Gaza redessinée depuis Washington : le “plan maître” qui interroge la reconstruction



Publié par La Rédaction le 27 Janvier 2026

Présenté à Davos par l’entourage du président américain Donald Trump, un plan de reconstruction de la bande de Gaza projette une transformation radicale du territoire après la guerre. Tours balnéaires, zones économiques et infrastructures modernes y remplacent un espace aujourd’hui dévasté. Une vision qui soulève de lourdes interrogations politiques, territoriales et géoéconomiques.



Damage in Gaza Strip during the October 2023 - Creative commons

Lors du Forum économique mondial, Jared Kushner, proche conseiller du président Donald Trump, a dévoilé un document présenté comme un plan directeur pour l’après-guerre à Gaza. Illustré par des cartes et des images générées par intelligence artificielle, le projet propose une refonte complète du territoire, avec des zones touristiques le long du littoral, des tours résidentielles, des centres de données, des parcs, des équipements sportifs et un aéroport.

Le plan repose sur l’idée d’une reconstruction « à partir de zéro », faisant table rase du tissu urbain existant. Les cartes diffusées montrent une reconfiguration intégrale de la bande de Gaza, sans indication sur la manière dont seraient pris en compte les quartiers détruits, les camps de réfugiés ou les structures sociales préexistantes. Aucun mécanisme de consultation de la population locale n’est mentionné dans la présentation publique du projet.


Reconstruction, contrôle territorial et arrière-plan économique

Plusieurs experts et observateurs estiment que cette vision s’inscrit dans une logique de contrôle durable du territoire, davantage que dans une approche strictement humanitaire. Le plan ne traite pas des droits fonciers, de la propriété des terres, ni du cadre politique dans lequel la reconstruction s’opérerait. Il n’apporte pas non plus de réponse concrète à la question du relogement des centaines de milliers de personnes déplacées.

Dans ce contexte, certains analystes relient cette projection urbanistique à une lecture plus large des enjeux stratégiques entourant Gaza. La bande côtière occupe une position clé en Méditerranée orientale, et la question de l’accès à l’espace maritime reste un sujet sensible depuis la découverte, en 2000, du champ gazier Gaza Marine au large de ses côtes. L’exploitation de ces ressources n’a jamais été pleinement réalisée, en raison de blocages politiques et sécuritaires persistants.

Le plan américain ne mentionne pas explicitement ces ressources offshore. Toutefois, pour ses critiques, la transformation de Gaza en plateforme économique et touristique s’inscrit dans un environnement géopolitique où territoire, contrôle maritime et intérêts économiques sont étroitement liés. Cette lecture alimente l’idée que la reconstruction proposée dépasse la seule remise en état d’un territoire détruit et participe d’une recomposition stratégique plus large.

Entre rendus futuristes et réalités humanitaires encore critiques, ce plan pose une question centrale : celle de la souveraineté sur la reconstruction et de la place laissée aux habitants de Gaza dans la définition de leur avenir. Derrière la promesse de modernisation, c’est bien le rapport de force politique et stratégique qui demeure au cœur du débat.


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