Commandes de munitions : volumes et segments en croissance
Dans la comparaison de 2024 à 2025, on constate d’abord une hausse globale des commandes russes de munitions d’artillerie dans plusieurs calibres clés. Par exemple, le volume d’obus de 152 mm est passé de 1,56 million en 2024 à environ 1,72 million en 2025, marquant une progression notable dans ce segment critique lié aux systèmes lourds. Selon un rapport de Militarnyi, cette augmentation s’inscrit dans une logique de soutien intensifié aux pièces d’artillerie lourde utilisées sur le terrain.
En parallèle, les commandes russes pour d’autres calibres ont aussi été significatives. Les commandes prévues en 2025 incluaient environ 750 000 obus de 82 mm, 1,9 million de munitions de mortier de 120 mm et 850 000 obus de 122 mm. Ces volumes montrent que, malgré l’attention portée à l’artillerie lourde, les segments de moindre calibre restent essentiels pour les opérations quotidiennes sur le front
La diversification ne s’arrête pas là : l’état russe a également inscrit des commandes de calibres plus rares comme environ 60 000 obus de 203 mm et 20 000 munitions de 240 mm pour 2025, indiquant une volonté de couvrir une gamme élargie d’outils de frappe et de soutien.
Changements de configuration et prix : vers une artillerie plus optimisée
Au-delà des volumes, la structure même de l’artillerie commandée s’est transformée entre 2024 et 2025. Pour le calibre 122 mm, par exemple, le volume est passé de 838 000 commandes en 2024 à 850 000 en 2025, mais surtout avec une transition vers des munitions “à pleine charge” avec une capacité accrue de portée maximale. Selon le rapport de synthèse, ce choix reflète une orientation stratégique visant à accroître la distance de tir des pièces d’artillerie tout en maintenant une cadence élevée de feux.
Le prix unitaire des obus de 152 mm a aussi augmenté, passant d’environ 1 200 USD à plus de 1 300 USD par unité, selon les éléments disponibles. Ce renchérissement reflète non seulement l’inflation des coûts de production mais aussi l’intégration de charges propulsives plus importantes, améliorant la portée.
Par contraste, certains segments tels que les mortiers de 120 mm ont vu leur prix unitaire légèrement baisser, même si leurs volumes ont augmenté, ce qui traduit un effort pour maintenir les coûts dans les calibres massifs destinés aux engagements quotidiens.
Ces ajustements des prix et des configurations montrent une tendance claire : la Russie privilégie la portée maximale et la capacité de tir durable, notamment face aux menaces contemporaines comme les drones tactiques occidentaux ou ukrainiens qui obligent l’artillerie à opérer à des distances plus grandes.
Facteurs industriels et logistiques derrière les commandes
Cette évolution des commandes russes de munitions d’artillerie ne peut être pleinement comprise sans considérer l’état de son complexe industriel. Malgré des défis structurels — notamment une dépendance historique aux composants importés et un manque relatif de compétitivité hors contextes d’effort de guerre — l’industrie russe a redéployé ses capacités pour répondre à ces besoins croissants. Avant 2022, le complexe de défense peinait à moderniser ses moyens, mais depuis l’invasion, certaines capacités ont été ajustées pour augmenter les cadences de production.
Cependant, cette expansion n’est pas sans limites : des experts soulignent que la qualité de certaines productions pourrait être inférieure à celle d’avant-guerre, en particulier dans les munitions complexes, même si les volumes restent élevés.
Autre signe de diversification industrielle, la Russie a passé récemment des commandes de munitions guidées dans le calibre 122 mm — notamment environ 100 exemplaires sous la désignation KV122, probablement liés à des modèles “Kitolov-2M” pour viser des objectifs avec plus de précision.