Drones de questions autour du X-37B



Publié par Roxane Lauley le 29 Octobre 2014

Le 17 octobre dernier, la base aérienne de Vanderberg aux Etats-Unis a été le théâtre du retour d’une mission très secrète orchestrée par l’armée de l’air américaine. Après une mission de 22 mois, le drone spatial X-37B a retrouvé la mère Terre. Le mystère reste cependant entier sur les réels objectifs d’une telle mission. Et ne manque pas d’alimenter les théories.



(Source : USAF)
Une version miniature et autonome de la navette spatiale américaine
 
L’objet (presque) identifié au centre des attentions est le drone spatial X-37B Orbital Test Vehicle 3 (OTV-3). Il s’agit d’un prototype (il en existe deux) de navette spatiale sans équipage, développé depuis 1999 par la NASA et Boeing. Le X-37B a été construit par la Phantom Work Division de Boeing en Californie. Cette initiative a par la suite été reprise par la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa) pour les projets de recherche avancée de défense américaine. C’est l’US Air Force qui relance le projet en 2006.
 
Que savons-nous de ses caractéristiques techniques ? Quelques détails techniques ont été rendus publics. Le X-37B est long de neuf mètres et pèse au plus 6 tonnes. Il reprend à l’échelle 1/5, la forme caractéristique de la navette spatiale américaine (Space transportation system) dont le programme est à l’arrêt depuis 2011. Le design de la Space Shuttle survit ainsi grâce à cette navette miniature qui, à la différence de l’engin original, est capable de rester en orbite des années, puis de revenir sur Terre elle-même. « Avec la fin de la navette, le X-37B OTV offre une capacité unique de développement de technologies spatiales réutilisables » a confié le responsable du programme, le lieutenant-colonel Tom McIntyre.
 
Doté d’une soute cargo, le drone spatial déploie lors de son voyage en orbite des panneaux solaires afin de s’alimenter en énergie. Il peut opérer à des altitudes de 177 à 805 km autour de la Terre. Lors de son précédent voyage, il a maintenu sa trajectoire en orbite d’environ 400 km d’altitude. Car ce drone spatial n’en est pas à son baptême de l’espace. La mission OTV compte un premier vol atmosphérique d’essai en 2006 avec le X-37A. Une seconde mission de 224 jours a été lancée en avril 2010 avec cette fois un X-37B (OTV-1). La troisième mission, OTV-2, a démarré en mars 2011 et dura 469 jours, avec un atterrissage en juin 2012. OTV-3, lancée en octobre 2012, est pour l’instant la plus longue mission effectuée dans le cadre du programme : l’odyssée record aura duré 674 jours, totalisant 1367 jours sur les trois missions, soit plus de temps que les 135 missions de la navette spatiale. Ainsi, le 11 décembre 2011 l’engin a été emporté par un lanceur Atlas 5 depuis Cap Canaveral par United Launch Alliance (co-entreprise de Boeing et Lockheed Martin). Il a été mis en orbite à environ 300 km avec une inclinaison de 42.79 degrés par rapport à l’équateur. Un profil de mission inhabituel pour une mission de l’armée américaine qui est habituée à effectuer des mises en orbites autour des pôles. Il n’en fallait pas plus pour lancer toutes sortes de théories (même les plus folles) à propos de cette mission. Car les objectifs de la mission restent assez nébuleux.
 
Une mission secrète
 
 « Le X-37B fait un excellent travail. Je ne peux pas vous dire ce qu'il fait, mais il le fait très bien » confiait le Général William Shelton. Le mystère demeure quant aux objectifs de la mission. La navette pourrait transporter par exemple du fret à la Station spatiale internationale. L’armée a également parlé d’une « expérimentation dans l’espace » sans bien plus de précision. La société Boeing évoque pour sa part « des objectifs spatiaux à long terme », comme l'expérimentation de navettes spatiales « réutilisables ». Les vaisseaux X-37B serviraient ainsi de véhicules tests pour essayer de nouveaux matériaux et technologies. De plus, ils seraient destinés à mettre au point de nouvelles technologies pour les décollages orbitaux et les rentrées atmosphériques et à préparer le remplacement de la navette spatiale américaine. Ils s’inscrivent dans la recherche d’un concept de véhicule spatial autonome et peu couteux, agile et réutilisable, une thématique également au cœur des préoccupations de la Darpa (programme XS-1) et de la Nasa (programme de développement des vols commerciaux vers la station spatiale internationale). Boeing a évoqué la création d’une version plus grande pouvant transporter des astronautes dans la Station spatiale internationale (X-37C).
 
