Mutation civilisationnelle et société transversale avec Mustapha Saha



Publié par Julien Tardif le 6 Juin 2019

«Avec la Révolution numérique, la pluralité culturelle se propage jusqu’aux confins inaccessibles. Les patrimoines se partagent dans la transparence inamissible (…). Les réseaux mondiaux déroulent leur maillage à l’infini. La connexion du savoir-faire et du faire-savoir s’autonomise. Les vieux clivages entre culture d’élite et culture de masse sont frappés d’obsolescence. (…) La création contemporaine n’a plus besoin de reconnaissance académique pour sortir de l’ombre. Le centre se décentre. Les élites se délitent. L’effervescence créative explose aux périphéries, dans les banlieues lointaines (…) Le proche et le lointain, le notoire et le clandestin se rejoignent en temps réel sur la toile incommensurable. La culture se renouvelle et se fertilise dans le brassage et l’inéluctable métissage. Le diversalisme en devenir est cosmopolite. La culture incarne désormais la fraternité sans tutelle et sans frontières » (M. Saha, 2017).



Pour Mustapha Saha la révolution numérique a bouleversé les mentalités humaines et les interactions sociales. Cette révolution totale a produit une mutation fondamentale des rapports humains cassant la verticalité des rapports sociaux. Le lien intime de verticalité entre pouvoir politique, centralité dans l’espace géographique des quartiers urbains gentrifiés, et maîtrise de la représentation légitime dans l’arène publique et politique. 

Avant l’ère numérique, les mégalopoles et les périphéries étaient, tels des masques de Janus, une gradation de la puissance concentrée dans les mains de quelques-uns à la précarité de la masse. Le racisme intellectuel s’imposait comme parangon des logiques d’exclusion sociale et symbolique. À l’exemple de l’histoire toute particulière de la fréquentation des grands intellectuels de l’après-guerre au Chambon sur Lignon (Haute-Loire), par l’enjeu des formes multiples que prennent la résistance à l’oppression, l’hospitalité envers un groupe social stigmatisé, le pauvre ou l’exilé. Cet écosystème à l’ère de la correspondance par l’encre et le papier fut un laboratoire pour repenser les liens humains dans un lieu phare de la naissance de la militance interconvictionnelle et interconfessionnelle.

De tels lieux étaient l’exception avant les rapports numériques. La fin du XXe siècle a vu la conquête de l’homme augmenté par l’intelligence artificielle et la digitalisation des communications. Le rôle de ces dispositifs de colonisation de l’espace physique par la réalité virtuelle, dans les migrations, a été majeur. Aussi bien dans les migrations choisies pour les diasporas hautement qualifiées, que pour les migrations subies, par les prétendants au statut de réfugié. Ces derniers incarnent sans doute bien davantage le courage en Politique que les précédents (Alain Loute et Laurence Blésin, 2009). 

C’est d’ailleurs le maintien des relations par internet dans le contexte de la guerre contre le dit « État islamique en Irak et au Levant » qui permet aujourd’hui à l’État français de pouvoir recenser au plus près, des ressortissants sur zone dans les camps ou en détention, notamment femmes, enfants et orphelins. Il est ainsi majeur dans la montée en puissance des pensées et pratiques alternatives des plus émancipatrices (Jacques Rancière) aux plus barbares. Le lynchage désormais permanent du monopole de l’information par les Élites, et par la même, le travail quotidien de désacralisation de ces mêmes Élites, est le grand mal du siècle. 

Comment faire alors du maintien d’une gouvernance responsable dans les échanges mondialisés, la grande problématique de recherche et d’action de ce siècle ?
 
Julien Tardif, sociologue, éditorialiste.
 
Références :
 
Entretien radiodiffusé
Mustapha Saha, « mutation civilisationnelle et société transversale », Émission Arc en ciel, entretien avec Abdelattif Essadki, Radio pluriel, Juin 2019. (En ligne)
https://www.youtube.com/watch?v=Eys5UBaKeyg&feature=share
 
Citographie :
Alain Loute et Laurence Blésin (dir.), figure du courage politique dans la philosophie moderne et contemporaine, dissensus, n°2, 2009 [en ligne] 
https://popups.uliege.be/2031-4981/index.php?id=376
Jacques Ranciere, le maître ignorant, cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, Fayard, 1987. 
Penser à l’écart, entretien avec Nathalie Heinich, une sociologue au Chambon-sur-Lignon , La Croix, août 2017 [en ligne] 
https://www.la-croix.com/…/Nathalie-Heinich-sociologue-Cham…
Nathalie Heinich, Écrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon, Les Impressions Nouvelles, 2018.
Mustapha Saha, « manifeste culturel des temps numériques », Le pan poétique des muses, revue féministe, internationale et multilingue, 2017
[en ligne] http://www.pandesmuses.fr/2017/8/manifeste.html
Mustapha Saha, Sébastien Boussois, Julien Tardif, le mythe du Golem, où les raisons du succès éditorial de la pensée crépusculaire de Juan Branco, sensemaking, mai 2019, [en ligne]
 https://m.sensemaking.fr/Le-mythe-du-Golem-ou-les-raisons-d…




 

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