Chine : le bilan des années Wen Jiabao



Publié par La Rédaction le 2 Octobre 2013

Après dix ans passés au pouvoir, Wen Jiabao a quitté son poste de premier ministre en mars 2013 au profit de Li Keqiang, lors de la réunion annuelle du parlement chinois. Que faut-il retenir de cette décennie de règne du « Grand-Père Wen » ? Loin d'être insignifiant, son bilan reste néanmoins en deçà des attentes placées en lui. Jugez plutôt.



Des avancées « éclatantes » par ci...

Deux heures durant, le désormais ex-premier ministre chinois a retracé les grandes lignes de ses années au pouvoir lors de son discours d'ouverture du rendez-vous annuel de l'Assemblée nationale populaire. Sans surprise, Wen Jiabao a mis un point d'honneur à s'attarder sur ses propres réussites et celles de son gouvernement. Il se vante entre autres d'avoir porté la conquête spatiale chinoise vers de nouvelles dimensions. Durant son mandat, la Chine a réussi son premier vol spatial habité dans le cadre de l'ambitieux programme Shenzou. Ce succès permet au pays de devenir le 11 octobre 2003 la troisième puissance spatiale à avoir envoyé un homme dans l'espace. L'aventure spatiale chinoise réalise plusieurs avancées dans les domaines de la météorologie et de la communication, civile et militaire. Le système de positionnement chinois Beidou s'apprête même à mettre fin au monopole de l'indétrônable GPS américain.

L'ancien premier ministre se félicite également du développement économique de l'Empire du Milieu. Les chiffres sont éloquents : entre 2008 et 2013, le gouvernement revendique 19 700 km de voies ferrées installées– dont 8 951 km de lignes rapides —, 42 000 km de nouvelles autoroutes et 18 millions d'habitations sociales neuves. Wen Jiabao rappelle en outre le rôle du gouvernement dans le maintien à flot de l'économie chinoise, durant les deux crises majeures de 2007 et 2009. Le pays s'est entretemps hissé au rang de deuxième puissance économique mondiale, au détriment du Japon. Les Jeux de Pékin de 2008, le développement de superordinateurs – dont le plus puissant du globe, Tianhe-2 — et l'accroissement des capacités militaires de la Chine font partie de la longue liste des réussites du natif de Tianjin.

Des échecs et blocages par là...

Derrière le formidable bilan économique de la décennie écoulée, Wen Jiabao cumule un certain nombre de revers plus ou moins évidents. Dès le début de son premier mandat, l'ex-premier ministre s'était fixé comme objectif la lutte contre la corruption dans les plus hautes sphères politiques de la Chine. Quelques années auront suffi à démontrer l'impuissance du tandem Jiabao-Jintao devant ce fléau qui continue de ronger de l'intérieur l'appareil politique chinois. Malgré quelques timides tentatives de réforme, l'ancien chef du gouvernement ne pouvait instaurer l’« équilibre des pouvoirs » tant attendu par des millions de chinois. Le peuple chinois reste encore tenu à l'écart des grandes décisions du pouvoir communiste, pour lequel une plus grande « transparence » est nécessaire.

M. Jiabao reconnaît à demi-mot l'inefficacité des mesures adoptées jusqu'alors pour réduire le fossé entre riches et pauvres. Le rythme de croissance du PIB national a beau flirter avec les 10 % ces dernières années, les fractures sociales persistent dans l'Empire du Milieu. Plus d'une centaine de millions de Chinois vivent encore sous le seuil de pauvreté en 2013, dont la plupart habitent les zones rurales. Le piétinement de la pauvreté rurale s'explique en partie par le système de permis de résidence hukou, un dispositif discriminatoire que l'ancien dirigeant n'a pas pu modifier. À force de trop miser sur la croissance économique, le gouvernement Jiabao a fait passer au second plan le respect de l'environnement. Jamais dans son histoire la Chine n'a connu des pics de pollution comme ceux observés à Pékin et dans les autres grandes villes fin 2012 et début 2013. Ces crises auront valu aux dirigeants de nombreuses critiques acerbes, leur reprochant d'aborder le problème environnemental de façon trop théorique. Les observateurs extérieurs ajoutent à la liste des revers, l'inaction du pouvoir sur les questions des droits de l'homme, la stagnation du marché intérieur ou encore le retard pris par la généralisation de la protection sociale chinoise.

Un goût d'inachevé

D'un point de vue purement économique, le bilan de Wen Jiabao paraît satisfaisant. Sous sa tutelle et sous la direction du président Hu Jintao, l'Empire du Milieu ne cache plus son intention de devenir une superpuissance mondiale à tous les niveaux, aux côtés des États-Unis et de la Russie. Les efforts fournis par les deux dirigeants semblent toutefois insuffisants. Malgré sa croissance économique fulgurante des dernières années, la Chine reste toujours parmi les pays émergents du « sud ». Son PIB par habitant ne dépasse même pas la barre des 5 000 dollars en 2012, une situation qui témoigne de la très forte disparité des richesses du pays. L'ex-premier ministre même recommande à son successeur de faire de l'harmonisation du niveau de vie des Chinois une de ses priorités. La préservation de l'environnement, la lutte contre la corruption et la stimulation du commerce intérieur font partie également des défis du nouveau tandem Xi Jingping-Li Keqiang. Ces recommandations, émanant de Wen Jiabao lui-même, sonnent comme un aveu de faiblesse de la part de celui qui a tenu les rênes du gouvernement chinois ces dix dernières années.

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