Le projet classé secret défense alimente toutes sortes de théories plus ou moins étayée, de l’outil d’espionnage à l’arme de guerre (contre qui ?). L’engin aurait été repéré par un observateur amateur au-dessus de zones telles que l’Irak, le Pakistan ou la Corée du Nord ce qui alimenterait l’hypothèse à peine masquée d’un usage proche des satellites d’imagerie de reconnaissance. Rien de bien nouveau donc venant des services de renseignements américains. Ancien scientifique de l’US Air Force, Mark Lewis réfute l’ hypothèse d’une arme spatiale car « changer le plan orbital d'un engin spatial nécessite une grande quantité de poussée - donc utiliser quelque chose comme le X-37B comme bombardier impliquerait une modification de son orbite pour voler au-dessus des objectifs, ce qui viderait ses réserves limitées de carburant » affirme-t-il. La navette serait néanmoins capable de désorbiter des satellites grâce à une arme laser ou à feu selon les russes.

Crispation spatiale
 
C’est cette lutte contre les satellites hostiles qui inquiète la Chine. En effet, les similitudes sont troublantes entre la trajectoire de X-37B et Tiangong, le satellite chinois incliné à 42.78 degrés. Pas de doute pour le Dr Baker qui a évoqué à Spaceflight un parallèle évident entre les deux engins. L’idée serait donc de garder les ambitions spatiales de Pékin à l’œil surtout que la Chine possède un programme spatial ambitieux qui comprend la réalisation d’une station spatiale en orbite basse.

Comme un clin d’œil à la période de la guerre froide, la course aux armements dans l’espace semble relancée. La Russie a d’ailleurs annoncé qu’elle reprenait son programme antisatellite Kontakt et qu’elle possédait elle aussi des drones similaires à X-37B. Et les Français dans tout ça ? La politique spatiale française répond d’une logique d’autonomie et d’indépendance stratégique dans un contexte hautement technologique. L’achat récent de deux satellites militaires français par Abu Dhabi (ravis à la barbe de l’américain Lockheed Martin) montre qu’elle reste compétitive dans la « guerre des étoiles », notamment en matière d’image de précision et de modélisation.  La stratégie spatiale française reste marquée par une collaboration étroite avec les Etats-Unis et certains commentateurs accusent la France et l’Europe d’être à la remorque du militarisme américain particulièrement dans la zone extra-atmosphérique.
 
Les Etats-Unis continuent d’afficher un intérêt clair pour l’espace et sa militarisation. Notons que l’espace militaire est à 90 % américain.  Son contrôle reste pour les américains un enjeu déterminant au maintien d’une position hégémonique sur Terre. L’essor de la conquête spatiale se poursuit donc. De là à parler de prochaine guerre des étoiles ? Ce qui est certain est que la prouesse technique de cette nouvelle mission mérite d’être soulignée : le drone spatial a volé pendant presque deux années alors qu’il était prévu tenir 270 jours maximum dans l’espace. Et l’aventure spatiale de X-37B ne semble pas terminée, si on en croit l’accord récemment passé par la Nasa pour céder les anciens hangars de la Navette spatiale situé au Centre spatial Kennedy, actuellement inusités, à l'armée spécifiquement pour le projet OTV.
 
Les amateurs de guerre spatiale devront néanmoins encore patienter. Mais les récents déboires de la NASA, suite à l’explosion d’un vol de ravitaillement vers l’iSS confié à un opérateur privé, et les tensions croissantes autour de la militarisation de l’espace, risquent bien de remettre au goût du jour la solution de la navette réutilisable, à la sauce drone. Quelle que soit la finalité du projet, nul doute que les Etats-Unis ont pris une énorme longueur d’avance.

(Source : USAF)

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