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Tunisie : un début d'année 2013 marqué par des records d'inflation



Publié par La Rédaction le 24 Septembre 2013

La révolte tunisienne de 2010-2011 résulte en partie du mécontentement général de la population devant la dégradation de la situation économique du pays et l'augmentation des prix. En destituant l'ancien président Ben Ali, beaucoup espéraient un changement radical sur ces deux points. Deux ans après, la situation ne correspond guère à leurs attentes. Pire, elle ne fait que s'aggraver depuis le début de l'année 2013...



(crédit Wikimedia.org)
(crédit Wikimedia.org)
Quand l'inflation devient incontrôlable

En Tunisie, lorsqu'on se penche de près sur l'évolution des prix sur les étalages, on remarque rapidement le contraste net entre les données d'avant et après la révolution. Selon les chiffres du FMI et de la Banque africaine du développement, l'indice des prix à la consommation tunisien suit une courbe de progression presque linéaire entre février 2007 et février 2012. Les économistes voient deux raisons principales à cette situation favorable d'avant la révolution, ces deux causes étant étroitement liées à la politique économique de l'État tunisien. Les autorités pouvaient en effet – et peuvent toujours – influencer directement sur le cours des produits sur le marché local.

Elles imposent d'abord des prix fixes sur certaines catégories de marchandises et de services, sous forme de limitation des marges ou de plafonnement des tarifs sur les étiquettes. L'État subventionne également certaines matières indispensables au quotidien, dont les denrées alimentaires comme les céréales, le sucre ou encore le lait stérilisé et les sources d’énergie  comme le pétrole et l'essence. Même après la révolution et la prise de pouvoir du parti Ennahda, ce système de compensation et de fixation de prix est maintenu. Et pourtant, les Tunisiens assistent à une flambée des prix sans précédent sur leur territoire ces derniers mois.

Les taux d'inflation sur presque toutes les catégories de produits de consommation dépassent allègrement 6 % depuis début 2012. Entre avril et mai 2013, le taux d'inflation global en glissement annuel s'élève à 6,4 %, un niveau comparable aux 6,5 % affichés sur la même période l'année dernière. Les secteurs les plus touchés restent l'alimentation, où les prix des légumes, des huiles végétales et des viandes ont crû respectivement de 9,5 %, 14 % et 13,1 %. Les hydrocarbures ne sont pas en reste : entre mai 2012 et mai 2013, les cours se sont envolés de 10,3 %. Sachant que la Tunisie n'a produit que très peu de richesses durant cette période et que la croissance est restée quasi nulle, cette inflation galopante frappe de plein fouet les ménages tunisiens, en particulier les plus défavorisés.

Des facteurs politiques, économiques et monétaires en cause

Les chiffres de la Banque africaine de développement et du FMI reposent essentiellement sur des estimations théoriques. L'inflation ressentie par la population est sans doute encore plus importante. Plusieurs témoignages de familles tunisiennes en difficulté confortent cette thèse. Ces ménages se disent souvent victimes de l'incapacité économique des nouveaux dirigeants. Avérées ou non, ces doléances révèlent une partie du calvaire que vivent chaque jour des centaines de milliers de Tunisiens. Outre les évènements de 2011, dont les répercussions négatives sur l'économie – et donc sur l'inflation – ne sont plus à prouver, d'autres facteurs ont contribué à l'envolée des prix en Tunisie.
 
D'abord, en pleine conjoncture mondiale, les entrepreneurs locaux constatent dès juillet 2011 une soudaine hausse des coûts de fabrication, qui se répercute par la suite sur les étals en 2012. Autre facteur aggravant, le dinar décroche sur les marchés financiers dès les premiers mois suivants la révolte. La Banque centrale, incapable de maintenir les volumes de devises étrangères d'avant la crise, assiste impuissante à la perte de valeur de la monnaie locale face à l'euro et le dollar américain. Les réserves en devises de l'institution valent autour de 10,2 milliards de dinars en septembre 2011, une somme représentant quelque 113 jours d'importations. Le pays conserve pourtant en temps normal l'équivalent de 150 à 180 jours d'importations à la Banque centrale. Cette situation contraint logiquement les autorités à limiter les volumes de produits achetés à l'étranger, une nécessité qui n'est pas sans conséquence sur les prix locaux.

La crise libyenne aurait en outre pesé sur le portefeuille des Tunisiens : devant la raréfaction des denrées de base au pays du Colonel Khadafi, les marchands n'ont pas hésité à vendre au prix fort des produits destinés au marché tunisien. Ce commerce au noir a tiré vers le haut les prix à l'intérieur même du pays. Les sempiternelles tensions politiques sur fond de printemps arabe tiennent en haleine tout le système économique du pays, d'où la poursuite de l'envolée des prix jusqu'en 2013.

Des Tunisiens tiraillés entre espoir et découragement

L'inflation record en Tunisie ne devrait pas retomber de si tôt, à moins de changements radicaux impulsés par le « gouvernement ». De gouvernement, justement le pays n'en a pas connu de concret ni de fiable ou durable depuis la fin du soulèvement populaire. La coalition actuellement au pouvoir, dirigée par Ali Larayedh ne prévoit pour le moment aucune mesure concrète pour relancer toute l'économie du pays. Beaucoup de Tunisiens gardent néanmoins un brin d'espoir, préférant se dissimuler derrière les prévisions du FMI. Ce dernier s'attend à une croissance économique de 4 % au pays du Jasmin. D'autres se montrent beaucoup plus critiques et ne retiennent que les perspectives d'inflation et de déficit du compte courant, estimées respectivement à 6,5 % et 7 % en 2013.




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