Groenland : des troupes canadiennes bientôt déployées ?



Publié par François Lapierre le 19 Janvier 2026

Le 18 janvier 2026, le gouvernement canadien a confirmé réfléchir à l’envoi de soldats au Groenland. L’annonce d’Ottawa n’a rien d’anodin. En envisageant l’envoi de troupes au Groenland, le Canada s’insère dans une crise diplomatique déjà marquée par de vives tensions entre les États-Unis et l’Union européenne.



Le Canada s’immisce dans les tensions USA-UE

Depuis plusieurs jours, le Groenland est redevenu un point de cristallisation des rivalités transatlantiques. Face aux déclarations répétées de Donald Trump sur un possible contrôle américain de l’île, plusieurs pays européens ont répondu par des déploiements militaires limités mais symboliques au Groenland, à la demande du Danemark. C’est dans ce climat que le premier ministre canadien Mark Carney a reconnu que son pays envisageait, lui aussi, un envoi de troupes.

Officiellement, Ottawa insiste sur une approche prudente. Le Canada évoque une participation à des exercices conjoints avec ses alliés, dans un cadre multilatéral et défensif. Toutefois, le message politique est clair. « La situation est sérieuse et nous sommes préoccupés par cette escalade », a déclaré Mark Carney, selon La Presse canadienne. En choisissant de rendre publique cette réflexion, le Canada signale qu’il ne souhaite pas rester en retrait d’un dossier qui touche directement à la stabilité de l’Arctique et à la crédibilité des alliances occidentales.

Dans le même temps, Ottawa prend soin de rappeler un principe fondamental. L’avenir du Groenland doit, selon le gouvernement canadien, être décidé par le peuple groenlandais et par le Danemark. Ce rappel du droit international permet au Canada de se distinguer des prises de position américaines, sans pour autant rompre avec son allié historique.

Le Groenland au cœur du bras de fer entre les États-Unis et l’Union européenne

L’annonce canadienne ne peut être dissociée du durcissement des relations entre Washington et les capitales européennes autour du Groenland. Après l’arrivée de troupes européennes sur l’île, les États-Unis ont annoncé l’instauration de droits de douane de 10 % sur les exportations de huit pays européens, une mesure qui pourrait atteindre 25 % à partir du 1er juin 2026, selon TIME.

Pour l’Union européenne, la réponse se veut collective. D’après Reuters, les ambassadeurs des 27 États membres ont été appelés à coordonner une réaction commune face à ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation commerciale d’un enjeu de sécurité. Sur le terrain, cette solidarité s’est traduite par des déploiements militaires limités mais visibles. L’Allemagne a ainsi envoyé 13 soldats au Groenland pour une mission de reconnaissance, rappelés depuis, tandis que d’autres pays, dont la France et les pays nordiques, ont engagé de petites unités.

Le Danemark, puissance souveraine sur le Groenland, tente de maintenir une ligne d’équilibre. Le ministère danois de la Défense a annoncé le 14 janvier 2026 un renforcement de la présence militaire sur l’île, en coopération étroite avec les alliés de l’OTAN. Pour Copenhague et Nuuk, l’objectif est d’assurer la sécurité régionale sans provoquer d’escalade directe.

Ce que l’engagement canadien au Groenland pourrait changer

Dans ce contexte, l’éventuel engagement canadien au Groenland revêt une portée particulière. Sur le plan militaire, il resterait limité. Le Canada n’envisage pas, à ce stade, un déploiement massif de troupes, mais plutôt une participation ciblée à des exercices alliés. Toutefois, sur le plan diplomatique, le geste serait lourd de sens. Il placerait Ottawa aux côtés des Européens dans une crise où les lignes de fracture avec Washington se sont nettement durcies.

Le Canada se trouve ainsi dans une position singulière. Membre clé de l’OTAN et partenaire stratégique des États-Unis, il est également attaché au multilatéralisme et à la stabilité de l’ordre international. En s’impliquant au Groenland, Ottawa chercherait à préserver la cohésion de l’Alliance tout en rappelant son attachement à la souveraineté danoise. Cette posture intermédiaire pourrait renforcer le rôle du Canada comme acteur de médiation dans les tensions transatlantiques.


 

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