SNCF, data driven



Publié par Camille Blanc le 8 Octobre 2018

Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, veut faire de l’opérateur ferroviaire national une data driven company, littéralement une entreprise guidée par les données. État des lieux.



« Le digital, c’est à la fois un levier formidable pour les clients et un outil extraordinaire pour la productivité », s’exclame Guillaume Pepy, le patron de l’opérateur ferroviaire national, la SNCF. Il revendique ouvertement l’anglicisme "data driven company", c’est-à-dire une entreprise capable d’accumuler et de traiter une masse de données, aussi bien issues des voyageurs que de sa propre activité, pour être mieux pilotée. Derrière, bien sûr, beaucoup d’objets connectés embarqués à bord des trains et d’outils numériques utilisés dans les ateliers de maintenance (1).

Accélération numérique

En hommage au record de vitesse battu par un TGV en 2007, 574,8 km/h, la SNCF a baptisé 574 les "lieux d’accélération numérique" où ses équipes rencontrent start-up et chercheurs pour concevoir de nouveaux outils.
L’application SNCF  – déjà téléchargée 10,8 millions de fois – est une brique importante de la digitalisation. Benoît Tiers, le directeur général d’e-SNCF (le pôle numérique du groupe) assure qu’elle va « de plus en plus continuer de s’adapter aux voyageurs » pour devenir un véritable assistant personnel. « Nous sommes désormais aptes à gérer une quantité de données beaucoup plus importante, de les croiser pour proposer de nouveaux services », ajoute-t-il.
C’est aussi un enjeu de performance matérielle. Le PDG de SNCF Réseau, Patrick Jeantet , affirme : « On est à l’orée d’une révolution majeure pour nous, et donc d’une amélioration considérable de la performance », avec une signalisation intelligente, notamment, qui permettra de faire circuler plus de trains tout en pratiquant la maintenance prédictive. 
Pour les lignes classiques, une application baptisée Vibrato est testée dans la région parisienne. Elle est installée sur les smartphones des conducteurs des trains, elle mesure en temps réel les vibrations enregistrées sur la voie et permet ainsi d’intervenir rapidement en cas d’anomalie.
Pour une surveillance à grande échelle du réseau, des capteurs laser ont été mis en place pour scanner et cartographier les infrastructures en 3D avec une précision de quelques millimètres (rails, ouvrages d’art, végétation…).

Outils numériques dans les ateliers

Côté matériel roulant, le technicentre d’Hellemmes, un haut lieu de la SNCF dédié à la maintenance et la rénovation du parc TGV et Eurostar, est aujourd’hui rempli d’innovations numériques (2).
Des drones sont utilisés pour inspecter les toits des TGV, évitant l’installation de passerelles temporaires et permettant de récolter des données plus fiables. De même, des lunettes connectées permettent de voir, à distance et en direct, les problèmes constatés par un agent sur le terrain.
Un responsable de site explique : « Pour réparer un pantographe (le dispositif articulé qui permet à une locomotive de capter le courant par frottement sur une caténaire), l’opérateur utilise tout d’abord une tablette pour connaître le plan de travail. Puis un drone pour repérer les problèmes sur le pantographe sans avoir à monter sur le toit de la locomotive. Enfin, il peut commander les pièces détachées dont il a besoin toujours sur la tablette ». Auparavant, les chaudronniers montaient sur les toits des voitures pour effectuer en amont des constats visuels. « En fait, le drone permet véritablement d’automatiser les opérations de contrôle sur les voitures. C’est très important parce que 9 fois sur 10, tout va bien, il n’y a pas de travail de réparation à effectuer » explique un autre responsable.
Autre innovation conçue et utilisée dans le technicentre, Marti est le premier objet connecté répondant aux normes ferroviaires. Il crée une bulle Bluetooth autour de lui dès son activation, dans laquelle rentrent des tablettes. Un des usages, en test actuellement, est d’informer par ce moyen tout utilisateur sur les procédures applicables dans une zone particulière de l’atelier, comme le port d’un équipement particulier de sécurité ou d’un programme de travail à effectuer. À terme, Marti sera aussi à bord des trains pour collecter et délivrer de l’information.
Dans l’ensemble des technicentres de la SNCF, depuis un an et demi sont testées des lunettes connectées couplées à un smartphone. L’idée est de faciliter, dans le cadre d’un diagnostic, la mise en relation d’experts à distance avec un opérateur de maintenance dans l’atelier. « Le test est très satisfaisant », assure le responsable de ce test qui arrive à son terme.

Quelles retombées ?

Au total, depuis qu’elle s’est lancée en 2015 dans sa transformation numérique, la SNCF a investi 950 millions d’euros, dont 300 millions en 2018. Quels seront les gains d’une telle digitalisation ? S’ils sont difficiles à quantifier, Guillaume Pepy les estime de 30 à 50 % sur les opérations qui peuvent être confiées au numérique. Potentiellement, beaucoup d’argent et un surcroît de compétitivité qui tombent à pic pour son image auprès du Gouvernement… et des usagers, quelque peu échaudés.
 
(1) https://www.bfmtv.com/economie/comment-la-sncf-a-mis-les-donnees-numeriques-au-coeur-de-strategie-1513986.html
(2) https://www.zdnet.fr/actualites/reportage-drones-et-lunettes-connectees-chamboulent-les-ateliers-de-la-sncf-39872897.htm
 

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