Cyberattaque : la Russie a tenté de saboter le réseau électrique polonais



Publié par Aurélien Lacroix le 26 Janvier 2026

Les 29 et 30 décembre 2025, une cyberattaque a visé plusieurs composantes du réseau énergétique de la Pologne. Rapidement contenue, l’opération n’a pas perturbé l’alimentation électrique nationale. Les autorités polonaises et les chercheurs en cybersécurité estiment toutefois qu’elle a été conduite par des acteurs liés au renseignement militaire de la Russie.



Cyberattaque et énergie : une démonstration de la guerre hybride russe

La cyberattaque contre le réseau électrique polonais n’avait rien d’un acte isolé. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de pression indirecte, caractéristique de la guerre hybride. Selon le gouvernement polonais, les attaquants ont ciblé deux centrales de cogénération ainsi que des systèmes de gestion de l’électricité issue des énergies renouvelables. Ces installations, moins visibles que les grands réseaux de transport, représentent pourtant des points d’appui essentiels pour la stabilité énergétique.

Dans ce type de cyberattaque, l’objectif dépasse la simple perturbation technique. Il s’agit de tester la résilience d’un État, d’exposer ses vulnérabilités et de maintenir une tension permanente en dessous du seuil d’une confrontation armée ouverte. Le Premier ministre Donald Tusk a déclaré qu’il existait « de nombreuses raisons de croire » que l’opération avait été préparée par des groupes directement liés aux services russes, selon Reuters.

Dans la doctrine russe contemporaine, la guerre hybride repose sur la combinaison d’actions militaires, informationnelles, économiques et numériques. La cyberattaque contre l’énergie s’inscrit précisément dans ce schéma. Elle vise à fragiliser l’arrière, à inquiéter la population et à rappeler que les infrastructures civiles constituent des leviers stratégiques.

Un wiper lancé sur le réseau : le rôle central de Sandworm

Sur le plan technique, la cyberattaque polonaise reposait sur l’utilisation d’un malware destructeur, identifié par les chercheurs d’ESET sous le nom de DynoWiper. Contrairement aux rançongiciels, ce wiper est conçu pour détruire les données et rendre les systèmes inutilisables. Son emploi traduit une intention de sabotage, typique d’acteurs étatiques engagés dans une logique de confrontation.

Les chercheurs d’ESET attribuent cette cyberattaque au groupe Sandworm, historiquement lié au renseignement militaire russe. « Sur la base de l’analyse du malware et des tactiques employées, nous attribuons l’attaque au groupe Sandworm », ont-ils indiqué. Ce groupe est déjà connu pour des opérations destructrices contre l’Ukraine, notamment en 2015, lorsqu’une attaque contre le réseau électrique avait privé environ 230 000 personnes de courant pendant plusieurs heures.

Le choix d’un wiper dans la cyberattaque polonaise envoie un signal clair. Il ne s’agissait ni d’espionnage ni de cybercriminalité financière, mais bien d’une opération de sabotage potentiel. Les analystes soulignent que DynoWiper ciblait des environnements industriels liés à l’énergie, démontrant une connaissance approfondie des systèmes OT. Cette expertise confirme le caractère étatique et militaire des attaquants.

Cyberdéfense et résilience : une priorité stratégique face à la menace russe

Si la cyberattaque n’a pas provoqué de blackout, elle met en évidence l’importance cruciale de la cyberdéfense dans un contexte de guerre hybride. Les autorités polonaises ont indiqué que les mécanismes de détection et de réponse avaient permis de contenir rapidement l’attaque. « À aucun moment l’infrastructure critique n’a été menacée », a affirmé Donald Tusk, selon Reuters. Cet échec opérationnel côté attaquant ne doit cependant pas être interprété comme une fin de la menace.

Dans la guerre hybride, une cyberattaque sert aussi de reconnaissance. Elle permet d’identifier les temps de réaction, les points faibles et les dépendances critiques. Les autorités polonaises ont rappelé que si l’opération avait réussi, jusqu’à 500 000 personnes auraient pu être privées de chauffage en plein hiver. L’impact aurait été autant social que politique.


 

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