Front ukrainien : Omniprésence des capteurs infrarouges



Publié par Paul-Gabriel LANTZ le 16 Janvier 2026

Depuis l’hiver 2024-2025, le champ de bataille ukrainien a franchi un seuil discret mais décisif. La nuit n’est plus un refuge, la neige n’est plus un écran. Dans un environnement saturé de drones équipés de capteurs infrarouges, la survie ne dépend plus de ce que l’on voit, mais de ce que l’on émet. La « zone grise » est devenue un espace thermique.



Le soldat n’est plus vu, il est détecté

F-15E LANTIRN IR HUD - Creative commons
Un pas dans la neige suffit désormais à trahir une présence. Les empreintes laissées apparaissent sur les images thermiques grâce à la botte qui compacte la couche superficielle et modifie l’émissivité infrarouge du sol. La neige fraîche, très efficace pour rayonner la chaleur, contraste brutalement avec une neige tassée, plus « froide » du point de vue du capteur. Le champ de bataille est lu et analysé par des capteurs et non plus par des rétines.
Cette réalité invalide une large part des réflexes hérités : camouflage de couleur, filets, organisation du terrain. Si une position “brille” en infrarouge, elle existe. Et si elle existe, elle finit par être frappée.

 

Se fondre, pas disparaître

Les retours de terrain convergent : ce ne sont pas les combattants en mouvement qui sont prioritairement détruits, mais les points fixes ou semi-fixes. Postes d’observation, centres de commandement, abris de repos, équipes drones, positions dotées de batteries ou de générateurs. La nuit, quand l’observation visuelle s’efface, la signature thermique devient omnipotente.
 Le cycle est désormais rodé : détection, observation prolongée, confirmation, recueil de données d’activité, puis frappe précise à l’aide de drones FPV, de drones de type « Baba Yaga » (surnom donné par les combattants ukrainiens et russes aux drones de grande taille) ou artillerie. L’absence de frappe immédiate ne signifie pas l’invisibilité, mais souvent la mise sous surveillance. 

 

La gestion des émissions de chaleur

La guerre a mis en lumière une chose : la gestion de la chaleur est au cœur des stratégies. Le camouflage thermique ne vise pas à l’effacement de la présence, mais à l’intégration de la signature dans le bruit de fond, la rupture des contours nets et, surtout, toujours être en mouvement. La prévisibilité est l’ennemi. Un point chaud récurrent, au même endroit, jour après jour, est condamné.
 C’est dans ce cadre que des équipements comme les capes thermiques ukrainiennes de type Chugaster Gen 2 ont émergé : couverture intégrale, tête comprise, ramenant la visibilité thermique d’un combattant à un niveau proche de l’environnement immédiat, y compris face à des drones d’observation persistants. Mais l’équipement ne suffit pas. Les unités qui tiennent dans la durée sont celles qui disciplinent leur quotidien : gestion des sources de chaleur secondaires, dispersion des activités, alternance des emplacements, conscience permanente de ce que « voit » l’ennemi en infrarouge.
 
L’enseignement est désormais clair et statistiquement étayé par l’expérience du conflit : le camouflage thermique n’est ni un gadget ni une option, mais une culture opérationnelle. Il relève de la discipline, de l’ingénierie et d’une compréhension fine de la physique. Ignorer cette dimension n’est plus du courage ni de l’économie, mais l’acceptation explicite d’un risque létal. Dans une guerre observée en permanence depuis le ciel, la question n’est plus de savoir si une position visible sera frappée, mais simplement quand et comment l’éviter. 

 

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