Comment la Russie a ajusté ses commandes de munitions d’artillerie entre 2024 et 2025



Publié par Jehanne Duplaa le 28 Janvier 2026

Entre 2024 et 2025, la Russie a profondément modifié ses commandes de munitions d’artillerie, non seulement en augmentant les volumes commandés mais aussi en redéfinissant leur configuration pour répondre aux exigences d’un conflit prolongé. Cette évolution des commandes russes de munitions d’artillerie reflète à la fois des impératifs opérationnels et des contraintes industrielles, dessinant un portrait contrasté du complexe de production militaire russe en pleine tension.



Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, la Russie a intensifié ses commandes de munitions d'artillerie pour soutenir ses forces, notamment celles utilisant des systèmes de calibre 122 mm et 152 mm. En 2025, ces commandes ont non seulement augmenté en volume mais elles ont aussi été ajustées qualitativement pour optimiser la portée et la puissance de feu avec le mot-clé principal artillerie.

Commandes de munitions : volumes et segments en croissance

Dans la comparaison de 2024 à 2025, on constate d’abord une hausse globale des commandes russes de munitions d’artillerie dans plusieurs calibres clés. Par exemple, le volume d’obus de 152 mm est passé de 1,56 million en 2024 à environ 1,72 million en 2025, marquant une progression notable dans ce segment critique lié aux systèmes lourds. Selon un rapport de Militarnyi, cette augmentation s’inscrit dans une logique de soutien intensifié aux pièces d’artillerie lourde utilisées sur le terrain.

En parallèle, les commandes russes pour d’autres calibres ont aussi été significatives. Les commandes prévues en 2025 incluaient environ 750 000 obus de 82 mm1,9 million de munitions de mortier de 120 mm et 850 000 obus de 122 mm. Ces volumes montrent que, malgré l’attention portée à l’artillerie lourde, les segments de moindre calibre restent essentiels pour les opérations quotidiennes sur le front

La diversification ne s’arrête pas là : l’état russe a également inscrit des commandes de calibres plus rares comme environ 60 000 obus de 203 mm et 20 000 munitions de 240 mm pour 2025, indiquant une volonté de couvrir une gamme élargie d’outils de frappe et de soutien.


Changements de configuration et prix : vers une artillerie plus optimisée

Au-delà des volumes, la structure même de l’artillerie commandée s’est transformée entre 2024 et 2025. Pour le calibre 122 mm, par exemple, le volume est passé de 838 000 commandes en 2024 à 850 000 en 2025, mais surtout avec une transition vers des munitions “à pleine charge” avec une capacité accrue de portée maximale. Selon le rapport de synthèse, ce choix reflète une orientation stratégique visant à accroître la distance de tir des pièces d’artillerie tout en maintenant une cadence élevée de feux.

Le prix unitaire des obus de 152 mm a aussi augmenté, passant d’environ 1 200 USD à plus de 1 300 USD par unité, selon les éléments disponibles. Ce renchérissement reflète non seulement l’inflation des coûts de production mais aussi l’intégration de charges propulsives plus importantes, améliorant la portée.

Par contraste, certains segments tels que les mortiers de 120 mm ont vu leur prix unitaire légèrement baisser, même si leurs volumes ont augmenté, ce qui traduit un effort pour maintenir les coûts dans les calibres massifs destinés aux engagements quotidiens.

Ces ajustements des prix et des configurations montrent une tendance claire : la Russie privilégie la portée maximale et la capacité de tir durable, notamment face aux menaces contemporaines comme les drones tactiques occidentaux ou ukrainiens qui obligent l’artillerie à opérer à des distances plus grandes.


Facteurs industriels et logistiques derrière les commandes

Cette évolution des commandes russes de munitions d’artillerie ne peut être pleinement comprise sans considérer l’état de son complexe industriel. Malgré des défis structurels — notamment une dépendance historique aux composants importés et un manque relatif de compétitivité hors contextes d’effort de guerre — l’industrie russe a redéployé ses capacités pour répondre à ces besoins croissants. Avant 2022, le complexe de défense peinait à moderniser ses moyens, mais depuis l’invasion, certaines capacités ont été ajustées pour augmenter les cadences de production.

Cependant, cette expansion n’est pas sans limites : des experts soulignent que la qualité de certaines productions pourrait être inférieure à celle d’avant-guerre, en particulier dans les munitions complexes, même si les volumes restent élevés.

Autre signe de diversification industrielle, la Russie a passé récemment des commandes de munitions guidées dans le calibre 122 mm — notamment environ 100 exemplaires sous la désignation KV122, probablement liés à des modèles “Kitolov-2M” pour viser des objectifs avec plus de précision.


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