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​Emanuel Macron à Belgrade, l’UE réinvestit sa frontière sud-est.




Publié par Henri Poisot le 24 Juillet 2019

Le président Emmanuel Macron s’est rendu en Serbie le 15 et 16 juillet 2019 pour retisser des liens distendus avec cet allié historique lors de la Première Guerre mondiale.



Monument de la reconnaissance à la France, parc de Kalemegdan, Belgrade
Monument de la reconnaissance à la France, parc de Kalemegdan, Belgrade
Il a plaidé pour une meilleure intégration des pays de la région dans l’espace européen et pour l’entrée de la Serbie dans l’UE. D’autres pays des Balkans comme la Bulgarie et la Croatie en sont déjà membres. Si la diplomatie française est de retour dans la région depuis 2017, un trou de 4 ans sans véritable stratégie a détruit des liens qu’il faut à tout prix reconstruire aujourd’hui .
Pratiquement 30 ans après l’implosion de la Yougoslavie, les Balkans restent une zone fragile et désunie. Les guerres ont nourri les rancœurs et le découpage culturel et religieux s’accommode encore mal des frontières issue du démembrement de la Yougoslavie. Un développement inégal s’est opéré entre les pays qui ne font pas tous partie des mêmes institutions internationales. 

Pour le président français, il faut reprendre l’initiative dans une Europe de l’Est laissée à l’abandon face à ses anciens démons et à d’autres puissances étrangères. Cette reconquête des Balkans est primordiale.
 
Recréer des liens

Les Balkans sont le lieu où s’est allumée la poudrière de l’Europe en 1914. C’est une mosaïque régionale ayant autant de différences que de points communs.

Des liens forts ont cependant traversé les décennies et la Serbie, malgré les bombardements des années 90, est toujours un pays foncièrement francophile et l’un des seuls pays des Balkans qui ne soit pas sous influence historique allemande.

La Serbie a commencé sa demande d’intégration à l’Union européenne en 2009. Cependant, une adhésion ne se fera pas avant 2028 et avec un compromis sur la question du Kosovo. En 2018, 36 % des habitants de Serbie estimaient que leurs pays n’intégreraient pas l’UE. Ce chiffre pourrait augmenter et en absence d’une opinion publique favorable, les dirigeants pourraient se tourner vers d’autres politiques étrangères et intérieures plus distantes de l’Union que jamais.
La Chine a par exemple intégré dès 2007 cet espace au sein de son immense projet d’infrastructure « One Belt One Road ». Une attention d’abord très bien vue pour une zone toujours en demande d’investissements étrangers. Mais, les Européens inquiets de la pénétration de la Chine aux portes de l’Europe organisent une contre-attaque, la visite du président Macron n’est donc pas innocente ou seulement mémorielle.

La Chine a prévu un important plan de 12 milliards de prêts pour les Balkans. C’est son point d’entrée pour la partie terrestre des nouvelles routes de la soie et la Serbie en est le premier bénéficiaire avec un tiers de ce montant. Les derniers projets d’infrastructures routières du pays ont d’ailleurs été construits par des entreprises de BTP chinoises. La percée chinoise est aussi importante dans les domaines du numérique et des communications. La Serbie a signé avec la fameuse entreprise Huawei plusieurs contrats : Un pour développer et installer des technologies de « smart city » à Belgrade et, plus récemment, un autre pour une mise à niveau du système informatique des autoroutes serbes.
 
Si l’influence de la Chine commence à faire peur au sein de la classe politique des pays de la région, cette dernière reste attractive par son potentiel d’investissements comme en témoigne le groupe des 17 +1. Ce « forum de discussion » entre la Chine et de nombreux pays d’Europe vient de se voir rejoint par l’Italie, 4e puissance économique de l’UE. Il est temps pour l’UE d’accélérer le pas, profitant de la perte de confiance en la Chine qui peine à rendre concrètes ses promesses d’investissement et de la peur de perte de contrôle qu’elle commence à générer chez les dirigeants.

L’Europe de l’Ouest, et en premier lieu l’Allemagne et la France, réinvestit dans la région pour ne pas laisser les mains libres à la Chine. Par exemple Vinci a acquis la concession de l’aéroport de Belgrade et Alstom est un des deux concurrents les plus sérieux pour le futur métro de la capitale, face à une entreprise chinoise…

La Russie est aussi en difficulté dans les Balkans. Grand soutien de la Bulgarie et de la Serbie, le Kremlin a rapidement perdu son influence dans la région, et ce pour plusieurs raisons. La Serbie est le pays qui s’est battu contre le démantèlement de la Yougoslavie et a été profondément marqué par la crise ukrainienne. La Russie étant aussi en profonde difficulté financière et économique ne peut diriger trop de capitaux vers les Balkans. De nombreux pays des Balkans ont rejoint ou aspirent à rejoindre l’OTAN et/ou l’Union européenne. Ces institutions ont appliqué des sanctions contre la Russie obligeant les pays comme la Bulgarie à prendre position.

Ainsi seul reste la Serbie qui est en porte à faux entre la Russie qui représente ses attaches culturelles et l’UE qui représente son avenir économique. La difficulté réside dans le cadre strict de l’Union qui laisse peu de place à la négociation et au compromis risquant de paraître comme une puissance impérialiste pour les Serbes.
 
Une difficile réunion

Les obstacles qui s’opposent à un plus grand développement de la région résident dans une histoire douloureuse encore fraîche dans les mémoires.  De ce fait, les relations commerciales et politiques au sein de cet ensemble restent faibles. Surmonter ces difficultés n’est pas aisé ; la situation exige des politiques et des dirigeants courageux allant au-delà de l’opinion publique et des romans nationaux.

Par exemple le Kosovo, cette région anciennement serbe à majorité albanaise, voit son indépendance toujours fortement contestée par son ancien tuteur. C’est aujourd’hui un sujet très délicat à Belgrade tant pour les dirigeants que pour la population qui ne reconnaît toujours pas cet état de fait et espère encore une réunification tout simplement irréaliste et irréalisable. Mais la question peut-être tempérée, car le chômage et le niveau de vie sont des sujets bien plus pressants et importants pour les Serbes. Ainsi 40 % des sondés estiment que l’homme politique qui reconnaîtra la perte du Kosovo fera preuve d’un grand courage et gagnera le respect de la population.

D’autres freins à l’intégration européenne sont l’étendue de la corruption, la faiblesse de l’état de droit. Les libertés individuelles et de la presse sont aussi à des niveaux inacceptables pour l’UE.

L’accueil chaleureux d’Emmanuel Macron est un bon début, la France a un rôle important à jouer au sein des Balkans et spécialement en Serbie. Cependant la partie vient à peine de commencer et maintenir l'attrait de ces populations pour l’Ouest ne sera pas aisé.   



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