La normalisation : des effets structurants pour la RSE ?



Publié par La Rédaction le 20 Novembre 2013

Le recours aux normes et aux certifications se fait de plus en plus pour des questions environnementales et sociétales. Un phénomène qui consolide et rationalise l’approche de la RSE par les entreprises.



Face à une multiplication des produits et services sur le marché, le consommateur peine parfois à s’y retrouver. C’est de cette profusion de l’offre, et de l’incertitude de la demande que provient l’utilité des organismes de certification. En France l’AFNOR (Association Française de Normalisation) est le premier organisme de certification et d’évaluation de systèmes, de services, de produits et de personnes. Il propose d’évaluer la performance de l’entreprise en de nombreux sujets, ce qui inclue désormais les questions sociétales et environnementales. Et tout indique qu’un organisme tel que l’AFNOR conforte les entreprises dans leur démarche de RSE.


Évaluer la qualité des actions solidaires engagées par les entreprises

La Responsabilité Sociétale des Entreprises est une démarche qui repose sur la volonté des entreprises à contribuer au développement durable pour permettre aux générations présentes de « satisfaire leurs besoins sans remettre en cause la capacité des générations futures à satisfaire les leurs » (définition de l’ONU, 1987). De plus en plus invoqué, et fréquemment galvaudé, le concept de RSE est parfois difficile à identifier. D’où l’intérêt pour les entreprises d’évaluer la qualité de leur engagement. En la matière, comme le souligne Yves Guénin, Secrétaire général d’Optic 2000 « Il est important de faire ce qu’on dit et de dire ce qu’on fait ». C’est pour mieux s’appliquer ce principe que le groupe a tenu à soumettre sa politique de responsabilité sociétale au diagnostic AFAQ 26 000, une prestation proposée par l’AFNOR et destinée à mesurer le degré de maturité des stratégies RSE des entreprises. Comme l’explique le patron d’Optic 2000, « ce ne sont pas les concepts qui comptent, mais les actions qui produisent des résultats. Chaque entreprise peut contribuer, à travers son cœur de métier, à faire des choses utiles d’un point de vue sociétal. D’où, par exemple, nos actions éducatives ou sanitaires en Afrique, ou encore notre partenariat avec l’Institut de la Vision. Nous nous sommes par ailleurs largement mobilisés à l’occasion de la dernière édition du Téléthon. »

AFAQ 26 000 reprend en fait les différents critères clés posés par la norme ISO 26 000 pour définir les grands axes de la RSE. Dans le cadre de cette procédure, l’AFNOR se rend dans l’entreprise pour procéder à des interviews individuelles et collectives et se renseigner sur les pratiques et les résultats en matière de RSE. À l’aide d’un référentiel, l’AFNOR évalue alors la qualité d’ensemble de la démarche de RSE de l’entreprise. À l’issue de ce travail, un rapport d’évaluation est remis à l’entreprise, pour lui permettre d’identifier les points à pérenniser et les axes d’amélioration possibles. L’AFAQ 26 000 procède donc de la même façon que toute procédure de normalisation. À la différence qu’elle ne débouche pas sur une véritable certification, l’ISO ne souhaitant pas que sa norme 26 000 serve de support pour cela et voulant encourager par-là les entreprises à se lancer dans la RSE par leur propre volonté. Ainsi des entités aussi variées qu’Optic 2000, la Polyclinique de Blois, le Groupe Leader et toutes les entreprises évaluées à l’aune d’AFAQ 26 000 ne peuvent pas se prévaloir d’une certification, mais simplement d’une attestation, et d’un logo attestant de leurs efforts en matière de RSE.

