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Réseaux sociaux, commentaires et anonymats : les limites de la démocratie directe



Publié par La Rédaction le 29 Mai 2013

La distance entre élus et électeurs tend à diminuer avec la démocratisation des outils d'interaction tels internet, les réseaux sociaux ou les blogs. Tout individu connecté peut désormais interpeller directement les dirigeants via ces canaux, pour contester une décision, présenter des solutions alternatives ou débattre d'une question d'intérêt général. Cette nouvelle forme de démocratie participative soulève toutefois quelques problèmes.



Réseaux sociaux, commentaires et anonymats : les limites de la démocratie directe
Des interventions souvent infructueuses et ignorées...

Octobre 2000 : Lionel Jospin relance le projet d'aéroport du Grand Ouest de Notre-Dame-des-Landes. Ce vaste chantier se heurte rapidement aux critiques des riverains, élus locaux et autres organismes écologiques. Sous la pression, le Gouvernement central organise un « débat public », mettant à contribution tous les habitants du Pays de la Loire et de Bretagne.

Puis vient l'enquête publique, procédure durant laquelle les élus locaux donnent leurs avis sur la viabilité ou non du projet. Cette consultation aboutit assez logiquement par la validation du programme. Personne ne connait exactement la répartition des avis pour et contre le projet, recueillis durant le fameux débat public. Une brève recherche sur Google donne néanmoins un certain aperçu du nombre d'avis défavorables.

A quoi aurait donc servi le fameux « débat public » si l'on ne tient pas compte des revendications des intervenants ? Pratiquement à rien. Cette réponse confirme une vérité que tout le monde ou presque connaît depuis longtemps : en France, la démocratie directe s'apparente davantage à une façade abondamment utilisée par les politiques pour faire bonne figure. Les décisions les plus importantes sont prises en amont, par les représentants du gouvernement souvent élus au suffrage universel. Or, les considérations des élus ne répondent pas forcément aux attentes de leur électorat, d'où les nombreuses divergences d'opinions entre dirigeants et membres d'un même parti.

En vérité, la France s'attache à une conception de la démocratie participative très verticale : les priorités de l'institution priment sur les besoins du citoyen. Certes, les dirigeants s'efforcent d'interagir et de recueillir le sentiment de l'électorat, principalement via internet et les réseaux sociaux. Cette situation ne justifie pas pour autant l'existence en France d'un système participatif, dans lequel la population a son mot à dire sur les grands projets menés des institutions.

Porte ouverte aux trolls

Beaucoup espéraient un changement radical du concept de démocratie participative française depuis l'arrivée des outils d'interaction sociale comme Facebook ou Twitter. Espoir vite renforcé par l'engouement, même apparent, des politiques pour ces plateformes. Près de 91 % des ministres du Gouvernement Ayrault possèdent en effet un compte Twitter. Les députés, sénateurs, maires et autres responsables régionaux inscrits sur les réseaux sociaux se comptent par centaines. Certains parlementaires se sont même distingués en relayant la progression de débats autour d'un projet de loi à l'Assemblée ou au Sénat, via leur compte personnel.

La présence en masse des politiciens sur les réseaux sociaux ne justifie pas pour autant une métamorphose de la démocratie participative française. À quelques exceptions près, aucun revirement de tendance majeur n'est à signaler. Censée encourager l'électorat à s'exprimer librement et à formuler des recommandations pertinentes, la présence des politiques sur les réseaux sociaux ouvre la voie à un nouveau type d'échanges, souvent futile et énervant à souhait.

Journalistes, blogueurs, politiciens et autres figures nationales sur Twitter ont déjà fait les frais de cette participation à la mode qu'est le trolling. Troller, c'est critiquer de manière systématique un avis, un commentaire, un tweet ou un statut publié sur un réseau social dans le but de se faire remarquer ou d'influencer l'opinion publique. Cette tendance donne souvent lieu à des répliques sans fonds, sans arguments et sans intérêts, mais qui s'avèreront faciles à retenir pour les autres « spectateurs ».

Règlements de compte et attaques sur la personne

Agissant principalement en solitaires et dans l'anonymat, les « trolls » adhèrent peu à peu à des communautés ou clans, souvent à visée politique. Leurs commentaires ont parfois le mérite d'être drôles. Toutefois, les messages et commentaires rédigés par les trolls comportent la plupart du temps des insultes, des critiques et des moqueries, les rendant insupportables au regard de la personne visée. Les « trolls » ne se contentent pas de messages désobligeants s'attaquant directement à un personnage public. Vidéos et photos virales font désormais partie intégrante de leurs outils de communication privilégiés.

La généralisation du trolling écorne sérieusement l'image de la démocratie directe dans l'Hexagone. On peut avancer des idées concrètes, novatrices et bien argumentées sur une question touchant à l'économie, la société ou la famille sur son profil Twitter ou Facebook. Aussi intéressantes soient-elles, ces idées feront l'objet de remarques infondées du premier troll venu, suivies par des échanges d'invectives entre trolls « anti » et « pro ».

Les règlements de compte entre clans, tout comme les attaques personnelles visant l'auteur des propositions, relèguent le sujet à débattre au second plan. La France, en pleine quête de solutions entre autres pour son économie et sa politique fiscale, a-t-elle besoin d'une telle forme de « démocratie » actuellement ? Évidemment, non.

Les dirigeants se doivent dès lors de chercher d'autres façons d'exploiter le potentiel des réseaux sociaux pour instaurer une démocratie directe, version 2.0, plus saine et mieux encadrée. Sans oublier de prendre réellement en compte les avis des citoyens recueillis sur ces plateformes.




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