Les performances du CAESAr 8x8 mises en cause par l’armée tchèque
Le CAESAr 8x8, version lourde du célèbre système d’artillerie français CAESAr (Camion Équipé d’un Système d’Artillerie), repose sur un châssis 8 roues motrices, promettant une portée de 40 kilomètres en tir tendu et une capacité de feu multiple simultané (MRSI).
Mais ces promesses peinent à se concrétiser en République tchèque. Selon un rapport officiel relayé par Defence Industry Europe, le ministère de la Défense a constaté que les deux premiers camions livrés ne remplissent pas les exigences opérationnelles minimales. Le CAESAr tchèque ne parviendrait pas à atteindre la distance visée de 40 kilomètres en configuration MRSI, une faille critique pour un système supposé moderniser la puissance de feu à longue portée.
Suspension paiements : un avertissement formel adressé à KNDS France
"Si KNDS ne commence pas à respecter les termes du contrat et ne prépare pas les obusiers pour les tests militaires, la République tchèque cessera de verser les avances."L’avertissement est juridique autant que stratégique. Le contrat signé en 2021 entre KNDS et Prague prévoit une livraison de 52 CAESAr 8x8, pour un total de 450 millions de dollars. Déjà plus de 7 milliards de couronnes tchèques (soit environ 315 millions d’euros) ont été versés. Un milliard supplémentaire devait l’être prochainement. Or, les tests militaires finaux, initialement prévus en 2024, n’ont toujours pas eu lieu.
Des défauts structurels et logistiques dénoncés
Le mécontentement tchèque ne se limite pas à la portée de tir, mais des manquements sont jugés plus fondamentaux, comme l’absence des tables de correction de tir, pourtant indispensables pour effectuer des essais conformes aux standards OTAN. Plus grave encore, le système Adler III, choisi pour la conduite de tir, serait incompatible avec les munitions tchèques de 155 mm.
Ces défaillances nuisent à l’intégration opérationnelle des CAESAr dans la doctrine militaire tchèque, pourtant conçue autour d’une interopérabilité maximale avec les forces alliées.
KNDS France sous pression : quelles conséquences pour le programme ?
KNDS France, co-entreprise issue de la fusion de Nexter (France) et Krauss-Maffei Wegmann (Allemagne), doit désormais réagir. Si la suspension paiements est activée, c’est l’ensemble du calendrier de production qui pourrait basculer. Le retard pourrait aussi affecter les livraisons prévues au Maroc, qui suit de près la situation tchèque, selon Medias24.
À court terme, l’industriel est sommé de corriger les prototypes déjà livrés, de fournir les documents techniques requis, et d’organiser les essais complets d’ici septembre. Un ultimatum technique plus qu’une querelle contractuelle.
Une crise d’armement révélatrice des tensions industrielles européennes
Ce bras de fer entre Prague et KNDS France dépasse la seule problématique des CAESAr. Il révèle la fragilité des grandes chaînes d’approvisionnement européennes en matière d’armement terrestre. Trop d’intégration verticale, pas assez de modularité nationale, des châssis allemands couplés à des systèmes français, et des obus tchèques non reconnus : la complexité se paie comptant.
Pour KNDS, l’heure est grave. Le programme CAESAr 8x8, pierre angulaire de sa stratégie export, risque de devenir un cas d’école d’échec industriel transfrontalier. À moins qu’une mise à niveau rapide et totale ne sauve ce qui peut encore l’être.