenterait de 400 %. Ces projections ne relèvent pas d’un exercice marketing. Elles s’appuient sur un retour d’expérience opérationnel accumulé depuis le début du conflit ukrainien et désormais assumé comme argument commercial.

Du prototype à la norme

Les munitions rôdeuses Kub-2-2E et Lancet-E sont présentées comme « combat-tested », intégrées à des systèmes d’armes complets. Rosoboronexport précise que plusieurs contrats d’export ont déjà été signés. Cela confirme que ces drones ont dépassé le stade de l’expérimentation et sont prêts à passer à la phase opérationnelle.
Le cas du KUB-2/10 est révélateur. Selon la société Kalashnikov, son concepteur, il est désormais pleinement intégré au système d’armement des forces russes, ce qui implique une chaîne logistique, doctrinale et industrielle stabilisée. La munition rôdeuse devient ainsi un consommable militaire standard, pensé pour la saturation, l’attrition et la frappe de précision à coût maîtrisé.

Une logique d’attrition généralisée

Les images du salon confirment également la place centrale accordée aux charges de combat. Le conglomérat public Rostec, chargé de tout le complexe militaro-industriel russe, expose une gamme complète d’ogives destinées aux drones FPV, aux UAV tactiques et aux munitions rôdeuses. Il existe différentes technologies telles que les charges haut-explosif à fragmentation, incendiaires, thermobariques, d’entraînement ou à effets combinés : la diversité des charges présentées est l’expression directe d’une standardisation industrielle avancée, comparable à celle qui régit l’artillerie et les missiles : un même vecteur, plusieurs effets, produits en série.
Cette approche industrielle est cohérente. Le drone cesse d’être pensé comme une arme en soi pour devenir une plateforme de projection, l’effet militaire étant désormais déterminé par la nature de la charge embarquée.

Du télé-pilotage à la supervision : une rupture doctrinale

Les quadricoptères Goliath 2.0 et Karakurt 2.0 du groupe Kalashnikov sont décrits comme « profondément modernisés » et intégrés à un système d’échange d’informations sécurisé avec les postes de commandement.
Selon les éléments communiqués par l’industriel et relayés par l’agence TASS, les liaisons radio sont capables de changer de fréquence en vol, afin de résister aux brouillages et interférences de guerre électronique. Les capteurs jour et thermiques montés sur nacelles gyrostabilisées confirment l’orientation multispectrale de ces plateformes.
L’assistance à l’opérateur marque une rupture nette. Le positionnement optique, l’acquisition et le suivi automatique de cibles, l’évitement d’obstacles, les alertes en cas de situation critique; le pilotage humain glisse vers une fonction de supervision et non plus de pilotage. UMEX illustre cette transition vers des drones semi-autonomes, conçus pour réduire la charge d’informations et accélérer la prise de décision. 
 
La Russie ne teste plus le drone comme innovation : elle l’industrialise comme norme. UMEX 2026 agit ici comme une vitrine, mais surtout comme un signal stratégique adressé aux partenaires comme aux concurrents. La guerre menée par et avec les drones, est entrée dans une logique d’économie d’échelle, où la munition rôdeuse devient un standard de conflit et un produit d’export à part entière. 

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