La loi du plus fort, nouvel ordre mondial ?



Publié par La Rédaction le 12 Janvier 2026

Ces derniers temps, Donald Trump n’a pas seulement multiplié les menaces d’intervention : il les a aussi mises en œuvre. En se retirant de 66 organisations internationales le jeudi 8 janvier, il acte une réalité que nous avons parfois du mal à saisir en France : le droit international est souvent une chimère, et seule la loi du plus fort semble désormais compter.



Donald Trump et le directeur de la CIA, John Ratcliffe lors de l'operation visant l'arrestation de N. Maduro - Official White House Photo by Molly Riley
Nous avons longtemps cru qu’une économie stable garantirait la paix. Nous avons peut-être pensé que le monde se divisait entre des « bons » et des « méchants » : ceux qui croyaient en la démocratie, aux organisations supranationales et au partage des intérêts, et ceux qui considéraient que les intérêts des États n’appartiennent qu’à eux-mêmes. Les récents événements actent une réalité plus violente. Le nouvel ordre mondial se dessine autour d’un rapport de force brutal et direct.
 
Que nous apprend l’intervention américaine au Venezuela ? Nombreux sont les géopolitologues qui se sont penchés sur la question et ont avancé des explications claires : cartels de drogue, déstabilisation régionale, trafics d’êtres humains, de drogues et d’armes à l’échelle du continent américain, sans oublier le pétrole. Plusieurs conclusions peuvent être tirées de cette intervention.

Nicolas Maduro à bord de l'USS Iwo Jima, après son arrestation - United States Department of Defense
D’abord, la justice américaine n’hésitera pas à imposer sa vision du droit aux pays qui commercent avec elle ou entretiennent des liens avec elle — c’est-à-dire presque tous les pays du monde. Nicolas Maduro privait les États-Unis de l’accès à une réserve pétrolière majeure, située à proximité immédiate de leur territoire. Pour Donald Trump, cette matière première  justifie une intervention spectaculaire visant à capturer Maduro. Les pays occidentaux s’indignent, certes, mais que peuvent-ils réellement faire ? La démonstration de force menée au Venezuela constitue, sans contestation possible, une affirmation de supériorité.

Le Groenland, nouvelle conquête ? Donald Trump évoquait lui-même une doctrine « Donroe », en référence directe à la stratégie géopolitique de ses prédécesseurs. Il est même allé plus loin. Le Groenland sert les intérêts des États-Unis ? Alors tout sera mis en œuvre pour récupérer ce territoire gigantesque, véritable pivot stratégique pour la future compétition en Arctique et pour la défense face à la Russie.

On pourrait croire qu’il est impossible que le Groenland devienne américain, que les pays occidentaux ne laisseraient jamais faire. Il faudra pourtant faire preuve de prudence. Les médias ont beau répéter que Donald Trump est un « fou », capable de mener le monde à la guerre… et si l’ensemble de ses déclarations, toujours plus violentes, relevait en réalité d’un « flou stratégique » ? Être perçu comme capable de tout, devenir une menace permanente par la seule imprévisibilité.

Le Groenland n’est qu’un exemple parmi d’autres. L’arraisonnement d’un navire fantôme russe pour avoir prétendument bravé le blocus américain au Venezuela pourrait bien devenir une pratique courante — si ce n’est déjà le cas.

Nous n’avons pas d’amis. Croire que les Américains sont nos amis serait une erreur. Ils sont nos alliés. La France ne connaît pas l’amitié en géopolitique, seulement des intérêts, et les Américains nous le rappellent sans détour. Les taxes imposées sur les produits européens et français ne relèvent en rien d’une relation amicale. Cette alliance n’existe que lorsqu’elle converge avec les intérêts américains. Les dernières interventions l’ont clairement montré : malheur à ceux qui s’y opposent.

En France, le réveil est plus que nécessaire


« Il faut redevenir létal », affirmait récemment le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill.  C’est une nécessité, un besoin urgent, presque vital. Nous possédons pourtant un avantage : celui d’appartenir à une Europe capable d’être puissante. Mais ce nouveau monde, régi par la loi du plus fort, sert avant tout des intérêts particuliers.

  On pourrait nous rétorquer que l’Union européenne est justement la meilleure solution pour faire bloc face aux nouveaux grands empires — puisqu’il faut bien les nommer. L’intelligence économique montre toutefois une réalité plus complexe. La compétition est globale : elle ne sera pas uniquement militaire, mais aussi économique, culturelle et démographique.

Si l’UE était un bloc réellement uni, pourquoi le Danemark a-t-il acheté des F-35 américains plutôt que des Rafales français ? Aujourd’hui, les Danois peuvent se faire menacer sur le Groenland, mais ils ont préféré l’oncle Sam. Drôle de paradoxe.

F-35 lightning - U.S. Air Force photo
Il ne faut pas être aveugle : cette compétition d’intérêts traverse tous les milieux. L’exemple très actuel du Mercosur est révélateur. La France, soutenant ses agriculteurs, s’oppose au traité de libre-échange avec les pays d’Amérique latine. Pourtant, ce vendredi 9 janvier, l’adoption de ce traité doit être votée en commission européenne par ceux qui sont censés être nos alliés — l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne en tête. En raison de notre attachement à cette organisation supranationale, nous serons contraints d’accepter ce traité.

Les exemples sont innombrables. En Afrique, des gouvernements se détournent de la France pour se rapprocher des lobbies chinois ou turcs. Mais commercer avec ces puissances n’a rien d’équivalent. Les intérêts ne sont pas les mêmes.  L’illusion de réussite vient de moyens massifs injectés très rapidement, mais sur le long terme, ce ne sont presque jamais les pays africains qui en sortent gagnants.

Les milices russes suivent la même logique. Combattre aux côtés des forces françaises, dont l’expérience militaire sur le continent africain est bien plus professionnelle, n’a rien de comparable avec une coopération avec le groupe Wagner.
La loi du plus fort s’est installée progressivement dans notre monde. Aujourd’hui, plus aucun domaine ne sera épargné par la compétitivité mondiale. Les organisations supra-nationales ont prouvé leurs limites : cela ne marche que quand les interêts sont identiques. Le droit international a aussi montré sa limite avec des interventions qui relèvent purement de l’ingérence. Et pourtant aucunes sanctions ne sont prises. Pourtant, nous aurions du nous en méfier bien avant ; dans un article d’Olivier Thalès  dans La Croix :
« Traditionnellement, les États-Unis ont la réputation, justifiée, de traîner des pieds pour ratifier les conventions internationales. Ils sont aujourd’hui l’un des deux pays du monde avec la Somalie à n’avoir toujours pas accepté la Convention internationale des droits de l’enfant. Ils n’ont pas davantage adhéré à la Cour pénale internationale, à la Convention sur le droit de la mer, à celle sur les droits des personnes handicapés, l’élimination des discriminations contre les femmes ou au traité bannissant les mines antipersonnel. L’Organisation internationale du travail attend encore leur signature au bas de 70 conventions, dont un texte sur le travail forcé datant de 1930. »

Il devient donc une nécessité de redevenir létal. De défendre nos interêts car les autres pays ne le feront pas à notre place. Il ne faut pas non plus être va-t-en guerre et la diplomatie du Vatican, une institution des plus ancienne, nous rappelle que le dialogue est parfois très efficace. Le Maréchal Lyautey, résident général au Maroc et Grand Officier de France, pourrait ainsi conclure : « Il faut savoir montrer sa force pour ne pas avoir à l’utiliser ».

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