Quantitative easing : cette mesure monétaire qui effraie l'Europe



Publié par La Rédaction le 26 Septembre 2013

En pleine crise financière mondiale, la Banque d'Angleterre engage en mars 2009 un plan de « quantitative easing », censé relancer l'économie et l'inflation au pays de Sa Majesté la reine Élisabeth. Peu connue du grand public, cette mesure suscite pourtant des réactions divergentes de la part des économistes. Comment ce système fonctionne-t-il réellement ? Pourquoi fait-il tant débat en Europe et ailleurs ?



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« Planche à billets » en plus sophistiquée

Ni la Bank of England, ni la Fed n'ont été les premières à recourir massivement au « quantitative easing » pour remettre l'économie de leur pays respectif sur les rails. Cette mesure monétaire popularisée en 2009 et 2010 par l'Angleterre et les États-Unis trouve en réalité ses origines au Japon. L'archipel en est le premier usager durant les années 1990, quand son économie patauge dans la récession et la déflation. Le dispositif se base sur un précepte étroitement lié à la théorie quantitative de la monnaie. Cette pensée se résume comme suit : injecter plus de liquidités sur les marchés bancaires favorise l'accès aux crédits. Or, ce même assouplissement des conditions de prêts limite les risques de déflation dans une zone monétaire donnée.

En renflouant les caisses des banques et institutions financières d'un pays, la banque centrale accroît en effet leur masse monétaire et donc leur solvabilité. Les créanciers peuvent dès lors prêter davantage aux entreprises ou particuliers, encourageant par là même les investissements et la croissance de l'économie. Le « quantitative easing » repose donc essentiellement sur la « manipulation » des taux directeurs d'une Banque Centrale, l'objectif premier étant de les faire baisser au maximum, au-delà du plancher autorisé pour un abaissement normal. Vu son fonctionnement, le « quantitative easing » ressemble en plusieurs points à la création monétaire ou la « planche à billets ». Seul le procédé d'émission de nouvelles monnaies change : l'assouplissement quantitatif fait appel à une méthode non conventionnelle et plus sophistiquée.

L'assouplissement quantitatif pas à pas

Piloté par la Banque centrale, le quantitative easing sert en réalité les intérêts de l'État, comme ce fut le cas aux États-Unis, en Angleterre et au Japon. Or, les lois de ces pays interdisent l'injection ex nihilo de liquidités sur leur marché bancaire, pour prévenir entre autres les risques d'hyperinflation ou les abus de financement. Comment les banques centrales ont-elles pu contourner ces restrictions ? Chaque institution financière a ses propres méthodes.

Le modèle « standard » consiste à racheter des obligations d'État aux institutions financières privées comme les fonds de pension, les banques non publiques et les compagnies d'assurance. En théorie, cette opération doit tirer à la hausse le cours des emprunts d'État sur les marchés financiers. Cette appréciation rend ces actifs inaccessibles et peu rentables pour les investisseurs, contraints alors de prêter aux compagnies privées et aux particuliers. Et quoi de mieux qu'un abaissement des taux pour relancer le marché du crédit, puis encourager les dépenses publiques/privées et redémarrer ainsi une économie en berne ?

La Fed, la Bank of England et la Banque du Japon ont adopté le même processus durant la crise de 2008-2011. Quid de la Banque Centrale Européenne ? Officiellement, le créancier du Vieux-Continent n'a pas le droit de recourir au « quantitative easing » pour se sortir de la crise. Trop dangereux, jugent certains analystes. Nombre d'économistes européens se montrent d'ailleurs sceptiques quant à l'efficacité réelle de cette mesure non conventionnelle. Et pourtant, la BCE pratique bel et bien d'autres formes d'assouplissement monétaire, mais de manière plus discrète et plus mesurée. Le tout, sous l'œil bienveillant, si ce n'est l'impulsion des dirigeants de la zone euro.

Les assouplissements monétaires « secrets » de la BCE

Les mesures de « quantitative easing » en Europe ont commencé en réalité dès 2010, au moment où la Grèce et l'Irlande annoncent le plus important déficit budgétaire de leur histoire récente. Seulement, la BCE ne peut pas se permettre de racheter directement des obligations d'État des nations en difficultés, même aux mains d'institutions privées. D'où la constitution d'un « plan de sauvetage », qui, à dire vrai, n'est autre qu'un assouplissement monétaire ciblé. En Grèce, la banque dirigée par Mario Draghi a accepté de racheter les créances titrisées – et garanties par l'État — des plus grandes banques du pays. Les liquidités ainsi perçues permettent aux créanciers, soit de prêter directement à la Grèce, soit d'acquérir des emprunts d'État sur le marché libre.

La BCE ne s'engage pas directement dans l'opération. Le Mécanisme européen de Stabilité, un dispositif financier spécialement créé pour l'occasion et doté d'un fonds de 700 milliards d'euros, réalise toutes les transactions. Ce réseau complexe a permis à la Banque centrale européenne d'injecter 116 milliards d'euros dans les caisses de l'État et des banques grecques depuis 2010. Un montant supplémentaire de 28 milliards d'euros devrait être versé prochainement. Par le même procédé, la BCE est intervenue en Irlande (12,8 milliards d'euros), en Espagne (41 milliards), au Portugal (60 milliards) et à Chypre (9 milliards).

Pourquoi les dirigeants européens tiennent-ils tant à entretenir le secret sur ces transactions ? Entre risques d'hyperinflation, éventualité d'un échec et cessation de paiement des États concernés, plusieurs raisons peuvent expliquer le mutisme autour de l'assouplissement monétaire européen. Une chose est sûre : le flou devrait durer encore quelque temps, tant le terme « quantitative easing » fait peur dans la zone euro.

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