Une lettre pressante et des chiffres révélateurs sur les traversées
Dans une lettre datée de mi-novembre, consultée par le quotidien français Le Monde, Keir Starmer interpelle directement Emmanuel Macron. Il lui demande de prendre des mesures plus vigoureuses pour enrayer les départs de migrants vers le Royaume-Uni, et suggère même d’affréter des bateaux dans les eaux françaises pour renvoyer les personnes interpellées. Le ton est respectueux mais la pression est claire : selon lui, la crise migratoire en Manche constitue un « fardeau partagé » que la France ne peut ignorer.
Le contexte rend cette demande urgente. Depuis le début de l’année, près de 40 000 personnes ont traversé la Manche en « small-boat », un nombre en hausse de 17 % par rapport à la même période en 2024. Cette augmentation dramatique accentue la pression sur le Royaume-Uni, mais aussi sur la France, pays de départ ou de transit pour nombre de ces migrants.
Starmer évoque aussi les mesures que son gouvernement a engagées pour réduire l’attractivité de son territoire : introduction d’une carte d’identité électronique nationale pour freiner le travail illégal des migrants, et une réforme du système d’asile qualifiée de « la plus grande depuis des décennies ». Ce plan prévoit notamment de transformer le statut de réfugié de permanent à temporaire, et d’imposer aux demandeurs d’asile capables de le faire une contribution financière à leur prise en charge.
Une coopération franco-britannique sous tension : l’appel à un accord sur l’immigration
La demande britannique s’inscrit dans un contexte de coopération migratoire déjà fragile. Au début de l’année, Paris et Londres avaient conclu un accord, un contrat bilatéral, destiné à encadrer la gestion des flux migratoires. Cet accord prévoyait des mesures de coordination, des mécanismes de renvoi, et des règles de transit entre les deux pays. Mais les récents flux montrent que ces dispositifs sont mis à l’épreuve.
En réclamant des actions supplémentaires, K. Starmer met en lumière les limites de l’accord. L’affrètement de bateaux dans les eaux françaises ou le renvoi direct des migrants marquerait un durcissement net de la coopération. Cela relance la question de la responsabilité : de quel pays est-ce la charge de retenir les départs, de contrôler les côtes, d’empêcher les départs illégaux ?
La lettre met aussi en lumière une dérive possible : la politique britannique entend externaliser le contrôle migratoire en demandant à la France de prendre des mesures parfois lourdes. Pour Paris, accepter de telles demandes pourrait susciter des résistances internes, tant sur le plan légal que moral, mais aussi risque de compliquer les relations bilatérales.
Un dilemme politique et humanitaire : la France face à ses choix
Face à cette pression britannique, la France doit décider de sa posture. Accepter l’affrètement de bateaux et des renvois massifs pourrait satisfaire Londres mais risquerait de susciter une forte polémique interne. L’opinion publique, les droits des migrants, les obligations internationales en matière d’asile, tout cela entre en jeu.
D’un autre côté, ne rien faire ou rester sur des déclarations diplomatiques pourrait alimenter les accusations de la part du Royaume-Uni que la France n’assure pas sa part du « fardeau partagé ». À terme, cela pourrait fragiliser la coopération bilatérale, essentielle à la gestion partagée des flux, et compliquer les efforts conjoints dans d’autres domaines.
La décision de Paris aura un impact majeur sur la suite de l’accueil, du transit, ou du renvoi des migrants. Elle pourrait redéfinir les normes de coopération franco-britannique en matière d’immigration, mais aussi emporter des conséquences géopolitiques plus larges, dans un contexte où les flux migratoires restent un facteur de tensions en Europe.