Les référentiels en matière d’environnement

Bien que la RSE ne fasse pas l’objet d’une certification en tant que telle, des dimensions connexes peuvent l’être. Conscient d’être un grand consommateur d’eau et de fibres de bois, le papetier Clairefontaine a par exemple très tôt structuré sa stratégie de RSE autour de la question environnementale. Sa quête de process plus écologiques lui a permis d’obtenir en 2001 la certification internationale ISO 14 001 sur le management environnemental. En 2005, Clairefontaine  fait un nouveau pas en avant en utilisant des pâtes à papier provenant exclusivement de forêts certifiées pour leur gestion durable par le Forest Stewardship Council.
 
Cet organisme examine la manière dont la forêt est gérée et impose à ses propriétaires ainsi qu’à tous les maillons de la chaîne de transformation des contrôles très sévères. En cela, le procédé de certification ressemble beaucoup aux mécanismes de contrôle du PEFC (Program for Endorsement of Forest Certification schemes), attribué non pas à des entreprises individuelles, mais à des régions entières et qui tient compte de la structure des directives européennes. Ce type d’initiatives font donc preuve de complémentarité avec les certifications plus généralistes proposées par l’ISO. C’est la raison pour laquelle elles suscitent l’intérêt d’entreprises comme Clairefontaine qui remettent leur titre en jeux en acceptant de se soumettre aux audits annuels de l’ISO dont le but est de confirmer que l’entreprise soutient toujours son effort pour cadrer avec les critères de la norme 14 001.

L’Écolabel européen, un exemple de certification sectoriel

Dans le monde du tourisme également, la normalisation s’impose comme l’instrument de propagation de standard plus durable. En outre, le tourisme vert attire de plus en plus de clients et les établissements de tourisme sont sensibles à cette tendance qu’ils s’efforcent d’accompagner. L’Écolabel européen intitulé « Service d’Hébergement touristique  » représente un moyen pertinent de démontrer la crédibilité de leurs efforts. Il vise notamment à évaluer les impacts environnementaux des établissements, dont la réduction de la consommation d’eau et d’énergie, mais aussi la gestion des déchets. Créé en 2003, l’Écolabel européen Services d’hébergement touristique est de plus en plus sollicité tandis que ses critères, décrits dans des cahiers des charges communs à tous les pays de l’Union Européenne, sont de plus en plus stricts. C’est ainsi que le Club Med d’Opio en Provence est devenu le premier hébergement touristique à obtenir l’Écolabel européen en 2008.
 
Comme le souligne Agnès Weil, Directrice du Développement Durable du Club Med, « lors de la rénovation du village, on s’est penché sur la question de la gestion des déchets ; cela a représenté un gros effort et on a regardé de près les autres critères nécessaires à l’obtention d’un écolabel ». Le Club Med d’Opio a été certifié par l’AFNOR et validé à l’échelle européenne selon 80 critères. Concernant le Club Méditerranée, ces critères ont essentiellement porté sur la consommation énergétique, la gestion des déchets, la formation du personnel, les produits et solutions utilisés. Par exemple, la moitié de l’électricité provient de sources d’énergie renouvelables, le débit moyen des robinets et pommeaux de douche ne dépasse pas les 9 litres/minute. Comme le précise Patricia Troia, responsable du pôle environnement d’AFNOR : « Il faut une motivation forte, car les procédures d’obtention de l’Écolabel sont complexes et exigeantes avec pas moins de 37 critères obligatoires et 47 optionnels. Aujourd’hui, l’obtention de ce label est pour le Club Méditerranée une reconnaissance de la qualité de ses infrastructures et du niveau élevé d’exigence qu’il exprime en matière environnementale.
 
Bien faire, avant de le faire savoir : ainsi pourrait être résumée la volonté de ces entreprises qui s’engagent dans une démarche de contrôle et de formalisation de leur engagement de RSE. Certifications et autres évaluations s’imposent ainsi comme des outils de reconnaissance utiles pour les entreprises et les consommateurs, mais aussi comme des outils de pilotage des démarches de RSE. Soit une tendance favorable à une meilleure lisibilité des standards écologiques et durables.

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