Mercosur : quand l’Europe renonce à sa souveraineté alimentaire



Publié par La Rédaction le 23 Janvier 2026

Début 2026, alors que l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur entre dans sa phase finale, le ministre français Jean Noël Barrot affirme que seul le Parlement européen peut encore empêcher sa ratification. Derrière cette affirmation institutionnelle se joue un enjeu politique majeur : la capacité de l’Europe à préserver sa souveraineté alimentaire face à une ouverture commerciale massive.



Un accord désormais hors de portée des États

Jean-François Millet - Gleaners - Wikimédia commons

Après plus de vingt ans de négociations, l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur franchit une étape décisive. Selon Jean Noël Barrot, cité par Le Point, les États membres ne disposent plus des leviers nécessaires pour bloquer le processus. Une fois l’accord validé au niveau européen, seul un refus explicite du Parlement européen pourrait encore empêcher son entrée en vigueur.

Cette situation met en lumière une évolution profonde de la gouvernance commerciale européenne. Les décisions structurantes en matière agricole et alimentaire échappent désormais largement aux États, y compris à ceux qui expriment une opposition politique claire. La France, qui s’est publiquement positionnée contre l’accord, se retrouve ainsi dans une posture paradoxale, opposée sur le fond mais privée de moyens d’action effectifs.
 

Ce transfert de pouvoir vers les institutions européennes interroge directement la capacité des États à défendre leurs modèles agricoles nationaux. Or l’agriculture ne relève pas seulement d’un secteur économique. Elle touche à la sécurité alimentaire, à l’aménagement du territoire et à la résilience stratégique des sociétés européennes.


La souveraineté alimentaire en question

L’accord avec le Mercosur prévoit une ouverture accrue du marché européen à des produits agricoles sud américains, notamment dans les filières bovines, avicoles et sucrières. Ces importations concernent des pays dont les normes sanitaires, environnementales et de traçabilité diffèrent de celles imposées aux producteurs européens.

Cette asymétrie nourrit une critique centrale : l’Union européenne accepte une concurrence fondée sur des standards qu’elle interdit à ses propres agriculteurs. Le risque n’est pas seulement économique. Il est structurel. En fragilisant les filières locales, l’Europe accroît sa dépendance à des importations alimentaires extérieures, réduisant sa capacité à garantir une production suffisante et maîtrisée sur son propre territoire.

La souveraineté alimentaire ne se limite pas à la disponibilité des denrées. Elle repose sur la capacité à décider des conditions de production, des normes sanitaires et du modèle agricole que l’on souhaite préserver. En ce sens, l’accord Mercosur soulève une contradiction majeure entre les discours européens sur la transition agricole et la réalité des choix commerciaux.


Un choix politique assumé

En affirmant que seul le Parlement européen peut encore bloquer l’accord, Jean Noël Barrot acte une réalité institutionnelle, mais il révèle aussi un choix politique. Celui de faire primer la logique commerciale et diplomatique sur les considérations de souveraineté alimentaire.

L’argument selon lequel l’accord renforcerait la position géopolitique de l’Union européenne ne répond pas aux inquiétudes exprimées par les agriculteurs et une partie de l’opinion publique. Ces inquiétudes portent sur la survie des exploitations, sur la cohérence des politiques agricoles et sur la capacité de l’Europe à rester maîtresse de son alimentation.

Le vote à venir du Parlement européen apparaît ainsi comme un moment de clarification. Soit l’Union assume pleinement une ouverture commerciale qui fragilise son autonomie alimentaire, soit elle reconnaît que la souveraineté ne se limite pas aux secteurs énergétiques ou militaires, mais qu’elle commence aussi dans les champs, les élevages et les filières de transformation.

L’accord Mercosur n’est donc pas un simple traité commercial. Il est un révélateur du degré de contrôle que l’Europe accepte de céder sur l’un des fondements de sa puissance et de sa stabilité.


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