Les révélations du livre paru ce lundi
Selon le livre de Holger Stark, le renseignement allemand aurait intercepté des communications de Barack Obama durant plusieurs années, notamment lorsque le président américain se trouvait à bord d’Air Force One. D’après les faits rapportés, ces interceptions auraient exploité des failles techniques dans le système de communication de l’avion présidentiel, parfois insuffisamment chiffré. Ainsi, et surtout, certaines fréquences utilisées étaient connues du BND, facilitant la captation des échanges. Selon CNEWS, ces pratiques auraient perduré sans autorisation politique formelle, ce qui souligne un dysfonctionnement majeur dans la chaîne de contrôle du renseignement en Allemagne.
Toujours selon les éléments présentés par Holger Stark, Barack Obama n’aurait jamais été informé de ces écoutes, tandis que la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, n’en aurait pas eu connaissance officielle. L’auteur cite des documents internes montrant que les transcriptions étaient réservées à un cercle restreint du BND, puis détruites après lecture. Cette méthode, selon TF1 Info, illustre une règle classique du renseignement : le cloisonnement strict de l’information, destiné à protéger la source et à limiter les responsabilités politiques.
Une pratique d’écoute tenue secrète
Le livre détaille également le contexte institutionnel dans lequel ces écoutes de Barack Obama auraient été menées. Le BND, service central du renseignement extérieur de l’Allemagne, aurait agi sans mandat politique explicite. Holger Stark affirme que les résultats des interceptions étaient parfois transmis sous forme de synthèses, sans mentionner leur origine précise. Bruno Fuligni, historien spécialiste du renseignement, explique que ce procédé permettait de faire remonter l’information tout en masquant la méthode employée, ce qui rendait la supervision politique particulièrement complexe.
Par ailleurs, les investigations parlementaires menées en 2014 et 2015 ont permis de découvrir l’existence d’un dossier interne lié à ces écoutes. Selon CNEWS, ces travaux ont confirmé que les pratiques d’interception concernaient non seulement Barack Obama, mais aussi d’autres responsables américains, dont Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’État. Toutefois, et malgré ces révélations, aucune sanction majeure n’a été rendue publique, ce qui alimente encore aujourd’hui le malaise entre partenaires alliés, notamment entre les États-Unis et l’Allemagne.
Un précédent sensible pour le renseignement et les relations transatlantiques
Ces révélations sur Barack Obama interviennent dans un climat déjà marqué par les scandales d’écoute. En 2013, la découverte de la mise sur écoute du téléphone portable d’Angela Merkel par la NSA américaine avait provoqué une crise diplomatique majeure. Selon les médias allemands, cette affaire avait conduit Berlin à renforcer le contrôle politique sur son renseignement, sans toutefois empêcher des initiatives autonomes au sein du BND. Ainsi, et de manière paradoxale, l’Allemagne se retrouve aujourd’hui accusée de pratiques similaires à celles qu’elle avait dénoncées.
Le livre de Holger Stark indique que ces écoutes auraient cessé en 2014, après une directive de la chancellerie fédérale. Cette décision, attribuée à Peter Altmaier, alors chef de la chancellerie, marque un tournant officiel. Néanmoins, selon les informations publiées par Welt, le BND refuse toujours de commenter précisément ces opérations, invoquant le secret défense. Cette posture alimente les interrogations sur la transparence du renseignement allemand et sur l’équilibre fragile entre sécurité nationale et respect des alliances internationales, notamment lorsqu’il s’agit d’un allié aussi stratégique que Barack Obama l’a été pour Berlin.